PRINTEMPS
Et le cerveau bleuté de rêves
Allez adorner de lilas
Le corsage des Dalilas
Dont les amours, comme eux, sont brèves.
Malgré mon amour des lointains.
En vain Madame Chrysanthème Viendrait me murmurer : « Je t'aime »
Car, sans baiser ses ongles teints.
Je la renverrais éplorée.
Et si la reine de Saba Par quelque biblique sabbat Me montrait la forêt sacrée.
Je la dédaignerais aussi.
Non, je ne crois plus que l'on m'aime Donc à quoi bon souffrir? Et même La blonde au corsage aminci
Qui vit sans que je la connaisse; Celle dont j'ai rêvé longtemps, L'Inconnue, un soir de printemps Peut venir, claire en sa jeunesse:
Pour montrer quel homme je suis.
Quel homme je veux toujours être.
Qu'elle passe sous ma fenêtre!
Je prends mon chapeau, je la suis.
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LLE avait exprimé le désir fou de visiter avec lui l'Aquarium du Trocadéro, et il l'attendait en se promenant sous les arcades de cet affreux moimment que J.-K. Huysmans compara à une femme lubrique dressant vers le ciel ses deux jambes écartées devant la tour Eiffel.
C'était un de ces derniers jours de février; il faisait un temps froid, un vent aigre et le ciel était d'un gris sale; mais, à l'heure du crépuscule, du côté de l'Occident, au-dessus de Grenelle, il y eut une lueur rougeâtre comme d'vm incendie.
Tout était silencieux et désert ; le Champ de Mars, cet étrange jardin qui n'a que tous les onze ans sa monstrueuse floraison de palais, de restaurants, de pavillons et de kiosques, le Champ de Mars était sans mystère : seuls, la Galerie des Machines et le Palais des Beaux- Arts rappelaient ses destinées et surtout la tour Eiffel où grimpa toute la France de quatre-vingtneuf, de mil huit cent quatre-vingt-neuf, où des miniers d'êtres humains semblèrent d'un peu loin des insectes noirs se promenant sur cet arbre symboHque, le Muflier.
Et tout cela était infiniment mélancolique.
Maintenant, il marchait à la façon d'un homme impatient, les yeux constamment tournés vers l'Est, non pas dans une patriotique préoccupation, mais parce que
c'était de ce côté-là que son amie devait venir. Il pensait, en l'attendant : « Hélas ! que j'en ai vu mourir des Expositions, des universelles Expositions ! » De celle de 1866, il ne se rappelait qu'une visite à un scaphandre, et une brûlante aprèsmidi de juillet où, petit garçon fatigué que sa mère tenait par la main, il pleurait parce qu'on ne trouvait pas de fiacres pour rentrer à la maison. De l'Exposition de 1878, il ne se rappelait plus grand'chose, sinon qu'elle avait coïncidé avec des examens péniblement passés, et qu'elle fut une Exposition sérieuse, sévère même, ennuyeuse, dirai-je, l'Exp^osition d'un peuple qui se relève.
Mais de celle de i88g, il avait conservé un très vif souvenir; il en avait violemment aimé le côté exotique et il y avait même participé en ce sens que tous les soirs, pendant im mois, il s'enivra de voir danser la Soledad et la Macaron a; il connut l'amour puéril et safran avec une petite Javanaise de l'Esplanade, l'amour fataliste et ambré avec une mouquère danseuse du ventre, l'amour noir et sans détour avec une Soudanaise de six pieds; puis, rentrant dans la civilisation, il connut l'amour blanc, assez gras, et romanesque tout de même, avec une dame du Mans, car il y eni de tièdes soirs d'été où, autour et à cause des fontaines lumineuses, les notairesses de province furent psychologiquement et physiologiquement pour rien.
Il sourit un moment à ses souvenirs