‹ L'esprit humain et ses facultés (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · DE L*AGTE LE PLUS COMPLEXE · texte numérisé non relu

DE L*AGTE LE PLUS COMPLEXE

la conduite de rbomme sont restées sans principes. Les rapports nécessaires des facultés entre elles n'ont plus été aperçus, et il n'a plus été possible d'e^tpliquer le développement naturel de ces facultés, puisqu'on a méconnu Tordre de leur génération^ et leur hiérarchie. •Aussi la science de Tàme humaine est-elle aujourd^ui un véritable chaos, où s'accumulent et se heurtent toutes sortes d'observations, d*ophiioiis et de petites théories, dont chacune se dit la vérité, parce qu'elle a quelques faits pour elle; et toutes, après s'être Combattues sans se vaincre, vont s'engouffrer dans cet abîme qui s'appelle éclectisme, et qu'on devrait nommer tsonfusiOn.

Quand la raison a acquis des tdédH M des tiotions générales^ elle les emploie de deuic manières, i* Elle groupe les faits et les détails autour d'une idée ou d'une notion, comme autour d'un centre, rattachant les parties à une totalité, embrassant la multiplicité dans une unité, afin de mettre de l'ordre dans sa con*naissance t ce qui s'appelle syitimcUisêr^ .âytithé^er. ii"" Les idées ou les notions étant posées comme prémisses ou principes, elle en presse le développement pour en faire sortir les idées ou les notions subordonnées, qui vont à leur tour ifô résoudre dans les faits a expliquer : ce qui s'appelle i^tiir« ou anahj4êr.

Induire et déduire, synthèse et analyse, tels sont les deux mouvements principaux du procédé vital de la raison ", et par conséquent les deux méthodes de la pensée et du discour9.

La raison 9 à mesure qu'elle se pose, tend à systématiser sa connaissance, c'est-à-dire à lui donner de Tensemble et de Tunité, L^unité est un besoin essentiel de l'âme humaine. Ce besoin se manifeste par ses facultés et dans toutes ses tendances : c'est un des caractères principaux de Tétre raisonnable. Il ne croit corn* prendre et pouvoir expliquer les choses qu'en les ramenant à une certaine unité; Car tout se tient dans l'univers; il y règne une liaison et un ordre admi-rable, et par conséquent nous ne pouvons le connaître qu'en saisissant les rapports des existences et leur soli* darité. L'esprit systématique ou la tendance au sys^ tème est donc fondé en nature. C'est l'abus de cette tendance qui en a discrédité le nom. Tout ce qui existe, vit et se développe, est le résultat d'un système, depuis l'organisation d'un insecte jusqu'à la constitution du monde. L'homme s'efiforce de reproduire ces systèmes naturels par le système de sa pensée. Celui qui pense a nécessairement son système, tel quel, sur les choses qui l'occupentr*, car il- a une certaine manière de les concevoir, de les coordonner et de les expliquer. Quand on commence à étudier une science, on ne voit d'abord que des faits et des mots qui flottent quelque

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temps dans l'esprit sans qu'on en perçoive les rapports^ on se croit perdu au milieu de cette multiplicité. Peu à peu ces détails s'assemblent, se classent, se réduisent. Puis, à mesure que l'esprit les embrasse plus facifement et pénètre leurs analogies, il les réduit encore, jusqu'à ce qu'enfin il arrive à tout voir dans une seule idée ou dans une notion. Alors il possède vraiment le système, il le sait. Il eh va de même quand on lit un ouvrage. Jusqu'à ce qu'on l'ait résumé dans une pensée unique, on ne le connaît pas, et s'il ne peut s'y ramener, il est mal fait.

Tout système rationnel suppose donc une idée ou une pensée, qui en est le centre. Si c'est une idée et une idée bien conçue, et que les développements en sortent à priori et rigoureusement, sans être altérés par les faits, nous aurons une science véritable, n'avançant que par déduction et lie reculant jamais. Telles les mathématiques. Mais s'il s'agit de faits et de choses vivantes^ la difficulté devient plus grande et les résultats sont aussi moins sûrs, parce qu'il entre dans le système des éléments contingents, les faits et lei^ réalités ne pouvant se constater que par l'observation des sens. L'idée peut encore dominer comme principe, et il en sortira quelques pensées secondaires qui se formuleront en définitions plus ou moins exactes, mais dans l'application de ces définitions aux faits, il y aura toujours du plus ou du moins, et c'est là que commence l'incertitude et la variabilité du système. Que s'il n'y a pas même d'idée au fond de la connaissance, alors tout reposera sur une notion générale, laquelle

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étant relative de sa nature, ne donnera qu'une théorie plus ou moins étroite et toujours précaire. Ici surtout l'esprit systématique devient dangereux , l'homme étant facilement poussé à l'excès par sa tendance à l'unité. En eflfet, les notions générales formées par la raison, si larges qii' elles soient, n'expriment cepen* dant que le point de vue d'une raison particulière. Comme elles sont un produit de l'abstraction et des phénomènes, il ne peut y avoir en elles rien d'universel, rien de nécessaire; car en supposant même qu'elles soient adéquates à tous les faits connus, et qu'elles représentent complètement le passé de la connaissance, elles ne peuvent engager l'avenir, et les faits futurs n'y soint point compris. Or quand un esprit est préoccupé d'une notion de ce genre, il est porté à y ramener tout, à tout expliquer par elle. Dès lors il observe les faits sous l'influence de cette préoccupation, avec le désir secret d'y voir ce qu'il veut; et la plupart du temps, comme il arrive dans l'illusion de la passion, il ne voit en eflfet que ce qu'il désire; ou bien l'esprit systématique dénature la réalité et lui fait violence, si elle ne se prête point à ses vues. L'art de guérir nous en offre de tristes exemples. Il n'y a pas une maladie qui n'ait été traitée par les médications les plus contraires, et chacune de ces médications a derrière elle un système. Tel médecin explique tout cas morbide par l'irritation, par l'inflammation; il voit partout phlogose et phlegmasie, il voit le feu partout; donc il faut l'éteindre, et pour cela rafraîchir, affaiblir, tirer du sang, et tout ce qui tient à la méthode débili-

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tante. Tel autre voit dans chaque maladie une faiblesse, une atonie, un défaut de force et de vie; donc il faut stimuler, réchauffer, fortifier, et de là Vemploi général des toniques, des stomachiques, des astrin» gents, etc. Il y a du vrai des deux côtés, et c'est pour cela que chacun a des. partisans; car les hommes sont toujours séduits par Fapparence de la vérité. Mais ce qui est faux, c'est d'universaliser ce qui est relatif, c'est d'appliquer à tous les cas ce qui ne convient qu'à quelques-uns.

Il en va de même dans la Psychologie, depuis qu^on veut la traiter uniquement par la voie expérimentale. Chaque observateur voit l'homme à sa manière, en raison de son point de vue et de sa propre individua* lité. N'ayant point Tidée fondamentale de Thomme, et par conséquent, ne connaissant point sa nature, il s'dt« tache de préférence à telle faculté qui lui parait dominante, et par elle il veut expliquer les autres. De là un système psychologique partiel, exclusif, qui fausse ]a connaissance de Thomme ; le Sensualisme de Condillac, par exemple, qui veut tout ramènera la sensibililé, en sorte que les facultés intellectuelles et morales ne sont que des transformations de la sensation. D'autres ont vu tout 1 homme dans la raison, dans la faculté de. penser. De là le Rationalisme , qui , mettant la perfection de l'homme dans le raisonnement, le porte à ne croire et à n'admettre comme vrai que ce qu'il a jugé par sa raison propre. D'autres , habitués par leurs éludes spéciales à considé^ rer surtout lo physique, ne voient en nous que de la

matière organisée , de la chair vivante, plus quelque chose de vague qu'on appelle la vie, et dont ils ne savent comment expliquer Torigine. Ils ne tiennent aucun compte de la nature psychique et intelligente , ils mettent tout Thomme dans l'organisme. Il y en a^ au contraire, qui» dans leurs études psychologiques, laissent de côté le corps et son influence, et négligeant la partie physique et organique, si admirable dans son économie et si pleine de sens par ses rapports continuels avec le moral, s'enferment avec opiniâtreté dans la conscience de leur moi, dont ils espèrent tirer toute la science de Thommé. Dans le monde politique, il y a toujours plusieurs partis qui se disputent le gouvernement et le pouvoir. Chaque parti a sa devise, c'est-à-dire sa pensée et son langage qui en est l'expression. Cette pensée est elle-même la formule d'un intérêt , et cet intérêt tendant à prédominer, a(in de se satisfaire légitimement, se donne pour Tintérêt général. C'est donc encore uiie partie qui veut se mettre à la place du tout. Aussi chaque faction se dit le représentant de la totalité, et parle avec assurance au nom de la nation. C'est le pays qui veut ce qu'ils veulent, qui réclame ce qu'ils demandent-, donc s opposer à eux, c'est résister aux vœux du pays, c'est se mettre en guerre avec la volonté générale, et de là leurs menaces et leur jactance. Plusieurs sont de bonne foi } ils croient ce qu'ils disent, et souvent ils font d'autant plus (îe mal qu'ils sont plus sincères, mettant plus d'ardeur dans la lutte , à mesure qu'ils sont plus convaincus*

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