VISITES
autres. (Soupirant.) Ce n'est pas un plaisir de femme honnête... Dis donc, chéri, cherche- moi donc mes bottines pendant que je mets mon corset, ça sera autant de gagné. — Oui, je t'assure qu'il y a des moments où j'envie les grues, les bonnes grues, qui ont tout leur temps à elles... En tout cas, elles n'ont pas de visites à faire.
Jacques, dans la chambre à côté. — Tu crois ça, c'est ce qui te trompe; maintenant, il y en a qui ont leur jour.
M°ie Hardan. — lycurnuit, tu veux dire. Les trouves-tu?
Jacques. — Je n'en trouve qu'une près de la cheminée; je ne peux pas mettre la main sur l'autre.
]\jme Hardan. — Tu sais bien qu'elles né sont jamais ensemble? Cherche donc sous le petit fauteuil jaune...
Jacques. — Voilà, voilà, je l'ai. (Il revient triomphant avec les bottines.)
M^ie Hardan. — Tu serais bien gentil de me les boutonner, parce que je ne peux pas me baisser.
Jacques. — A cause de ton corset?
M™e Hard-In. — C'est toi qui l'as dit.
Jacques, aux pieds de Af ^e Hardan. — Enfin, avec toutes ces \dsites, je ne t'ai plus, c'est désolant.
Mme Hardan. — Ce n'est pas ma faute.
Et encore j'en ai supprimé à cause de toi, autrement je n'aurais jamais pu y arriver.
Sale mois de jan\-ier !
Mais l'année dernière, quand je ne te connaissais pas, sais-tu combien j'en avais?
Jacques. — Je ne sais pas, moi... cin- ^ quante?
M°ie Hardan. —
Enfant ! Trois cent sept, tu entends, trois cent sept. Cette année, je les ai réduites à cent quatorze.
Jacques, fat. — Sans me compter.
M°ie Hardan. — Et pourtant il n'y a que les visites que je te fais qui comptent, tu le sais bien, monstre. Dire que tout à l'heure je serai chez M^^e ^ancien, avec un tas de chères madames, des raseuses, des poseuses...
Jacques. — - Qui sont peut-être en train de se rhabiller, elles aussi?
M^e Hardan. — Tu peux en être sûr, et ce sont celles-là les plus rosses pour les camarades.
Jacques. — Que celle qui est sans péché te jette la première pierre.
M"ie Hardan. — • C'est-à-dire qu'elles jettent autant de pierres qu'elles ont péché de fois... tu penses si on est lapidé ! Aide-moi donc à passer ma robe. Fais attention de ne pas me décoiffer.
Une idée, si tu venais me retrouver ?
Jacques. — Où ça ?
M"ie Hardan. — Chez la mère Lancien.
Jacques. — C'est dangereux... tu n'as pas peur qu'elle se doute?...
jyjme H.ARDAN. — C'est une brave femme, et elle est trop sûre de moi pour avoir le moindre soupçon. Elle sait trop bien qui je suis, comment j'ai été élevée... Tu me chatouilles, veux- tu finir ! C'est convenu, hein? on se retrouve chez cette bonne dame? Ce sera exquis, tu comprends, de se dire des banahtés et de songer qu'il y a une heure encore... Oh ! j tiens, quand j'y pense... (Elle embrasse Jacques câlinement.)
Jacques. — Si elle te voyait en ce , moment, la bonne dame !
M™e Hardan. — Elle n'aurait aucun doute sur la nature de nos relations.
Mets-mai mes épingles de ceinture. Tu as bien regardé comment elles étaient?