CIMETIERES
;rrées les unes contre les autres, elle evint grave et dit que c'était populeux.
Ici, plus de monuments prétentieux i de marbres bourgeois, mais des croix 1 bois noir, de simples entourages. Le mg d'un grand mur, c'était comme le uartier pauvre de ce cimetière pauvre.
,à, les tombes étaient tellement serrées ue l'on comprenait qu'à quelques pieds 3US la terre, les bières de sapin fragile evaient se frôler, et les bois pourrir en lême temps que les chairs; on devinait .'effroyables promiscuités. Pauvres peites tombes recouvertes de terre battue, lies révélaient tant de misères que, sans BS avoir connus, on plaignait tous ces ens-là, non d'être morts, mais d'avoir écu.
Kt voyant que sa maîtresse s'enivrait le mélancolie, l'amant la conduisit alors
/ers un petit tertre planté de buis, de Fusains, d'ifs et de cyprès aux sombres feuillages. — C'est ici, dit-il, le Champ des navets — et il lui enseigna qu'on désignait ainsi l'endroit où sont enterrés ceux qu'opéra de la \'ie la fraîche guillotine. — lyà, poursuivit-il, c'est la fosse commmie des criminels ; tueurs de vieilles femmes, violeurs de petites filles, chourineurs brutaux ou assassins patients dépeçant et incinérant leurs victimes, empoisonneurs, parricides, infanticides, fratricides, avec ou sans leur tête, ils sont là..., là, et ce jeune buis dont, pour te l'offrir, je cueille une petite branche, prend peut-être ses racines dans le tronc du déraciné Lebiez ou de Marchai: don qui poignarda sa bonne maîtresse.
Il était cinq heures, et du côté du couchant, le ciel devint couleur de sang. Elle eut une vision horrible et devint très pâle.
— Sortons, dit-elle, je sens que je vais me trouver mal.
Et dans le crépuscule, ils redescendirent vers Paris. Entre le cimetière et les fortifications des cabarets sordi- .
des se remplis- ^ saient de bruit; des vieilles femmes faisaient frire des poissons, en plein vent. — Ah ! dit la jemie femme cette odeur me fait pleurer. Et il y avait, en effet, tant de misère aussi dans cette odeur de friture que son compagnon comprit par quelle association i d'idées elle était à ce point émue, tandis que des goujons rissolaient. Dès cet instant, devenue triste pour de bon, elle ne cessa de parler de sa mort et du cimetière où elle voulait être enterrée, et c'était un babil fmiéraire et charmant.
— Vois-tu, disait-elle à son ami, si j'avais vécu dans les temps anciens, j'aurais été peut-être une abbesse ou une petite princesse, et j'aurais dormi mon étemel sommeil dans une jolie égHse.
J'aurais bien aimé ça. Mais je n'aurais pas voulu qu'on me représentât étendue,
sur ime tombe avec un lévrier à mes pieds; je trouve que c'est un animal bête ; non, j'aurais voulu qu'à mes pieds on allongeât un chat, parce que j'aime les chats. J'aurais bien voulu aussi être enterrée dans le vieux Campo-Santo de Pise, où il y a de la terre