AYE GALLIA
Terre de France ! Terre où l'homme rit et chante, Créatrice d'amour, de joie et de vigueur, Coin du monde enchanté
dont la splendeur me hante, Ton ciel est sans frimas; ton air est sans rigueur, Plus que ta force encor ta grâce est triomphante, Plaisir des yeux, attrait des sens, charme du cœur !
Un pied sur l'Italie, un l'ied sur les Tlspagnes Ton corps souple et hardi dans un geste hautain, Plongeant sur l'intini. dominant le lointain, Se dresse couronné de mers et de montagnes; Tandis que fécondant tes joyeuses campagnes Brûle dans ta poitrine un volcan mal éteint.
Qu'ils sont touffus les bnis
formés par tes grands chênes.
Gauloise chevelue au front mystérieux !
Qu'ils sont riants et purs les flots île tes fontaines' ■ — Purs comme le cristal, riants comme des yeux — Et quel souffle embaumé de suaves haleines l'iotle en brouillard léger sur tes prés radieux !
Cinq grands fleuves te font de puissantes artères: Pour ossements vivants ton sol a ses granit i Et ta vigne et tes blés, joyaux héréditaires, Pendent en collier d'or entre tes seins brunis. Te Seigneur t'a bénie entre toutes les terres, O ma terre, et les fruits de tes flancs sont bénis
ONDEE
Au soleil empourpré succède un soleil pâle; D'énormes flocons blancs roulent dans le ciel bleu Mais, perdant tout à coup cette clarté d'opale, Ee nuage obscurci s'éteint sous la rafale, Ee vent souffle : il fait froid;
le vent s'arrête : il pleut.
Ees rapides ruisseaux vont grossir les rivières; Ec moulin fait tourner sa roue éperdument ; Ee flot [tousse le flot et sur leurs vieilles pierres, Ees noirs piliers des ponts en rumeurs singulières i<"oiit gronder l'eau qui [)asse et fuit en écumant.
La forêt <lunt la feuille a perdu sa souplesse Et commence plus lourde à se revêtir d'or. Crépite sous cette eau qui tombe avec rudesse ; Car ce n'est plus la pluie aimable et qui caresse. C'est l'averse féconde au jet brutal et fort.
Cependant sous l'auvent que couronne sa treille Le vieux cultivateur qui se connaît au temps.
Tout en tressant l'osier d'une lourde corbeille, i Regarde tomber l'eau
dans ses champs qu'il surveille Et ses doigts sont légers, et ses yeux sont content;
Derrière lui sa bru dans le poêlon qui fume Jette les poissons d'or que son homme a pêi hés Tandis que dans le chai,
qu'un vin nouveau parfumt Lui, le sage semeur, fidèle à la coutume, l'ait tremjier dans la chaux
les grains bientôt séché:
Car il faut que demain,
lutteurs que rien ne dompti Pour la terre en travail les travailleurs soient prêts Que la semence tombe à l'heure où le jour mont Et que la main de l'homme éveille,
ardente et prompt L'esprit du Créateur qui dort dans les guérets.