‹ L'esprit françaisChapitre 55 sur 315 · BEAU-BLÉ · texte numérisé non relu

BEAU-BLÉ

uand la machine à battre a fini son battage, ue la paille est liée et le ^rain rassemble, , leur grange est remplie et leur grenier cumblé, eaucoup s'en tiennent là sans chercher davantage, ais au vieux moissonneur fidèle au vieil adage un blé ne suffit pas il faut encor Beau-Blc.

t les sacs dénoués et rapportés dans l'aire ersent le grain qui forme une montagne d'or. C'est afin, dira l'un, d'en chasser la poussière. » 'autre dit : « C'est pour mieu.x l'ensoleiller encor. » [ais la vérité vraie et la raison première 'est la fierté qu'il a d'étaler son trésor.

ar il est bien son œuvre, et son fait, et sa chose, e grain de blé ; c'est bien son bras qui le produit ; 'est bien son rude effort qui le métamorphose. ' pauvre paysan qu'on dédaigne aujourd'hui ! 'est par lui que tout vit, sur lui que tout repose, e sang du genre humain c'est Dieu, la terre et lui,

nisan méconnu d'une tâche sublime,

1 n'en a que l'obscur et vague sentiment.

lais qu'un malavisé le raille seulement,

Ui'un insensé "outrage, ou qu'un ingrat l'opprime,

e dédain qu'il ressent et l'orgueil qui l'anime

n sarcasmes amers s'exhalent durement.

a Malheur de Dieu ! Voyez ce diseur de sottise ! Il Mais la terre sans moi n'a plus qu'à l'enterrer u Le pain ne vient pas seul, faut pas te figurer.' »( Il faut qu'un te le sème avant qu'on t'" le cuise. « Non ! mais voyez-moi ça, 1,^ blâme, i,a méprise, tt Et va "'est même pas fichu de labourer ! »

Ainsi, montent parfois leur colère et leur plainte Contre qui vient troubler leur calme habituel. Mais aussi que leur joie est pure, qu'elle est sainte Devant ce tas de blé qui leur semble un autel ! Kn soupesant ces grains dores comme le miel, Quel geste de respect se mêle à leur étreinte !

Ils sont là tout autour les jeunes et les vieux. Echangeant à mi-voix l'éloge ou la criticjue. Rendant au blé sacré leur hommage rustique. Le flattant de la main et le couvant des yeux, y.l lui parlant tout bas comme ils font à leurs' bœufs, — Douce incantation romaine ou drui<liiiue. —

Bientôt, la large pelle au bois luisant et dur Plonge dans le monceau de paillettes vermeilles; Un bras ferme et hardi les lance vers Ta/ur ; On les voit s'envoler comme un essaim d'abeilles. Et puis, comme un collier de perles sans pareilles. S'égrener en tombant, flot radieux et pur.

Enfin la tâche est faite et l'œuvre est terminée. Les lourds sacs blancs sont pleins

du beau blé de l'année.

Des poules çà et là picorent à l'entour. O paisible travail ! O sa^e destinée ! La terre resplendit des derniers feux du jour, Et le bon laboureur songe au prochain labour.

Page 1