LES BONS PARENTS
M. GiGOU. — Oui, mais madame Val- -éal... nous ne pouvons pas y compter.
jyjme GiGOU. — - Naturellement, seuement il y en a d'autres...
M. GiGOU. — Tu crois?
M'"*' GiGOU. — Ah ! ce n'est pas ça qui nanque, seulement il faut les chercher.
Centrée de Jean. Asperges à l'huile. Petit si'ence. Sortie de Jean.
M. GiGOU. — C'est tm joli métier que lous ferions là, mais tu n'y réfléchis pas, ;u ne sais donc pas comment ça s' appelle !
jyjme GiGOU. — Je ne sais qu'une chose, :'est que j'ai déjà perdu un fils qui est nort de la poitrine pour s'être trop amusé ît je ne veux pas en perdre un second. >es yeux se remplissent à nouveau de larmes.
M. GiGOU, très ému. — Certainement, certainement.
M^ie GiGou, les yeux au ciel. — Il fauirait une femme qui nous le conserve.
M. GiGou, hésitant. — Vois-tu... dans ;es relations... quelqu'un qui pourrait?...
Mnie GiGOU. — Comme ça tout de iuite, non. Il faudrait que j'y pense, que e réfléchisse ; il y a bien Alice.
M. GiGOU. — Qui ça, Alice?
W^^ GiGOU. — Je te dirai cela tout à 'heure.
Rentrée de Jean. Fromage, fruits.
Sortie de Jean.
M. GiGou. — Eh bien?
Mme GiGou. — Eh bien ! Alice Aleuil !
je crois que ça serait justement très bien, Georges la trouve très à son goût et je crois qu'il ne lui déplaît pas... D'ailleurs, elle serait bien difficile.
M. GiGOU. — Mais elle est peut-être honnête, cette petite femme-là.
Mme GiGOU. — Penh !
M. GiGOU. — Est-ce que tu crois?...
Mme GiGOU. — Elle a été la maîtresse de Dacier qui l'a quittée pour se marier, c'est une petite femme à consoler et qui a besoin d'aimer.
M. GiGOU. — Comment sais-tu tout ça?
Mme GiGou. — Oh ! je suis très bien renseignée, moi, avec mon air de rien. Je sais ce que je dis, c'est un très bon parti pour notre fils, ils seront très gentils tous les deux.
M. GiGOU. — • Et le mari dans tout ça, qu'est-ce que tu en fais?
Mme GiGOU. — Puisque tu le connais, ça va tout seul, tu n'as qu'à lui écrire pour les inviter à dîner.
M. GiGOU. — Mais sous quel prétexte?
Il y a six ans que nous n'avons vu les Aleuil ; cette invitation va les surprendre.
Mme GiGou. — lyCS hommes ne sont vraiment pas malins. Monsieur Aleuil a de très grandes relations dans les chemins de fer, dans les mines, il fait partie de plusieurs conseils d'administration, dislui qu'il s'agit d'une place pour ton fils.
M. GiGOU. — C'est vrai. Je vais lui écrire tout à l'heure.
AR un severe caprice et malgré le gai soleil, elle avait voulu, ce jour de la Toussaint, aller, non pas aux courses de chevaux, mais dans les cimetières.
Comme elle l'avait déclaré à son amant, elle voulait être triste ce jour- là.
— Ne le regretteras- tu pas demain, lui avait-il objecté, quand tu liras dans les beaux comptes rendus : Intéressante réunion favorisée par im temps splendide?
Fermement elle avait répondu qu'elle ne regretterait rien, et l'amant docile s'était écrié : « Soyons tristes ! Eheu ! Eheu ! »
Ils allèrent d'abord au classique Père- I^a Chaise; mais elle n'y trouva pas la tristesse qu'elle cherchait. Sans atteindre au fou rire qui l'avait tordue dans le Campo-Santo de Gênes, devant un monument où un homme tout en marbre et tenant un. chapeau melon à la main est représenté avec la tumeur dont il mourut, cette cité des morts lui laissa ime impression de ridicule. Elle remarqua que les pierres tombales, bourgeoises et cossues, dans ce cimetière où le terrain est fort coûteux, avaient l'air de pressepapiers ou plutôt de presse-cadavres pour empêcher les chers morts de ressusciter et de soulever le couvercle, s'il se trouvait parmi eux quelque Lazare.
Devant la sépulture d'Alfred de Musset, bien qu'elle aimât ce poète, elle n'eut pas l'émotion qu'elle espérait; elle laissa
le saule seul pleurer, mais elle ne pleura pas. Bref, le style des caveaux de famille, la prétention des monuments, la banahté des. inscriptions, tant de mains jointes, tant de sabUers ailés l'indisposèrent, et sur la tombe d'un homme qui, sans doute, aimait les animaux, un petit chien en perles qu'on avait disposé en guise de couromie, acheva de la contrarier.
— Sortons, dit- elle, ici je ne puis être triste.
— Ah ! lui répondit-il, seras-tu triste aujourd'hui? Les bonnes gens pour signifier la pluie ou les brumes froides disent : « C'est im vrai temps de Toussaint. » Miais aujourd'hui le clair soleil illumine et réchauffe la cité des morts. Voilà tme première déception : tu n'as pas pour cette visite aux cimetières im vrai temps de Toussaint et tu t'en montres j ustement courroucée, car le temps ne doit pas être ce qu'il est, mais ce que tu désires qu'il soit. Cependant, pmsque tu veux être triste, je t'emmènerai dans un.
cimetière situé, en dehors des fortifications, dans une smistre banheue.
Il la conduisit au cimetière d'Ivry.
Elle qui n'était jamais sortie des quartiers élégants et pour laquelle le Marais était déjà la Chhie et la Purée, était impressionnée par les tristes boutiques de l'avenue d'ItaUe et par la population lamentablement endimanchée qui, avec de pauvres paquets de chrysanthèmes, allait fleurir ses morts. Et lorsqu'ils pénétrèrent dans le cimetière et qu'elle vit la multitude des petites tombes