‹ L'esprit françaisChapitre 25 sur 315 · BALLADE ^ERS LE FR · texte numérisé non relu

BALLADE ^ERS LE FR

A Monte-Carlo, ce soir-là,

Ayant vu chambrer ma fortune,

Sur la terrasse, au clair de la

Toujours rafraîchissante lune,

Je me promenais; et voilà

Qu'un vieil homme horriblement pâle

Dont les yeux clairs semblaient d'opale,

Dont la voix grave était un râle.

Et tel le spectre de Banco,

Me dit, dans la nuit violette:

C'est le prince de Monaco

Le seul qui gagne à la roulette.

Un soir, j'étais alors croupier, Une que l'on nommait Thérèse Sous la table me fit du pied; J'ai sept fois amené le treize Pour elle, et l'on m'a mis à pied Or depuis, au joueur qui rôde Autour des tapis d'émeraude Du prince ennemi de la fraude, Je dis : Tu paieras ton écot, Tu perdras toute ta galette, C'est le prince de Monaco Le seul qui gagne à la roulette.

Car, naïfs sont les plus malins

Dès qu'ils sont entrés dans les salles,

Arrose les numéros pleins.

Les douzaines, les transversales.

Ou, combien alors je te plains !

Les infaillibles martingales

Sur les chances dites égales.

La banque, hélas! en ses fringales

Ressemble à la brune Marco,

L'insatiable gigolette;

C'est le prince de Monaco

Le seul qui gagne à la roulette.

Page 1