MADAME BLANDIN, LACROIX
LACROIX. — Excusez-moi, madame, il •e passe des choses... {Il sort de sa poche e journal qu'il lui tend.) Lisez ça.
MADAME BLANDIN. — Pas la peine. Je onnais.
LACROIX. — Vous avez lu?
MADAME BLANDIN. — A la minute.
LACROIX. — Eh bien ?
MADAME BLANDIN. — Eh bien ! c'est une infamie courante. Mais qu'est-ce que ça peut vous faire, puisqu'il n'y a pas un mot de vrai ?
LACROIX. — C'est justement ce qiu vous trompe.
MADAME BLANDIN. Oh !
LACROIX. — Quand j'ai reçu ce torchon par la poste, envoi anonyme ! je n'ai pas douté d'Alice un instant, bien entendu, mais la colèi-e m'a tout de même monté au nez et j'ai couru chez le docteur : « Tenez, monsieur, voilà ce qu'on écrit sur votre fille! » Je m'attendais à le voir sauter.
MADAME BLANDIN. — Il ne saute jamais.
LACROIX. — - Il a haussé les épaules.
MADAME BLANDIN, s'assied à f/auche. ■ — Et puis ?
LACROIX. — Il m'a dit : «Eh bien!
oui, Alice a fait une gaffe. »
MADAME BLANDIN. — Je ne comprends pas.
LACROIX. — Moi non plus, je n'ai pas compris tout de suite. Alors, le docteur m'a expliqué qu'en effet sa fiîle, courtisée et agacée depuis le soir des tableaux par un de nos bons amis ..
MADAME BLANDIN. Son nOm ?
LACROIX. — Tout à l'heure... avait commis l'imprudence de le recevoir chez elle.
MADAME BLANDIN. — Quelle faute!
LACROIX. — Sans doute, mais par gaminerie, avec la ferme intention de donner au monsieur une leçon dont il se souviendrait.
MADAME BLANDIN, faussement gaie et impatiente. — Et il est venu, l'imbécile?
LACROIX. — Certainement, M"® Guénosa l'a traité comme il le méritait.
MADAME BLANDIN. BraVO !
LACROIX. — Le père est arrivé au beau milieu, a trouvé le don Juan tout pâle et piteux, balbutiant de pauvres raisons...
disant... disant... qu'il était venu pour so faire soigner !
Viveurs
MADAME BLANDIX. — ■■ Oh ! ch '
LACROIX. ■ — Ma foi, il l'a pris au mot, et lui a administré une bonne piqûre.
C'était la première. Moi, maintenant, je me chai'ge de la seconde. Avant qu'il soit quarante-huit heures, je la lui colleraji dans le ventre, ■ — ■ et ça ne sera pas avec un© seringue.
MADAME BLANDiN se lèvc. — - Ok ! mon Dieu ! Mais qui est-ce ?
LACROIX. — Salomon, parbleu !
MADAME BLANDIN. — C'est impossible !
LACROIX. — Vous prenez sa défense ?
M^VDAME BLANDIN. — Non, mais...
LACROIX. — Vous ne le connaissez pas à fond.
MADAME BLANDIN, (tvec des i/eiix qui veulent dire : Oh si ! — Je vous affirme qu'il est incapable...
LACROIX. — Capable de tout. Et c'est lui, oomprenez-vous, qui, dans sa rage d'avoir été berné et bafoué, a fa;it publier cet écho !...
MADAME BLANDIN. — Ça, jamais je ne le croirai !
LACROIX. — J'ai paesé chez lui pour le gifler, il n'y était pas. Mais, je me suis souvenu que vous aviez tous rendez-vous ici, à trois heures, pour votre philippine de Stockholm, et je l'attends de pied ferme.
MADAME BLANDIN. Qu'allez-VOUS
faire ?
LACROIX. — Oh ! rien, ou peu de chose.
MADAME BLANDIN, avec Soulagement . — Ah !
LACROIX. — Le claqner. plutôt deux fois qu'une. Et probablement retarder aussi votre départ de quelques jours.
MADAME BLANDIN. — Et si ce u'est pas kii qui est l'auteur de l'écho ?
LACROIX. — Qui voulez-vous ?... Et puis, quand même...
MADAME BLANDIN. Oh ! Enfin VOUS
n'en êtes pas sûr. Pas de scandale inutile, moTi ami. {Se lève et vient à lui.) Songez à sa jeune femme.
LACROIX. — Ah ! ah ! Je m'en moque un peu de sa jeune femme 1 Et lui encore plus !
MADAME BLANDIN, dehout . — Vous pen sez qu'il la trompe ?
LACROIX. — Mais tout le temps, à la vapeur. Et avec tout le monde. N'dmporte qui. La première venue. La femme et la maîtresse du voisin. Louise Dubois...
MADAME BLANDIN. Oh !
LACROIX. — Claudine de Jersey.
MADAME BLANDIN. Oh !
LACROIX. — Sans parler de celles dont il se vante. Oh i c'est une riche nature.
MADAME BLANDIN. — Qui est-ce qui vous a raconté ça ?
LACROIX. — Mais, Tout-Paris.
MADAME BLANDIN. Ça Se dit?
LACROIX. — Parce que ça se voit. Et je ne sais pas tout. Je suis bouîevardier depuris trop jieu de temps. Mais il doit y en avoir d'autres.
MADAME BLANDIN. — Eh bien ! voulezvous me donner une preuve d'amitié, une vraie ?
LACROIX. — Ça dqoend de laquelle.
MADAME BLANDIN. — Ne faites rien avant que je n'aie parlé à Salomon.
LACROIX. — Oh !
MADAME BLANDIN. — N'ayez pas peur.
J'ai de l'autorité sur lui. Je lui dirai mai' façon de penser, toute nette, parce que» c'est vraiment un peu fort,
LACROIX se lève. ■ — Soit, à la bonne; heure, vous commencez à être de mon avis ?
MADAME BLANDIN. — Je trouve aussi que ça n'est pas cla^ir. Vous savez combien j'ai d'affection pour Alice, et de sympathie pour vous ?
LACROIX. — Oui.
MADAME BLANDIN. — C'est moi qui ai contribué en partie à votre mariage?
LACROIX. — Je le sais.
MADAME BLANDIN. — Je vais le secouer, notre ami Salomon. Et j'aurai le fin mot de l'affaire, je vous le garantis !
LA FEMME DE CHAMBRE. M. Salomon.
LACROIX. — Ah !
MADAME BLANDIN. — Partez par là.
LACROIX. — Oh! que j'ai donc envie de me soulager tout de suite...
MADAME BLANDIN. — Partez, vous m'avez promis. Et ne revenez pas avant une demi-heure.
Madame Blandin — Parce que
j'allais LA NUIT AUX HALLES ...
Viveurs
LACROIX. — Enfin ! Mais après, vous Tn€ dlirez bien toute la vérité.
MADAME BLANDIN. J© VOUS le jUre.
LACROIX. — Et s'il mérite une correction ?
MADAME BLANDIN. — Ah ! ce n'est pas moi qui vous retiendrai... Allez!
LACROIX. — jMerci. Vous êtes une amie.
MADAME BLANDIN. ■ — Et Une bonne.
Comptez sur moi. Partez. {Lacroix sort.") Maintenant, à noue deux, mon petit.