‹ L'esprit françaisChapitre 305 sur 315 · HELENE, PHILIPPE · texte numérisé non relu

HELENE, PHILIPPE

PHILIPPE. — Votre mère a raison... la soirée est fraîche... attendez, il ne faut pas que j'attrape froid.

Il enfile un paletot d'été.

HÉLÈNE. — Oh ! VOUS avez dit ça comme un tout petit garçon... (l'imitant) il ne faut pas que j'atlArape froid.

PHILIPPE. — J'ai été auss'i lidicule que ça?

HÉLÈNE. — Mais oui... tu m'aimes?

PHILIPPE. — Je t'adore. Quelle brave et digne femme que cette M""^ Leformah !

HÉLÈNE. — Mère, oui, c'est une créature d'exception... elle n'est pas très avancée pour son âge, elle a des naïvetés incroyables.

PHILIPPE. — Mais ça vaut mieux que si elle s'était rendue fameuse par mille aventures galantes.

HÉLÈNEî — Evidemment.

PHILIPPE. — Et je ne la trouve pas si ridicule... l'honnêteté de sa vie désarme rii'onie.

HÉLÈNE. — Par exemple, nos façons de parler et de penser surtout la renversent.

PHILIPPE. — J'ai peut-être tort de parler comme ça devant elle : elle doit me croire un être sans morale, sans principes.

HÉLÈNE. — Oh non, elle n'est pas bête, elle est loin d'être bête et elle fait très bien la difi"érence entre ta conviction, ta sincérité et la bla,gue de Stany ou le scepticisme d'André. Et d'ailleurs tu fais bien de dire ces choses-là... il faut les dire. Tant pis ou plutôt tant mieux si tu ne penses pas comme les autres, si tu penses humainement. C'est pour ça que je t'ai aimé, vois-tu, parce que tu n'es pas égoïste, parce que tu es juste et que tu as de l'indulgence et de la pitié.

PHILIPPE. — Disons le mot, je suis parfait.

HÉLÈNE. — Tu n'es pas parfait ; mais tu es meilleur que les autres. Regarde An-

La Douloureuse

dr , comme il est méchant, comme il est amer.

PHILIPPE. — Ce n'est pas £a faute, il n'est pas heureux... il est tombé sur une femme terrible qui le fait souffrir.

HÉLÈNE. — C'est toujoiu's Cette M'"' Be. lett?

PHILIPPE. — Toujours.

HÉLÈNE. — Comment, ça dure encore?

En effet, le pauvre garçon, je le plains ; mais ce n'est pas une raison pour rosser sur toutes les femmes.

PHILIPPE. — 11 dit beaucoup de bien de toi.

HÉLÈNE. — A toi... mais on sent qu'il en veut au genre humain et il ne cherche qu'à dire des mots blessants.

PHILIPPE. — il ne digère pas bien... Et puis je ne le juge pas. Qui sait si je ne serais pas plus amer et plus aigri dans des circonstances semblables?

HÉLÈNE. — Oh non... pas toi.

PHILIPPE. — Mais tu n'en sais rien...

c'est ce que je me dis toujours : nous ne pouvons pas le juger... parbleu, tout nous réussit à nous, nous sommes insolemment heureux et notre avenir est d'amour et de joie.

HÉLÈNE. — C'est vrai... oui, j'ai foi dans 1 avenir et je suis sûre que je t'aimei'ai très bien ; c est bête de dire à quelqu un qu'on l'aime bien, ce n'est pas bête de lui dire qu'on l'aimera très bien... tu comprends, il y a une nuance.

PHILIPPE. — Je la saisis parfaitement.

HÉLÈNE. — J'en suis persuadée. Tu n'as pas froid ?

PHILIPPE. — Non.

HÉLÈNE. — Comme ça a été vite pourtant... on dirait qu'il y a eu un Dieu pour nous; en tout cas, la vie nous a, été complice... je t'ai rencontré, nous nous sommes aimés, et cinq mois après, j'étais veuve !

PHILIPPE. — C'est admirable!

HÉLÈNE. — Il y aura bientôt un an de ça, et ça me paraît loin... si loin!... Je me demande parfois si c'est bien vrai que i'a.i été M™^ Ardan, la femme de Gaston Ardan, et si ce n'était pas cette robe noire... je ne le croirais pas... j'ai

peur que ça t'ennuie de me voir toujours en noir.

PHILIPPE. — Je connais une romance dont le refrain est : a Isle pleure pas, le

PHILIPPE. — C'est par ce hefrain que

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