STANCES
poat» l'Union des pemmes de ppanee
Lorsqu'flprès huit longs mois
d'une guerre incessante, La France dut signer cette paix écrasante, Dont l'ennemi haineux redoublait les rigueurs; Lors(|u'après tant de sang perdu dans les batailles. Il lui fallut encore, déchirant ses entrailles, Livrer du sang français aux étrangers vainqueurs.
Lorsqu'elle eut tout subi : revers, rançon, conquête. Qu'elle resta sanglante, immobile et muette, Pleurant sur ses traités honteusement conclus, L"Kuro])e alors plaignit la pauvre moribonde. Kt ce cri retentit aux quatre coins du monde : C'en est fait de la France, et son peuple n'est plus !
Oui, l'Europe l'a dit, l'Europe a pu le croire. Et combien de pavs ont sombré dans l'histoire Par de moindres fléaux, moins longtemps assaillis. Combien même ont laissé par de plus courts orages Déraciner leur force et briser leurs courages Que dix siècles de gloire avaient enorgueillis!
Mais nous. — C'est l'éternel honneur de notre race Que chancelante encore du coup qui la terrasse Elle cherche aussitôt la route où se venger, — Nous, nous avons séché nos pleurs par notre haine Et fixant nos regards sur la chance lointaine Nous n'en avons rien dit sans cesser d'v songer.
Alors pendant dix ans d'un silence sans larmes. Ce peuple désarmé se forgea d'autres armes, Sans peur, mais sans défi,
sans bruit mais sans repos, Si bien qu'un jour — ô jour d'allégresse et de fête ! La France était debout, l'ATmée était refaite Et la Patrie avait ressaisi ses drapeaux.
Certes l'effort fut grand et la vaillance extrém Mais, cher Pays français,
c'est que c'est toi qu'on aim C'est qu'on te trouve beau,
c'est qu'on te rêve gran C'est qu'on a la fierté du sol héréditaire Et que notre âme même est rivée à ta terre, Fier pays de vaincus qui n'a jias d'cmigrant!
Aussi, c'était trop peu pour toi, terre bénie. Que même au lendemain d'une longue agonie Tes hommes aient pour toi fait leur devoir vir Voici (|ue maintenant les femmes de la Franci Se lèvent, réclamant, superbes d'espérance, Leur part de sacrifice et leur droit au ])éril.
Voici, que s'enrôlant, nombreuses volontaire; Elles suivront aussi nos drapeaux dans nos guer Où leurs combats seront de combattre la mort Voici qu'elles sont là debout, l'âme aguerrie. Invoquant dans leur cœur le Dieu de la Patrie Et comjirenant déjà qu'il faut lutter encor.
Ah ! femmes ! ce courage est grand, il est sublii Et devant le transport de foi qui vous anime Les i)lus vaillants de nous
n'ont qu'à baisser le fr Ah ! quand nous vous aurons
]K5ur compagnes de p C'en sera bientôt fn.it d'arracher la victoirr YX que (le priimpls saints nos blessés vous devi
Oui, mères, filles, sœurs, ('pouses, fiancées. Accourez, accourez en phalanges pressées, Jamais plus noble espoir ne nous encourage; Jamais élan plus fier ne chassa nos alarmes Ôh ! sœurs de charité de la Patrie en arme- Si vous saviez quel bien vous lui faites dej..
Si vous saviez quel est votre pouvoir suprême Sur le sort du Pavs et sur sa grandeur même, Va quel amour pour vous dans notre amour ])our lui. Oui, si vous le saviez, et si vous vouliez, femmes. Du feu de vos regards ressusciter nos âmes La France de demain serait faite aujourd'hui.
O JLIDKrDIS !
\'ous me fixez la figure ." Vous me trouvez changé, hein?
Dam ! Après mon aventure !
L'autre soir sur le chemin Qui confine à la Garonne...
Mais d'abord, vous savez tous, Qu'étant très bonne personne, Moi, je n'aime pas les coups.
Et donc j'n liais sur la route, Langoureusement distrait, Quand, de la céleste voûte, Le soleil, il disiiar.iit.
Rentrons, di.s-je, l'heure en sonne.
Car enfin, vous savez tous.
Qu'étant très bonne personne, Moi, je n'aime Das les coups.
Quelqu'un m'insulte dans l'ombie.
Répondre? C'était commun, Puis je n'étais pas en nombre :
J'étais tout seul contre Un .' Je fuis. L'autre, il m'environne.
Cadédis ! Vous savez tous.
Qu'étant très bonne person- e, Moi, je n'aime pas les coups.
Mais quoi ! cet homme sauvage, Voyant cjue je ne dis rien.
M'envoie un sable au visage, Passe son pied dans le mien.
Me renverse, se cramponne
Hé pauvre ! Vous savez tous, Qu'étant très bonne personne, Moi, je n'aime pas les coups.
Il se cramponne et puis preste!
Sans demander oui ni non.
Me prend mon gilet, ma veste Et jusqu'à mon pantalon :
Or, nous étions fin automne.
De certes, vous savez tous.
Qu'étant très bonne personne, Moi, je n'aime pas les coups.
Nonobstant le sang me monte,
Je me retourne et ma foi.
On a parfois l'âme prompte.
Je lui dis: « Monsieur!., j'ai froid.
Ecoutez comme il raisonne.
Est-ce pas, vous sa\ez tous.
Qu'étant très bonne personne, Moi, je n'aime pas les coups?
Eh bien ! voyez comme il cause.
Il me dit, sans marchander :
« Quand on tient à quelque chose
( )n se bat pour le garder. »
Ce lâche, je le soupçonne,
Avait appris comme vous.
Qu'étant très bonne personne.
Moi, je n'aime pas les coups.
Fro Fa^tria.
Oublions, oublions ! voilà le cri des lâches, De ceux pour qui la haine
est un fardeau trop lourd, Qui, reniant leurs droits et désertant leurs tâches. Ont épuisé leur deuil dans leurs larmes d'un jour.
Mais tous ces fiers enfants
dont la France est la mère.
Gardant l'espoir au fond de leurs cœurs résolus. Muets, mais sans oubli, sombres, mais sans colère, Sont toujours là pleurant
sur ceux qui n'y sont plus.
Et combien n'y sont plus de]iuis la triste guerre, Combien de sang franyais notre France a perdu. Qu'elle a donné de fils pour conserver sa terre. Et ce qu'on nous a Jjris, comme on l'a défendu !
Car la lutte fut longue, héroïque, implacable; Car nos soldats ont su mourir jusqu'à la fin; Fa nous n'avons subi la paix qui nous accable Que broyés sous le nombre ou défaits par la faim.
Et que de dévouements dignes de notre histoire ! Oh ! sachons bien bénir, sachons bien célébrer Tous ces accès d'honneur "Ui nous sont de la gloire. Ces immortelles morts qu'on est lier de pleurer !
L'exemple en naît si grand
qu'on bénit l'hécatombe, L'espoir en sort si haut qu'il passe les regrets Et que le même jour voit surgir de leur tombe L'ombre des lauriers verts et l'ombre des cyprès.
O braves ! dont je viens saluer la mémoire, Vous que Hoche ou Desaix
eiit pris pour compagnons, Fiers vaincus qui tentiez d'effraver la victoire. Que n'ai-je un nom qui puisse éterniser vos noms 1
Ces noms obscurs si beaux oar l'obscurité même ! Nul d'entre ces martvrs ne s'est cru glorieux ; Mais sacrés par leur san.'rqui leur f ut un baïUémc, Ces ignorés d'hier sont déjà des aïeux.
Martin, Cardon, et toi, simple et noble victime, — Dont le cadavre même eiit dû porter la croix, — Debergue au cœur vaillant,
Debergue au cri sublime.
Soyez tous trois bénis, vous êtes grands tous trois.
Toi surtf)ut, vieux Français entêté de ta Franci 'lenace défenseur de nos champs envahis, Gloire à toi, grand vieillard si jeune d'espérance Gloire à vous, braves gens, honneur de mon Pavs
Ah I ces vieux plébéiens à l'ardente nature, Propre sève de l'arbre, invisible au passant. Par qui l'arbre grandit, par qui la forêt dure. Ce sont eux la vigueur de la France et son sauf
Ce sont eux dont les mains construisent,
plantent, sèmei Eux les forts artisans, eux les vrais travailleurs Ils aiment leur vieux sol
sans bien savoir qu'ils l'aimei Patriotisme inné, bon entre les meilleurs.
Ils se disent ])arfois que les pcujilcs sont frèrt Qu'il n'est pas de patrie et qu'on en peut chan;:' Et puis vienne le jour de nos destins contraire-. Les revoilà Français, rejjoussant l'étranger.
Voilà leur sang qui bout et leur instinct qui i :. Ces éternels Gaulois retroussent leurs sarraux, Ils s'élancent, chantant l'hymne de la Patrie, Et c'étaient des ingrats, et ce sont des héms.
Je le dis, et non pas en Franyais oui se vante, Mais en homme témoin de nos etîorts constant Jamais peuple n'eut tant de raisons d'épouvanti Jamais peuple ne fut si brave si longtemps.
C''est l'immortel honneur de notre chçre France Surprise désarmée, et s'armant tout à coup, Qu'avec si peu d'espoir tant de persévérance ! Partout tant de périls, tant de luttes partout 1
Que puisse notre deuil enorgueillir vos ombre O défenseurs par ()ui la gloire a survécu; Vous dont le souvenir, rayon de ces jours sombre: Eclaire et guidera votre Pays vaincu.
Je ne jette pas là d'insulte inoy)portune Aux meurtriers des morts, aux geôliers des vivant! Mais si la Prusse en fête exalte sa fortune, Notre France au travail doit bénir ses enfants.
ey^tiEHF^ScH A'PEijo fi"
O braves! dont je viens saluer la mémoire,
Vous que Hoche ou Desaix eût pris pour compagnons.
Diplomatie
Ainsi le l'ait est vrai : rc vi<leur d"i''critoire A perdu le cœur et l'esprit !
Sou étonnant billet est vraiment de l'histoire, Un Français l'a vraiment écrit !
Il a, nous éclairant sur notre humble campagne Et sans qu'on vînt l'interroger,
Déclaré son Pays vassal de l'Allemagne Et pris pour maître l'étranger.
Et cet étranger-là qu'acclame sa démence, Ce lou])-cervier aux yeux ardents,
Tient encordans sa gueule un lambeau de la France Qu'il broie encor entre ses dents.
Et c'est à l'heure même où la Prusse assemblée.
Dispersant notre souvenir.
Arrache à des Français leur langue mutilée,
Que ce Français vient lu bénir !
C'est alors (|u'accueillant un propos qu'on chuchote Et qu'il sait bien être trompeur.
Il dénonce au pays son plus grand patriote, Semant la honte avec la peur.
Rendons à l'ouvrier de ces œuvres mauvaises Son vrai titre qu'il n'a pas jiris :
« Le Ministre étranger des Affaires Françaises Résident de Prusse à Paris. »
Chanson Kabjle
O ma tête ne t'endors pas,
Veille dans mon corps, ô mon âme !
Voici la saison des combats:
Le lion rugit, le cerf brame ; Mon sabre se rouille à mon bras, Il lui faut du san</ sur sa lame.
O ma tête ne t'endors pas !
Aux fleurs roui'es des caroubas, Mélangeant ses couleurs de tiammcs, Notre étendard fîotte là-bas, C'est aussi clu sang qu'il réclame.
Veille dans mon corps, ô mon âme !
Les marabouts, dans les casbahs.
Ont béni le chef c^u'on acclame.
Que Mohamed guide nos pas !
Qui vit sans crainte, meurt sans blâme.
() ma tête ne t'endors pas,
\'eille dans mon corps, ô mon âme!
:JK^i
Bonne Chance
Les Khroumirs sont dans la montagne, Sonnez, clairons ! Poudre, chantez ! Et vous, soldats, bonne campagne Bienheureux qui vous accompagne, Chers frères d'armes qui partez.
Oui, bienheureux qui sert la France, Bienheureux ceux qui vont courir Aux dangers comme à la souffrance :
C'est une fière préférence Que d'être choisi pour mourir !
Non que ce soit la grande guerre.
Ni qu'il faille nous en troubler; Mais cette marche militaire, C'est sous le feu qu'ils vont la faire Et le sang français va couler.
Le sang français ! trésor auguste Qu'on amassait avec ferveur ; Qui devait, à la force injuste, Opposer l'équité robuste Et nous racheter notre honneur
Et pourtant il faut s'v résoudre, Ce trésor, il faut en donner !
Qui nous iuge doit nous absoudre :
Les Khroumirs font parler la poudre, Le canon français doit tonner.
Bonne chance, et nue Dieu vous garde.
Soldats, vengeurs de nos fiertés.
La France en armes vous regarde.
O chers porteurs de sa cocarde.
C'est son cœur que vous emportez !
La Diane
G misère de la richesse !
L'or jaillit sans cesse et sans cesse
Du beau sol dont Dieu nous fit don ;
Le voleur d'hier nous surveille,
Et ce ])euple est là qui sommeille
Bercé par quelque gai fredon...
Ah ! Clairon, réveille, réveille.
Ah ! Clairon, réveille-nous donc !
C'est un lourd fardeau que la haine.
Et le repos de l'âme humaine,
C'est l'oubli qui mène au pardon :
Mais Metz pleure, mais Strasbourg veille.
Et la conc^uête se fait vieille.
Et le con<|uérant se fait bon...
Ah! Clairon, réveille, réveille.
Ah! Clairon, ré\eille-nous donc!
Qu'un sou filet nous frappe au visape « Baissez le front ! » nous dit le sage. I^e sage! Est-ce bien là son nom? Sait-il bien ce qu'il nous conseille? Baisser le front, c'est à merveille.
Mais le relever pourra-t-on?
Ah ! Clairon, réveille, réveille, Ah ! Clairon, réveille-nous donc !
Sonne, sonne ! qu'à ta fanfare I^a grande France qui s'égare Reprenne enfin son ancien ton.
Ouvrons le cœur, tendons l'oreille Et que la langue de Corneille Nous souffle l'âme de Caton.
Va ! Clairon, réveille, réveille.
Va ! Clairon, réveille-nous donc
Propos de table
Monsieur de Bismark qui nous aime, Et qui le dit sur tous les tons, Est pour nous d'une grâce extrême ; Il nous flatte, il nous sourit même.
Monsieur de Bismark qui nous aime, Sait bien pourquoi nous nous battons.
Ce n'est pas parce qu'on nous brave.
Jamais Français ne s'en troubla.
Sommes-nous pas de sang esclave?
De la boue au front, ça se lave.
Ce n'est pas parce qu'on nous brave.
Le cas de guerre n'est ])as là.
Chacun le sait, ])ourquoi le taire? Le vrai motif, il saule aux yeux.
La pauvreté de notre terre, Notre avarice héréditaire; Chacun le sait, pourquoi le taire?
Les fils font comme les aïeux.
Tous les dix ans, vaille que vaille,
Quittant notre gîte ensablé.
Nous allons quérir la bataille.
Dam! Quand un peuple est sur la ]iaille
Tous les dix ans, vaille que vaille.
Il faut bien qu'il vole du blé !
Quand on n'a pas d'autre industrie.
Pas d'autre art et pas d'autre état.
Avec quoi nourrir la Patrie?
I^a faim grogne, le ventre crie... Quand on n'a pas d'autre industrie, Il n'est métier ([uc de soldat.
Que voulez-vous? La chose est triste,
A cha<|ue i)ays son destin;
I>'un est soudard, l'autre est artiste,
Chacun sa loi, nul n'y résiste,
Que voulez- vous? J-a chose est triste.
Nous ne vivons (juc de butin !
I^es IDeiix r^éesses
La rruerre avait été rapide, mais sanglante. Un deuil mêlé d'anf^oisse assombrissait les yeux ; Et, vers un ciel meilleur levant sa main tremblante, Atlicne ;ivait place la Paix au rang des dieux.
F.n vain, grand ennemi de ces cultes d'Asie, Qui ])(Hivaient énerver son ]jeuple et l'ail liblir, rérirlès trouvait l'heure imprudemment choisie : La volonté d'Athène avait dû s'accomplir.
Le temple s'élevait au]ir<s de l'ancien Stade, Sur la place où jadis a\ait campé Xerxcs, Ictinus en avait dessiné la façade.
Et le portique était l'œuvre de Mnésiclcs.
Les colonnes étaient de marbre pentélique; Par deux portes d'argent, le portail était clos; Et sous le péristyle, à la muraille oblir|ue, Zeuxis et Parrhasius avaient peint deux tableaux :
— Sur l'un : au grand soleil
c'est la moisson qui chante.
Sans ombre, les figuiers ne sont pas assez hauts, Mais la gaité rayonne et mêle, encourageante, Le bruit léger des voix au bruit sourd des fléaux.
Sur leurs fronts gracieux, Dortant la lourde gerbe, T-es jeunes filles vont riant aux jeunes gens; T^'été splcndide a fait la récolte superbe, Et l'hiver peut venir sans trouver d'indigents.
Le second représente un gai faubourg d'Athènes : Par la sérénité tranquille des beaux soirs, Les vendangeurs lassés courent boire aux fontaines, Et, pieds nus,
les enfants dansent dans les pressoirs.
Dans un coin, à l'écart des gaîtés populaires, Une femme au sein blanc berce son fils, qui dort, Tandis que sur le quai, déchargeant ses galères, L'n marchand réjoui sourit à ses sacs d'or.
Tous les abords du temple l'-taient plantés de roses, ( 'omnie si pour prier l'amc s"\ parfumait; ]'"t, coinnip jiour cacher les horizons moroses. Au loin ril\ mette en fleurs dressait son L'ai sommet.
T,c sanctuaire était plus radieux encore, Jamais ilivinité n'eut plus di\in S':'jiiur, F.t, lumineux berceau d'une éternelle aurore. Douze lampes d'albâtre y brûlaient nuit et jour.
îdais, voici qu'au milieu même du sanctuaire, l'ne image trônait, lourde, aux membre' é])ais. Œuvre infime de cjuelque infime statuaire. Et cette image était l'image de la Paix.
Levant sans majesté son front sans hardiesse, Tendant, d'un geste bas, ses deux mains pleines d'or, L'idole n'avait rien, hélas, d'unev déesse ! Et cependant le grand Phidias vivait encor.
Phidias vivait encor, f|ui, du marbre rebelle Miraculeux dompteur et vainqueur merveilleux, Avait fait Zeus si noble et Minerve si belle, Qu'on disait que Phidias divinisait les dieux.
Alors pourijuoi ce bloc informe dans ce temple? Quand la beauté pouvait resplendir sur l'autel. Pourquoi ce spectre vain que la foule y contemple ? D'où vient, chez un tel peuple, un aveuglement tel ?
Les Deux Déesses
}.st-ce donc qu'oubliant ce sublime génie, (Omme un autre Aristide admiré trop longtemps, |,l^se de l'apjilaudir, Athènes le renie?
I hi si l'ardent l'hidias est vieux à soixante ans?
]''.)urtant,
((uand l'architecte, eut dressé son portique l't que, jiour y jdacer une divinité, Athéne eut convoqué les sculj)teurs de TAttique, C'était d'abord Phidias (|ui s'était présenté.
Et l'assemblée avait eu lieu dans cette enceinte, Où, pour la Réiniblique, Athène allait aux voix ; Car ce peuple, pour qui l'art était chose sainte. Délibérait tiu lîeau comme il eût fait des lois.
Le premier rjui parla fut un tisseur d'étoffe,
Fa (jui tissait aussi l'idée avec les mots.
Une sorte de vieil artisan ])hilosophe,
Pour qui la guerre était le [jIus aftreux des maux.
II avait sur la foule un assez grand empire. Peut-être en d'autres temps l'eût-on moins écouté; Mais il est des instants mauvais
où l'homme est pire, Où l'âme d'un grand peuple est lasse de fierté.
« Maître, dit-il, l'idée est tout dans notre idole. Elle ne jieut avoir deux sens ni deux aspects. 11 faut que l'attitude affirme le svmbole. Dis-nous comment tu veux représenter la Paix. »
« Ah ! dit Phidias, la Paix est sublime et féconde ! Hien fou f|ui, la tenant, ose la hasarder ! Mais plus fou qui s'y fie, et le plus fou du monde Qui, sans veiller sur elle, espère la garder!
« Aussi, moi j'en ferais une sœur de Minerve, Etincelante, armée, au front majestueux ; Ses regards fixeraient l'horizon, qu'elle observe ; Deux ailes d'or jiourraient remjjorter dans les
[cieux. »
I, 'homme dit :
« Périclès eût choisi ton svmbole. » — • « C'est donc, rei)rit Phidias,
(|u'il est digne de lui. » — « l'Ile Paix casque au front !
une Paix qui s'envole !...
Prête à combattre alors? »
— « Prête à comballre, oui. » — ■
« Soit donc !
Mai.s cette Paix pense trop à la guerre ; I.Ue s'entendrait mal aux •ioins de nos troupeaux, (-'elle que nous vuulons est d'aspect plus vulgaire. Assise, et par son or achetant son, rejios. »
En l'entendant, Phidias fut profondément triste; Car dans ce cœur épris du Beau comme du Bien, Le citoven souiïrait tout autant que l'artiste. Et voici ce que fut le cri du citoven :
u O peuple au cœur changeant,
gardez-vous de Pen croire, N^'écoutez y)as cet homme, ô peuple au cœur léger ! Sim immuable paix n'est qu'un rêve illusoire; Sommes-nous sans voisins pour être sans danger?»
Et comme on l'accueillait d'un murmure de blâme : « C'est donc vraiment ])our tous que cet homme
[parla?
Vous voulez donc vraiment cette déesse infâme ?... » Le peuple réjjondit : « Nous voulons celle-là. »
Alors le grand Phidias, père de la sculpture, Se dressant au milieu de ces hommes surpris, Et de tout son grand nom grandissant sa stature, Laissa tomber sur eux son généreux mépris :
« Moi, Phidias,
créateur des dieux aux fronts augustes, Par qui l'inanimé reste a jamais vivant. Moi, la ])rompt serviteur de vos volontés justes. Je refuse de vous servir et je défends...
« Je défends !
Entendez-vous tous, hommes d'Athènes? »
Et son bras s'étendait dans un geste de roi. Et sa voix jetait haut ses paroles hautaines : « Je défends à (piiconijue a travaillé sous moi,
(f A quiconque se dit et se sait mon élève, ' Qu'il soit tailleur de pierre ou fondeur de métaux. De donner une forme iiumaine à votre rêve, I-^t de souiller pour vous sa main ni ses marteaux.
« Car la divinit(' de votre allégorie Cache son front hideux sous un masque trompeur. La mienne encore pouvait protéger la patrie ; Mais ce n'est j)as la Paix,
la vôtre, c'est la Peur ! » —
Voilà pourquoi l'idole était lourde et mal faite, Pour<|uoi, sourd aux appels de son peuple égaré, Périclès refusa d'en consacrer la fête, Et comme quoi le temple était déshonoré.
A'JiiW
Les Pacifiques
« Où vas-tu, conscrit? — A mon poste.
« Quoi faire? — Servir mon pays. —
« Ah ! deux fois absurde riposte,
« Bien fou qui s'offre en holocauste,
« Sers-toi donc toi-même et t'enfuis.
« D'où reviens-tu, blessé stupide? — « De la bataille où j'ai vaincu; « Victoire éclatante et splendide, V Le sort d'un peuple s'en décide, a Et ton sort à toi, (ju'en dis-tu?
« Honneur? devoir? affronts? vengeance?
« Chansons barbares (|ue cela !
« Le sage est homme d"indul<jence.
« Des affronts! Kbt-ce fju'il v j)ense?
« Do l'honneur! Kst-ce qu'il en a?
« La vie est courte, camarade,
« N'allons pas encor l'abréger.
« Foin de ces conseillers maussades !
« Ces mauvais prêcheurs de croisades
<t Ils nous renverraient au danger.
Bon an mal an, dans tes campagnes, A faire ton métier de chien, Plus tenu qu'on ne l'est aux bagnes, Ofhcier, qu'est-ce que tu gagnes? — Un peu d'honneur. — Ça vaut combien?
« Et pour quoi faire? Pour reprendre
« Le prestige de nos drapeaux !
« Orgueil est mort, paix à sa cendre.
« Laissons-nous doucement descendre :
« La déchéance est un repos. » —
« Citoyen qui fais l'exercice,
a Quel est ton but? — Me tenir prêt.
« Prêt à quoi, fusilier novice?
« Tu veux ta ])art de sacrifice:
a Prends garde à ta part de regret.
Allons ! haidi les pacifiques !
Reniez bien les maux s:)ufl'erts, Rendez les lâches bien cvniques.
Organisez bien les paniques Préparez-nous bien nos revers.
« Et vous, peintres, sculpteurs, poètes,
« Votre travers est singulier
« De nous ranoeler nos défaites;
« Belle besogne nue vous faites !
^« Nous cherchons à les oublier.
Car d'empêcher qu'on nous assaille Vos désirs v sont superflus.
Vos efforts ne sont pas de taille; Nous aurons toujours la bataille :
C'est du coeur que nous n'aurons plus.