SCENE VII
Les MÊMES, LE MARQUIS DE NOHAN.
MADAME DE MAUDRE, à Johan. ■ — Monsieur de Nohan, vous n'êtes pas gentil d'avoir oublié mes pauvreo. Vous saviez bien que je vendais l'autre semaine.
NOHAN. — Excusez-moi, madame, et soyez sûre du plaisir que j'aurai à vous remettre, dès demain, mon offrande.
MADAME DE MAVDRE, se levant, et emmenant Xohan graduellement à l'écart des autres, au premier flan de la scène. — Je vous dispense de toute charité à mon adresse. Mais laissez-moi vous faire remarquer que j'avais en vous, autrefois, un client plus emjaressé.
NOHAN, évasivement. — Autrefois, j'avais en effet la religion de ces ventes de bienfaisance, lorsqu'on y payait vino^t francs un sachet de dix sous. Mais à présent qu'on y achète des balais, du cirage, des légumes conservés, un tas d'objets très utiles, à meilleur marché que dans les magasins, il me semble que j'irais exploiter les indigents.
MADAME DE MAUDRE. — Malgré ce louable scrupule, j'imagine que si je ra'étiiis fait assister à mon comptoir par la belle Régine...
NOHAN. — Pourquoi ce nom, encore ?
MADAME DE MAUDRE, désignant les autres personnages gui, à distance, s'entretiennent entre eux. — Pauvre cher, on causait de vous, il n'y a qu'un instant. Et l'on vous trouvait bien étonnant d'être devenu si amoureux, oui, amoureux, d'une personne sur qui vous avez été le premier à proclamer les droits acquis d'un autre.
NOHAN. — Vous ne ferez donc jamais le silence sur une indiscrétion, sans doute très coupable, mais que, du moins, j'avais commise vis-à-vis de vous seule... d'une voix bien basse, et bien près de votro oreille.
MADAME DE MAUDRE, sèchement. — Je vous défends de me rappeler ces souvenirs-là.
NOHAN. - — Us sont cependant mon uni-j que excuse. {Elle se redresse d'un air de\ défi.) Oh ! vous n'êtes que trop sûre que jel ne l'invoquerai jamais... C'est par votre acharnement à décrier une créature sans défense, c'est par vous que mon propos frivole, téméraire, et surtout incertain!... est devenu une sorte de légende publique.
MADAME DE MAUDRE. — Tant que cela? '
NOHAN. — On m'a questionné là-dessus-
Les Paroles restent
MADAME DE MAUDRE. — Si jamais M»"> de Vesles venait a apprendre CE qu'on raconte sur elle'.'
moi-même ! On prétendait me faire donner des détails. Cela mest revenu de dix côtés, comme c'est venu naguère à la connaissance du comte de Neuchamps, par vous, toujours par vous !
MADAME DE MAUDRE. — Si jamais M"" de Vesles venait à apprendre ce qu'on raconte sur elle ?... et que c'est vous qui nie l'avez conté ?...
NOHAN, avec une douleur suppliante.
— Oh ! madame !
MADAME DE MAUDRE. Hé! hé! petit
à petit, tout arrive... Je crains bien qu'elle ne prenne cela mal, très mal... On lui prête un naturel violent... Et vous pourriez entendre d'elle quelques-unes de ces v('vités dont se garde le ressentiment de femmes mieux élevées.
NOHAN. — Comme vous me haïssez !
MADAME DE MAUDRE. — Dame ! puisque notre amour est mort.
NOHAN. — Mais moi, je ne vous hais point.
MADAME DE MAUDRE. — C'est cc que je vous reproche le plus!... (Prenant un ton di' pitié 7noqueuse.) Allons, ne faites pas cette moue : elle vous va trop mal. Offrezmoi plutôt votre bras, et promenez-moi.