SCÈNE IX
IRENE, FERGAN
IRÈNE. — ■ Vous voulez donc me pousser à bout, me réduire à je ne sais quelle extrémité ?
FERGAN. — Je veux tout simplement vous mettre à la raison.
IRÈNE. — Mais quel motif de me gar der opposez-vous aux motifs de nous se parer que je viens de vous redonner en core ? Je ne vous comprendrais que si vou; prétendiez maimer, malgré tout.
FERGAN. — Non, je ne vous aim.e plus Je vous reproche même très vivement d'à voir gâté mon existence. Et si c'était i refaire I...
IRÈNE. — Alors vous obéissez à uni envie de vous venger, de minfliger unt expiation sans fin ?
FERGAN. — Ce serait mon droit. Mai j'ai mieux à vous répondre. Voici : le jou: de notre mariage, j'ai conclu avec vous de tout cœur et de bonne foi, un contra très clair, qui faisait de moi un homm( marié. Ce contrat doublait ma situation moralement et matériellement. Ce contrat j'en ai observé toutes les clauses ; je nu suis conformé à son esprit, sans une ar rière-pensée. Aujourd'hui, vous venez dé libérément me demander de m'amoindrir de n'être plus qu'un homme divorcé, ui homme qui vend la moitié de ses immeu blés, qui vide à moitié son portefeuille auquel il ne reste qu'une demi-façade dan
s^izajMBMJjWMggss&^aiWsa^
,jif« '' ' t,
m^i^siexssfiié
Irène. — Fais de moi ce que tu voudras.
Les Tenailles
, société. Tout cela parce qu'il vous plaît e ne plus avoir de goût pour ma compatiie?... Allons, avouez que mes motifs mt un peu plus sérieux que les vôtres!... n tout cas, tel serait l'avis de tous les )n&eils de famille et de tous les tribunaux u monde !
IRÈNE. — Moi, je crie mon horreur de sindre cette vie de mariage que nous n'a- Dns pas, d'être l'un et l'autre, sans cesse, nous attiser dans la haine, alors que l'on est ici-bas que pour aimer et faire son onheur du bonheur que l'on fait. Voug, ous me parlez de respect huma'in, d'acîs notariés et de choses de cette espèce ! . . . FERGAN. — Vous avez voulu m'impo- ;r que votre existence, à mon propre >yer, fût celle d'une étrangère pour moi : il vous traite en partie adverse, contre qui ai titres et signatures, sans autre seniment que celui de mes droits.
4RÈNE. — Ah! oui, j'admets toutes les )is qu'on voudra pour régir les fortunes, éterminer le sort des biens, assurer aux ns leur argent et même celui des autres, - car le mien, dans tout ceci, je n'y avais as seulement songé... Mais je n'admets las que la loi fasse d'un être la propriété , tout jamais d'un autre être!...
FERGAN. — Vos propos sont la négaion même du mariage, dont le premier irincipe est qu'on n'en puisse pas sortir . volonté !...
IRÈNE. — Allons donc! il y a une épo- [ue, toute récente encore, oii ici même, en France, la décision d'un seul des époux lUffisait pour faire rompre son mariage...
FERGAN. — Qui vous a enseigné cela?
IRÈNE. - — L'avoué.
FERGAN. — Ah ! Ah 1 Vous en étiez déjà à!...
IRÈNE. -- Dans les premières années lu xix° siècle, dans un temps qui valait aien le nôtre, c'était cela qui était la loi •onjugale. Je ne rêve donc pas des choses raonstrueuses, incompatibles avec l'ordre îOcial!... Haïr désespérément son conjoint, !e haïr aujourd'hui plus qu'hier, demain ancoi-e plus qu'aujourd'hui, c'était une cause accueillie de divorce. Ma parole, cela aurait dû rester la raison suprê-
me. Je n'en vois pas qui vaille celle-là!... FERGAN, dhhnyneusevient. — La loi nouvelle n'a seulement pas admis le divorce par consentement mutuel !...
IRÈNE. — Eh ! quand un mari et une femme sont capables de s'entendre sur le divorce, ils en auraient déjà moins besoin!... C'est pour ceux qui sont incapables de tout accord, même de celui-là, que le divorce aurait dû être inventé!...
FERGAN. — Prenez-en votre parti : tous les moyens vous sont fermés.
IRÈNE. — J'en trouverai un.
FERGAN. — Aucun!... Je ne vous inflige ni sévices ni injures graves. Je ne suis pas adultère. Je n'ai pas encouru, que je sache, de condamnation infamante. En dehors de ces trois cas, et contre le mari que je suis, vous ne pouvez rien demander aux tribunaux.
IRÈNE. - — Je puis faire, et tant faire, que ce soit vous, alors, qui leur demandiez de vous débarrasser de moi !
FERGAN. — Nullement.
IRÈNE. — Pourtant, si je vous crée je ne sais quelle situation impossible ?
FERGAN. — Vous ne triompherez pas de mon caractère.
IRÈNE. — Nous verrons bien !
FERGAN. — Quelque grief que vous me donniez, je n'y répondrais qu'en vous bridant plus étroitement.
IRÈNE. — Je quitterai le domicile conjugal, je prendrai la fuite...
FERGAN. — Je vous ferai ramener par les gendarmes... {Souhrenaut (l'Irhw.) J'en ai le droit.
IRÈNE, outrée. — Et si la révolte faisait de moi une femme qu'un homme d'honneur ne puisse pas garder?
FERGAN, intraitables enf. — Je vous garderais!... Il me plaît de ne pas vous rendre votre liberté. Et quand ce ne serait là que mon bon plaisir, c'est légitime que je l'oppose au vôtre. Je vous tiens, je ne vous lâcherai pas !
IRÈNE. — Oh! qu'il n'y ait plus d'esclaves, plus de serfs nulle part, et que l'on doive pourtant être esclave, être serve, parce que l'on a un mari!... Qu'il n'y ait plus de vœux éternels devant Dieu, puis-
Les Tenailles