MADAME BLANDIN, LA FEMME DE CHAMBRE
MADAME BLANDIN. — Vous appelez ça une malle faite?
LA FEMME DE CHAMBRE, à genOUX.
?iais, madame...
madame blandin. ■ — Videz-moi tout ça, allon-3? Plus vite. Complètement. {Elle s'y met elle-même .) Et allez me chercher monsieur. C'est lui qui va me la faire, ma malle, et mieux que vous.
LA femme de chambre. — Monsieur n'est pas rentré, madame.
madame blandin. — Eh bien ! dès qu'il sera là, vous me l'enverrez.
La femme de chambre sort.
MADAME BLANDIN, DUBALLET.
dupallet, dans un costume de voyage excentrique et trop jeune pour lui. — Bonjour, fillette.
madame blandin. — Tu tombes à pic.
Tu vas me faire ma malle.
dupallet. — Parfait. Tout ce qui est par terre ?
MADAME BLANDIN. Oui.
dupallet. — Allons-y. Comment me trouves-tu 1
MADAME BLANDIN. Très pur.
DUPALLET. — N'est-ce pas? C'est bien ce qu'il fallait pour Stockholm. On voit tout de suite que je vais là et pas ailleurs.
MADAME BLANDIN. — Travaille de tes mains.
DUPALLET. — Aide-moi.
MADAME BLANDIN. — Commc^nt ! tu n'cs pas capable? Oh! les hommes! Passe-
ii8
moi seulement les affaires, tiens, au fur et à mesure. D'abord le linge. (Ils font la malle tous (leur.) Ça t'amuse, cette philippine ?
DUPALLET. — Beaucoup. Je crois que ça va être très rigolard.
MADAME BLANOiN. — Une paire de chaussures, n'importe laquelle?
DUPALLET. — Voilà. T'emportes des souliers de bal ?
MADAME BLAXDIN. - — Oui.
DUPALLET. — Moi, j'emporte des patins.
MADAME BLANDiN. — Envelcppe-m-oi ce paquet. Tu n'as pas un journal?
DUPALLET. — Non.
MADAME BLANDIN, désignant un journal jyosé dans le cliajJtau de Dupallet. — Si, là.
DUPALLET. — C'est mon Petit Rossard que je n'ai pas lu.
MADAME BLANDIN. — Beau malheur!
Elle le prend et s'apprête à le déchirer.
DUPALLET. — Oh! non!
MADAME BLANDIN, h lui jetant. — Eh!
bien, lis-le vite, en deux temps. Lis tes sales jcurn lux, puisque tu n"es pas fichu de m'aider. J irai bien pluis vite sans toi.
Elle fait sa malle avec fureur.
DUPALLET, qui s'assoit et varcourt le journal. — Mes sales journaux!... Le Petit Rossard est épatant. C'est un autre genre que les Débats, sans doute. Mais il y a, toujours des potins, quelc^ue chose de drôle. {Il lit.) Tiens, en voilà cki nouveau : « Nous somiries en mesure d'annoncer les premiers deux grands mariages sensationnels... M. Cassel, le couturier, épouse M"® Louise Dubois.»
MADAME BLANDIN. — Enfin ! au moins, maintenant, ils pourront divorcer. S'ùls se lâchent, ce sera légalement. L'autre conjungo ?
DUPALLET. — « M. Morvillette épouse M'"'' la marquise de Saint-Eloi. »
MADAME BLANDIN. — Elle a ceiit aus, la marquise.
DUPALLET. — Non : quarante aux lumières et quatre-vingts au petit jour. Mais
elle vient d'hériter d'une tante trois cent, mille livres de rente.
MADAME BLANDIN. — Elle n'écrira plus.
C'est dommage. Passe-moi le journal.
DUPALLET, qui continue de lire. — Oh!
non! ça c'est un mensonge... ça, c'est dégoûtant!
MADAME BLANDIN. Quoi s
DUPALLET, // lit. — « Si nous en croyons ce que contait la nuit dernière, au Royal-Tennis, notre étincelant ami Paul des Abattoirs, la réputation d'une jeune fille ultra répand\ie dans le monde parisien oii l'on ne craint pas de se secouer un j>eu serait \Au?, que gravement ébréchée. »
MADAME BLANDIN. Joli style !
DUPALLET, qui continue. — o La demoiselle, jolie comme un cœur, admirablement faite, et qui est à la veille, par parenthèse, de convoler en justes noces avec un jeune serin assez épris pour avoir dégainé récemment en son honneur... »
MADAME BLANDIN. Hé?
DUPALLET. — «... aurait passé néanmoins tout l'après-midi d'hier en têteà-tête amoureux avec un autre que son fiancé. Ce petit colloque aurait eu pour théâtre le salon même du papa qui les aurait pinces... quand il n'était plus temps. Et si vous voulez savoir les noms de la friponne et de l'heureux gaillard, cherchez dans le Tout-Paris, finance et médecine, la bourse et la vie. » Voilà ! c'est bien clair. La jeune fille, c'est Alice !
MADAME BLANDIN. — Je 11 'eii crois pas un mot.
DUPALLET. — Le jeune homme qui a dégainé, c'est Lacroix. Mais le monsieur du rendez-vous? qui ça peut-il être?
MADAME BLANDIN, à paît. — Ail! m.on Dieu! (Haut.) Bien entendu, ça n'est pas signé cette saleté ?
DUPALLET. — Pardon.
MADAME BLANDIN. C'est sigTlé ?
DUPALLET. — Le Voyeur.
MADAME BLANDIN. — Pour moi, mon nez... ça vient d'une femme.
LA FEMME DE CHAMBRE, entrant avec une carte sur un plateau. — Madame, c'est un monsieur.
Viveurs
MADAME BLANDiN. — Je n'y suis pas...
pour peisonne...
LA FEMME DE CHAMBRE. Madame, CG
monbieur a dit qu'il voulait absolument... MADAME BLANDIN, qul prend la carte et lit. — Juste !
Elle la tend à Dupallet.
DUPALLET. — Lacroix !
MADAME BLANDIN. — Je te parie qvi'il vient pour ça?
DUPALLET. ■ — Je pique une tête. C'est très délicat ces nlâchines-là. J'aime avitant ne pas être là.
MADAME BLANDIN, à la femme de chamlirt. — Faites-le monter.
La femme de chambre sort.
DUPALLET. — Tu vas le recevoir ici?
MADAME BLANDIN. — Pas le temps de descendre.
DUPALLET. — Ne te mets pas en retard.
MADAME BLANDIN. — Mais oui. Occupetoi donc de toi.
Dupallet sort.