‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 94 sur 157 · MATÉRIALISTES ALLEMANDS CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

MATÉRIALISTES ALLEMANDS CONTEMPORAINS

les phénomènes de la matière et ceux de Tesprit, de même que nous pouvons étudier à part la constitution de la terre et l'architecture des cieux ; nous cherchons la ligne suivant laquelle ils se rencontrent, comme Venfant poursuit l'horizon , mais c'est pour découvrir que cette ligne fuit devant nous à mesure que nous la poursuivons. » Notre erreur consiste dans la recherche même de cette ligne de rencontre. Nous pouvons chercher la limite entre deux paroisses, deux propriétés, deux tissus contigus de Torganisme animal ; mais entre le corps doué d*étendue et Tesprit sans étendue, la recherche d'une ligne de rencontre est illusoire et n'a pas de sens.

Arrivons maintenant à la dernière phase de cette histoire si remplie.

Un mouvement en faveur du Matérialisme s'est produit en Allemagne depuis une vingtaine d'années; c'est en partie une réaction contre la philosophie exagérée qui avait si longtemps régné, et en partie l'application à l'esprit de la science physique de notre siècle, de même que déjà Priestley avait appliqué à l'esprit la science physique du siècle dernier.

Il faut remarquer, cependant, que le spiritualisme, sous la forme de dualisme, n'a jamais été la croyance philosophique de l'Allemagne. Kant, qui a également tourné en ridicule le matériaUsme et l'idéalisme, n'a pas cependant attribué à la matière une existence réelle à côté d'un principe spirituel indépendant. Fichte et Hegel, dominés par ridée d'unité, ont dû faire un choix; et s' attachant de préférence au côté le plus digne, c'est-à-dire au côté spirituel, ils sont devenus panthéistes idéalistes, et ont ramené toute

existence à l'esprit ou aux idées. En général, ceux qui sont fatigués de la théorie critique de Kant, deviennent ou matérialistes ou idéalistes, aulieu d'admettre l'existence de deux substances.

Pour le mouvement matérialiste contemporain, ce sont les hommes de science qui ont porté les premiers coups. Les premières déclarations énergiques, tendant à réhabihter les forces de la matière sont parties d'hommes distingués, comme Millier, Wagner, Liebig et Du Bois Reymond. Mais le matérialisme franc et décidé commence avec Moleschott, qui publia en 1852 son Circulus de la vie^ série de lettres adressées à Liebig. En 1854, Vogt entre en lice par une attaque contre "Wagner, le grand physiologiste, qui avait dit que, quoique rien en physiologie n'indique l'existence d'une âme distincte, cependant cette existence était rendue nécessaire par les rapports moraux de l'homme. Dans une série d'ouvrages qu'il a publiés depuis, Vogt a soutenu, en termes exagérés et dont rien ne justifie Tâpreté, la dépendance de l'esprit vis-à-vis du corps* Le troisième et le plus populaire de ceux qui ont développé ces idées est Bûchner, dont le livre intitulé Matière et Force ^ publié pour la' première fois en 1856, a eu un très-grand nombre d'éditions, et a été traduit en anglais»

Il est inutile de nous étendre ici sur les idées de ces écrivains. Ils s'appuient en partie sur les preuves nombreuses, physiologiques et autres, de la dépendance de Tesprit vis-à-vis du corps, et en partie sur les théories les plus récentes de la matière et de la force, qui se résument par le grand principe général connu sous le nom de Corrélation, Conservation ou Persistance de la force. Ce prin-

MATÉRIALlSTIiS ALLEMANDS CONTEMPORAINS 201 cipe leur fournit des arguments encore plus solides que ceux de Priestley en faveur de l'activité essentielle et inhérente de la matière, toutes les forces connues étant en réalité incorporées à la matière. « Point de matière sans force, et point de force sans matière, » telle estleur maxime favorite. La théorie d'une masse immobile et inerte, appelée matière, soumise à l'influence de forces du dehors ou surajoutées, est, disent-ils, plus que jamais impossible à soutenir. Les mouvements des planètes ne persistentils pas en vertu de la puissance inhérente de la matière t Et, outre les deux grandes propriétés que nous nommons inertie et pesanteur, chaque portion de matière a une certaine température, qui consiste, à ce que l'on croit, en mouvements intérieurs des atomes, et qui peut réagir sur toute matière voisine qui se trouve être à une température inférieure. «. Alors, disent-ils avec Priestley et Terrier, pourquoi introduire une nouvelle entité, ou plutôt une non-entité, avant d'avoir vu ce que peuvent faire toutes ces activités de la matière*? Ils répondent aussi à l'argument spiritualiste fondé sur l'identité personnelle de l'esprit et le changement continuel du corps, par cette observation évidemment juste, que le corps aussi a son identité, identité de type ou de forme, bien que ses molécules constitutives puissent changer et être remplacées par d'autres.

Il ne faut pas supposer que ces écrivains dominent actuellement en Allemagne, ou que leur langage ne laisse rien à désirer au point de vue de la métaphysique. Néanmoins, comme ils ont écrit des livres intelligibles, qui s'appliquent aisément à une classe définie de faits palpables, ils ont eu beaucoup de lecteurs; et leurs idées, ou

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