SCÈNE IV
Les MÊMES, CLAUDINE, MORVILLETTE.
CORBINEL, à Lacroix. — ■ Tenez, ( fait de charmante ingénue, voilà Cla dine de Jersey.
LACROIX. — Du bataillon de Cythèr peut-être !
CORBINEL. — Une gradée.
LACROIX. — Et le mâle qui l'accor pagne ?
CORBINEL. — Morvillette, un moi sieur très fort aux armes, qui n'a que di dettes et le cœur de Claudine pour s.
faire, à eux deux, trois cent mille c rente.
LACROIX. — Encore un sale monsieu; alors ?
CORBINEL. — Encore un, mon Diei oui ! {A Morvillette.) Bonjour, cher ami
LACROIX. — Pourquoi le saluez-vous I
CORBINEL. — Je suis forcé. Parce qu'' me doit cinquante loués depuis dix ani Garçon !
Le garçon vient et il le règ
FLORENÇAY. • — Bonjour !
MORVILLETTE, V apercevant . — Adrien comment ! tu es à Paris ? (A Claudine. Claudine, M. Florençay, un ami de col lège des Pères jésuites.
CLAUDINE. — Enchantée !
CORBINEL, à Lacroix. — Vous n'ête plus seul, vous avez des voisins ançtit sants, je me sauve. .
LACROIX. — Restez ! *
CORBINEL. — Impossible! Et mes por traits ! Demain matin le nonce à neui heures, et Bidel dans l'après-midi. Adieu
Il sort.
MORVILLETTE, à Florençay affectueux — Sale canaille, va, je suis content de t( voir.
FLORENÇAY, même jeu. — Moi aussi vieille fripouille !
LACROIX, à part. ■ — • Ils se connaissent intimement !
Viveurs
MOKViLLETTE. — Tu es ici depuis longtemps ?
FLOEENÇAY. — Je SUIS arrivé le P'' mai.
MORViLLETTE. — Toujours ta manàe, pour le meeting du travail ?
CLAUDINE. — Qu'est-ce que c'est que ça?
MORVILLETTE, à Claudine. — Tu sais bien... les ouvriers.
CLAUDINE. — Ah oui ! quand il y a des sergots ?
FLORENÇAY. — Vous y êtes ! J'ai passé raa journée siu' la place de la Concorde.
CLAUDINE. — Eh bien, vrai, vous en avez des poumons. Vous n'avez rien vu?
MORVILLETTE. — Naturellement, il n'y a jamais rien.
FLORENÇAY. — Il aurait pu y avoir quelque chose. Ça sera pour l'année prochaine.
MORVILLETTE. — ■ Et tu repars?
FLORENÇAY. — Demain.
MORVILLETTE. — A quel propos ?
FLORENÇAY. — Tu n'as donc pas lu les journaux de ce soir ?
MORVILLETTE. — Si. {A Claudine.) Durzac est nommé du Nicham.
CLAUDINE. Et c'est Blanche Man-
darine qui fera cet été la commère à l'Horloge. Elle va se couler, c'est pas son affaire.
MORVILLETTE, à Florençcty. — Pardon.
Tu disais ?
FLORENÇAY. — Il y a eu un coup de grisou près d'Arras, mon cher... cent cinquante mineurs ensevelis.
CLAUDINE. • — Chic ! Va y avoir des fêtes.
FLORENÇAY. — On espère de nouvelles explosions d'une minute à l'autre... Oh ! je veux voir ça.
MORVILLETTE, à Claudine. — Adrien va partout où il se passe quelque chose.
CLAUDINE. — Vous êtes curieux, on peut le dire-.
MORVILLETTE. — Dès qu'il y a n'importe ori une catastrojohe,, un incendie, une inondation, un déraillement...
FLORENÇAY. — ... Qui en vaille la peine.
MORVILLETTE. — • ... Une grève... des trrandes marées...
FLORENÇAY. — Le mascaret...
MORVILLETTE. — Une cavalcade historique, des obsèques d'empereur, un tremblement de terre, il y vole.
FLORENÇAY. — Ça m'amuse.
CLAUDINE. — Moi, toutes ces machines-là, ça me laisse plutôt froide... (.1 Florenqay, aimable.) Alors, monsieur ne va pas rester dans nos murs ?
FLORENÇAY. — Non, madame.
CLAUDINE. — Ça sera donc pour le prochain passage. Trente-neuf, rue de Monceau, le mercredi.
MORVILLETTE, à Claudine. ■ — A propos de la rue de Monceau, j'ai un potin ^ Alice Guénosà... {Attention de Lacroix. A Florençay.) C'est la fille du docteur Guénosa qui demeure à l'étage au-dessus de Claudiine.
FLORENÇAY. — Est-elle jolie ?
CLAUDINE. — Oui, mais elle se tient comme une grue. {Geste de Lacroix.) Qu'est-ce qui lui arrive ?
MORVILLETTE, - — On dit qu'elle va se marier.
LACROIX, à part. — Elle !
CLAUDINE. — Par qui sais-tu ça?
MORVILLETTE. — Par mon coiffeur.
CLAUDINE. — Eh bien, je plains le type qui se l'adjuge. Qui est ce jeune daim \
Lacroix, nerveux, se lève.
MORVILLETTE. — Un bon bêta, déballé tout frais du régtiment... Octave... Octave...
LACROIX, à part. Moi !
MORVILLETTE. — J'ai Oublié son nom...
qui a connu la demoiselle en faisant la fête avec son père et toute la bande Blandin, et qui est parti dessus à toute vapeur. Et on dit qu'il l'épousera.
CLAUDINE. — En ce cas, il ne l'aura pas toute neuve, parce que je connais quelqu'un, un ancien à moi, qui la chauffe, et ferme !
Jeu de Lacroix, encore indécis sur ce qu'il doit faire.
FLORENÇAY, faisant signe à Claudine de se modérer. — Etes-vous sûre... prenez garde... il s'agit d'une jeune fille.
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CLAUDINE. — Est-ce qvie c'est des jevmes filles, ça ?... Elles en font plus que nous. Rappelez-vous ce que je vous dis, allez ! Cette petite finira entretenue ; et dans ce temps-là, moi. je serai mariée.
MORViLLETTE. — Avec qui 1 CLAUDINE. — Ah ! si je le savais !... j'serais pas icft. (Entrée de Salotnon. A Morvillette.) Chut ! un de leurs amis ! (Bas, à Florençay .) Tenez, le vlà, l'amateur dont je vous parlais.