‹ L'esprit françaisChapitre 44 sur 315 · SONNERIES · texte numérisé non relu

SONNERIES

A r Alsace-Lorraine je dédie ce livre.

28 Juin 1881

jfl mes ftmis

t Non, mes amis, non, je ne veux rien être.

.\insi chantait nt)tre vieux JJéran^'er.

Humble écolier de cet illustre maître,

l'ai sa devise et n'y veux rien changer.

(ît ce n'est pas par égoïsme lâche 'Que je soustrais mes bras à l'aviron ; ,Mille rameurs sont i^rêts pour cette tâche, Je ne suis, nn)i, ([u'un sonneur de clairon.

Je veux tout droit suivre la droite ligne, ;Penser tout haut et vivre à cœur ouvert ; si je ilttris un acte qui m'indigne.

Ou si j'exalte un grand nom qui m'est cher. Je veux pouvoir répondre à rjui peut croire Que l'intérêt m'entraîne ou me corrompt : Mon intérêt c'est la France et sa gloire, Je ne suis, moi, qu'un sonneur de clairon.

Je veux surtout qu'à cette heure funeste Où le pavs doit souffrir sans parler.

Quelqu'un soit là qui souffre et qui proteste Et dont la haine ait droit de s'exhaler. I.'('tranger peut épier mon langage.

Mais à l'affront quand j'oppose l'affront, Te n'est jamais mon pavs que j'engage, Je ne suis, moi, (ju'un sonneur de clairon.

D'ailleurs ma route est nettement tracée! Ce que je veux, je sais le bien vouloir, Mais mon esprit ne suit qu'une pensée.

Mon cœur étroit ne porte qu'un espoir.

Et si j'étais de ceux que l'on écoute On bouclerait trop tôt son ceinturon.

Jamais soldat n'a ])révu la déroute !

Je ne suis, moi, (ju'un sonneur de cluivon.

J'en sais qui croient <iue la haine s'a])aise : Mais non ! l'oubli n'entre pas dans nos cœurs ! Trop de sol manque à la terre française. Les conquérants ont été trop vainqueurs ! L'honneur, le rang, on a tout à reprendre... Par cjuels moyens? D'autres vous le diront. Moi, c'est l'ardeur que je voudrais nous rendre, Je ne suis moi, qu'un sonneur de clairon.

Je vis les veux fixés sur la frontière

Et, front baissé, comme un bœuf au labour.

Je vais, rêvant à notre France entière,

Des murs de Metz au clocher de Strasbourg.

Depuis dix ans j'ai commencé ce rêve.

Tout le traverse et rii-n ne l'interrompt.

Dieu veuille un jourqu'ur,"rand Français l'achève !

Je ne suis, moi, qu'un sonneur de clairon.

Oui, vous avez raison, mais plus tard, rien ne presse, — Dit le jeune homme au cœur encor mal aguerri, — Laissez-moi voir la vie et goiiter ma jeunesse, Nous en reparlerons lorsque j'aijrai mûri.

Je suis pour les mots courts

et pour les phrases brèves Dit l'homme fait, sachons nous recueillir tout bas A quoi sert-il d'aller ébruiter nos rêves, Nous en reparlerons au matin des combats.

Ilélas, dit le vieillard, l'heure n'approche guère, Les chemins du retour sont loin d'être aplanis ; Vivons d'abord en paix, avant d'entrer en guerre, Nous en reparlerons quand nous serons unis.

Et les conquis lassés de leur persévérance, Cherchant déjà les mots i)ar le vainqueur exclus: « O Français, oublieux de dix ans de souffrance. Vous en reparlerez quand nous n'entendrons plus. »

Au Porte=Drap2au du 14 Juillet 1881

Porte-drapeau, mon camarade.

Au combat comme à la parade.

Ton chemin est notre chemin. C'est un lier poste que ton grade !

Porte-drapeau, mon camarade, Tu tiens la France dans ta main.

Nous irons où tu veux f[u'on aille.

Vois cette foule qui tressaille...

Ils sont passés les jours de pleurs.

Et, viennent les jours de bataille.

Nous irons où tu veux (|u'on aille Faire acclamer nos trois couleuis.

Tous les Français qui sont en France

Savent (juelle est ton espérance,

Yx qui tes yeux cherchent là-bas.

Elle viendra, la délivrance :

Tous les Français qui sont en France

Marchent vers ceux qui n'y sont pas.

Notre cocarde à leur corsage.

Maintes femn\e5 sur ton passage Ont murmuré: « Qu'il soit vainqueur!

O Françaises d'heureux présage!

Notre cocarde à leur corsage, Et la revanche dans leur cœur !

Et plus d'un pleurait sous les armes!

Larmes de héros, nobles larmes Que la France doit vénérer !

Ce n'était pas des ideurs d'alarmes...

Et plus d'un pleurait sous les armes, Dont les armes feront pleurer.

Non ce n'est pas la gloire encore :

Avant le jour il faut l'aurore Le porte-drapeau le sait bien.

Mais le soleil est sûr d'éclore ; Non ce n'est pas la gloire encore, Mais c'est la fierté qui revient.

Autour du drapeau qui nous guide, Tout un peuple attend, intré])ide, L'heure que nul ne peut prévoir — L'homme esiière. Dieu seul décide.

Autour du drapeau qui nous guide. Tout un [)euple est prêt au devoir.

l'orte-drapeau, mon camarade, Au combat comme à la parade.

Ton ciiemin est le droit chemin.

C'est un fier poste que ton grade !

Porle-draiieau, mon camarade, Tu tiens la France dans ta main.

ï^Vy.

EuaFeiZl. Cn'VPePCfJ"!

Porte-drapeau, mon camarade, Au combat comme à la parade, Ton chemin est le droit chemin.

stances poQP FOpphelinat des flpts

Lorsqu'au jour de combat, victime expiatoire,

Le soldat tombe et meurt en cherchant la victoire,

Que son rang fût obscur ou qu'il fût éclatant,

Le peuple reconnaît la dette solennelle;

Et la mère-Patrie abrite sous son aile

Les enfants dont le père est mort en combattant.

Et le respect de tous les guide et les escorte

Et si faible que soit l'appui qu'on leur apporte,

Ces pauvres orphelins en sont enorgueillis.

A leur juste fierté leur deuil se rassérène,

Car ils savent qu'ils ont la Erance pour marraine,

Et que leur père a bien mérité du Pays.

Or, quoi qu'en puisse dire et penser l'ignorance, L'Artiste est aussi, lui, le soldat de la France, Il sert son peuple aussi, ce serviteur du beau, La gloire qu'il acquiert chacun se l'approprie Nul n'accroît plus que lui l'honneur de la Patrie Nul mieux que lui ne sait porter notre dra])eau.

A l'heure même, à l'heure inoublia'ule encore, Oii le vainqueur jaloux d'un vaincu qu'il abhorre Voulait nous arracher notre ]dace au soleil ; A l'heure où les Français

restaient sombres et tristes De qui leur sont venus, sinon de leurs artistes, Leur première revanche et leur premier réveil.

Peintres, musiciens, sculpteurs, acteurs, poètes, Une même pensée embrasa mille têtes: Consolons la Patrie, honorons les aïeux ; Qu'Athène encor en deuil, éblouisse encor Sparte, Et que ce cher pays, dont l'Europe s'écarte, De l'Europe attirée enchante encor les yeux.

Et tandis que distraite ainsi dans sa souffrance, La France se hâtait de réparer la France, Ces grands consolateurs lui rendaient sa fierté. Et les peuples voyaient un peuple encore en larmes, S'acharnant au travail et veillant sous les armes. Ceindre d'un laurier vert son front ensanglanté.

O vaillance ! O ressource héroïque et sublime, Merveilleuse vigueur du sang qui nous anime ! Jamais pays vaincu n'entreprit rien de tel. Mais que de chamjr.ons sont morts à cette tâche, (^ar ce fiévreux assaut où l'âme est sans relâche. Pour n'être i)as sanglant n'en est pas moins mortel.

Puis lorsque la mort vient

glacer ces fronts superbes.

Moissonneurs imprudents

qui n'ont pas fait leurs gerbes, Le peu de blé qu'ils ont se disperse à tous vents ; Et, comme en ces combats pour la gloire commune Ils ont, donnant leur vie, oublié leur fortune. C'est souvent d'un nom seul

qu'héritent leurs enfants.

Eh bien, vous qui trouvez leur œuvre utile et bonne. Vous, qui vous rassemblant

partout où l'Art ravonne, Guidez toujours l'artiste et le formez parfois ; O Foule à l'âme ardente, ô foule au cœur sincère, Songez à ceux qu'il a laissés dans la misère Et que votre pitié devance ici ma voix.

Et toi mère-Patrie, à qui par leur victoire, Ces soldats de l'Idée ont rendu quelque gloire, Apporte aussi ta pierre à leurs foyers détruits. Honore en leurs enfants leur glorieux lignage, Et que ton aide aussi leur soit le témoignage Que leurs jières ont bien mérité du Pays.

Mjmne Français

France, veux-tu mon sang? Il est à toi, ma France ! S il te faut ma souffrance, Souffrir sera ma loi, S'il te faut ma mort, mort à moi, Et vive toi, Ma France !

Gloire à la France au ciel joyeux, Si douce au cœur, si belle aux yeu.i.

Sol béni de la Providence, Gloire à la France !

Forêts au front, vigne au côté, Elle a ce qui fait la beauté ¥a ce qui donne l'abfmdance.

Gloire à la France !

O ma Patrie au cœur puissant, Fière d'instinct, riche de sang, Qui sans s'appauvrir se déjiense, Gloire à la France !

Tout vient vers elle et tout en part, Elle est le Progrès, elle est l'Ait, Sol qui produit, peuple qui pense, Gloire à la France !

Mais de ces dons du Créateur Le plus divin et le meilleur C'est sa grande âme au souffle immense, Gloire à la France !

ChamT)ion de l'humanité.

L'homme lui doit sa liberté Et l'esprit son indépendance, Gloire à la France !

C'est pourquoi partageant son sort.

Le monde mourrait de sa mort, Lui qui vit de son existence, Gloire à la France !

Et c'est pourquoi, nous ses enfants Soit terrassés, soit triomphants.

Nous gardons tous cette espérance :

Gloire à la France !

France, veux-tu mon sang? Il est à toi, ma France ! S"il te faut ma souffrance, Souffrir sera ma loi, S'il te faut ma mort, mort à moi, i^t vive toi, Ma France !

stances

Après dix ans d'efforts et de persévérance, Un semblant de liertt- nous revenait aux cœurs, Et nous voulions,

!• ranimais qui nous croyions en France, Autour d'un vieux soldat rallier l'espérance, I^ïuand ce cri fut jeté :

« Prenez garde aux vaincpieurs ! »

Oui, jeunesse, prends garde à ton sang qui s'anime, Prends garde à ces élans dont ton grand cœur est

[plein ; Cache de ta douleur jusqu'au mot qui l'exprime. Dis-toi que le nom seul de l'Alsace est un crime, Dont Paris ne floit plus mécontenter Berlin.

Snvoiis prudents ! Soyons muets ! Sovons esclaves ! D'espoir, n'en ayons pas ;

d'orgueil, n'en ayons plus!

Et que, si quelques fous honteux de tant d'entraves Disent que cependant nos régiments sont braves. On les bâillonne avec nos drapeaux su[)erflus !

Ah! ce langage-là, ces raooels à la crainte, Voilà dix ans pourtant qu'ils îroissent mon Pays; Dix ans que nous marchons

front bas et gloire étreinte, Ces étrangers ont donc tué la haine sainte ! C'est donc aussi nos cœurs qu'ils auront envahis?

N^otre honneur n'est donc nas libéré d'épouvante? On n'en finit donc Das de paver sa rançon? Quel est cet Etat libre où la France est servante, Et qui sont ces gardiens dont la main énervante Fait d'un peuple affranchi cet esclave en prison?

Est-il pire tristesse, et pire dépendance?

Ni pleurer nos martvrs, ni fêter nos héros?

Ne pouvoir plus parler d'honneur

qu'en confidence!...

Oh 1 ces sages à qui, dans leur jifile prudence, Les sabres allemands font peur

même aux fourreaux !

Alors pourquoi changer la Patrie en caserne? A quoi bon ces clairons, ces armes, ces soldats? Où donc en sommes-nous?

Et qui donc nous gouverne Qu'à peine relevés de terre on nous prosterne, hit (ju'on fasse de nous des vaincus sans combats?

Certes, mon cri n'est pas contre la Républiciue; La faute, je le sais, n'en est j)as à ses lois, L'effort, elle l'a fait; la route, elle l'indique; Mais, follement remplis de sagesse panique, Ceux cjui jiarlent pour elle ont trop baissé la voix.

Ils ne savent donc ras, ces ajusteurs de phrase, Quel misérable effet leurs terreurs font sur nous? Qu'à si bien comprimer les cœurs on les écrase ; Que la valeur s'abat, que la fierté se blase, Quand on lient si longtemps les haines à genoux !

O ma France! l'Europe est là qui te regarde, Et dans l'Europe et près, t(uit près de nous, hrhis ! De pauvres exilés guettent ton avant-garde, Et ceux-là qui naguère ont porté ta cocarde. Des sergents prussiens leur mettent l'arme au bras.

Ah ! ces Français qu'on t'a volés,

que vont-ils croire?

Comment vont-ils nommer ton horreur du danger? Désertes-tu l'honneur? Abdifpjes-tu la gloire? Et ne cherches-tu plus d'autre rang dans l'histoire. Que celui que veut bien t'v laisser l'Etranger .•'...

Allons, allons! debout! Haut les cœurs,

haut les âmes, Rejette sans défi le jou^r trop supporté,^ Mérite, peui)le libre, un nom que tu réclames: Et si la gloire un jinir doit rallumer ses flammes, Songe qu'elle a besoin du feu de ta fierté.

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