‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 85 sur 157 · SAINT AUGUSTIN · texte numérisé non relu

SAINT AUGUSTIN

peut contenir les images des domaines les plus étendus ; « et ce qui montre qu'il ne se répand pas dans un lieu, c'est qu'il n'est pas en quelque sorte contenu dans les images des lieux les plus étendus, mais bien plutôt les contient, non en les enfermant, mais par une certaine faculté que nous ne saurions décrire. » {Contra Epist. Manich.y cap. i7.) Si donc ces images, qui ressemblent aux corps, sont réellement incorporelles, nous devons croire qu'il en est de même de ce qui n'a nulle apparence de propriétés corporelles. Et si les choses que contient l'esprit sont immatérielles, l'esprit lui-même l'est aussi. Saint Augustin insiste beaucoup sur ce principe subtil des néo-platoniciens, d'après lequel l'âme tout entière est à la fois dans toutes les parties du corps, a L*âme est en même temps tout entière présente non- seulement dans la masse entière du corps, mais même dans ses moindres parties» {De Immort. Animœ^ cap. 46). « Quand nous éprouvons une douleur au pied, l'œil regarde, la langue parle, la main remue; et cela n'aurait pas lieu si l'âme qui est dans ces parties ne sentait pas aussi dans le pied ; et, si l'âme n'était pas présente dans le pied, elle ne pourrait sentir ce qui s'y est passé » (Id., ih,). Et cette présence de l'âme entière dans chaque partie du corps ne ressemble pas à la propriété qu'ont les corps d'occuper un certain espace, car ceux-ci sont plus ou moins grands selon l'espace qu'ils occupent. Elle ne ressemble pas non plus à la présence d'une qualité, comme, par exemple, la blancheur, qui est tout entière présente dans toutes les parties d'un objet ; car la matière qui est blanche dans une partie n'a aucun rapport avec la blancheur d'une autre partie. Par conséquent, l'âme a une nature qui lui est pro*

pre, puisqu'elle a des qualités qui ne se retrouvent dans aucune substance matérielle.

Outre ces arguments généraux, saint Augustin met en avant des considérations spéciales pour prouver Timmatérialité de Tâme rationnelle. Les objets de la raison sont incorporels. Les images des objets corporels, qu'elle compare et qu'elle juge^ quoique ressemblant à la matière, n'ont réellement aucune étendue, et sont par conséquent immatérielles. La vérité et la sagesse, que la raison perçoit, n'ont aucune trace de propriétés matérielles. On ne peut non plus reconnaître aucune de ces propriétés dans la faculté de la raison elle-même. Elle ne peut être divisée en parties ni occuper une portion de l'espace comme les corps. De tout cela, par conséquent^ le philosophe conclut que l'âme rationneUe n'est pas matérielle.

A ceux qui voudraient lui objecter que, si l'âme n'a ni longueur, ni largeur, ni épaisseur, elle n'est rien, saint Augustin répond que bien des choses qui existent réellement n'ont aucune de ces qualités. La justice, par exemple, n'a point d'étendue, et cependant la justice est, nonseulement une chose réelle, mais même une chose d'une nature plus élevée que nlmporte quel objet corporel. La Divinité non plus ne possède point ces attributs ; et quiconque croit que l'âme est corporelle, doit, pour être conséquent, penser la même chose de Dieu. L'absence de ces propriétés prouve donc réellement la dignité et la valeur supérieure de Tâme.

Alors, puisque l'âme n'est pas matière, on demandera peut-être quel nom nous devons lui donner. Saint Augustin répond que a tout ce qui n'est pas matière, et qui existe cependant réellement, s'appelle proprement es-

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