‹ L'esprit humain et ses facultés (volume 2)Chapitre 14 sur 24 · S80 DE L*ÀGTB LB PL08 COMPLEXE · texte numérisé non relu

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puisse rendre compte de ce qu'il décide, parce qu*il voit lescboses plus simplement, plus droitement et non à travers les préjugés , les préventions et les opinions convenues, qui embarrassent trop souvent Tesprit des savants* Il est remarquable dans les enfants, les femmes, les ignorants. Il vise aux résultats, s'inquiète seulement de ce qui est nécessaire ou utile , et n'a de portée que pour ce qui se rattache à la position de l'individu.

Le discernement est l'acte de l'esprit séparant les contraires , les différences, et mettant chaque chose à sa place. Il suppose une mesure d'appréciation, et il est plus sûr, quand sa mesure est nettement déterminée et qu'il a plus d'habitude de l'appliquer. L'exercice le rend plus prompt, plus facile, plus subtil. Quandie discernement porte sur des rapports très-éloignés , et qu'il décide de ce qu'il ne voit pas par ce qu'il voit, présumant, conjecturant, induisant et devinant, il s'appelle «o^dté; et il a en effet quelque chose de divinatoire, qui lui fait, pour ainsi dire, prévoir les rapports des choses avant de les saisir. C'est une espèce d'instinct de la raison , semblable jusqu'à un certain point à celui de l'animal qui sent de loin sa proie et la suit à ht piste, qui pressent ce qui lui est nécessaire, la nourriture qui lui convient ou le danger qui le menace.

La perspicaciié indique un autre mode de la raison ; c'est le regard de l'esprit voyant à travers beaucoup de choses et distinguant tout juste dans le mélange celle qu'il cherche* La perspicacité démêle ce qui est embrouillé, saisit précisément le point principal de cha-

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que chose au milieu des détails et des accessoires, et suit avec constaoce la ligne qui mène au but malgré les voies diverses qui se croisent sous ses pas. C'est une qualité précieuse dans les recherches scientifiques et dans la pratique des affaires.

La pénéiraiion est le regard de Tesprit perçant les objets pour les voir dans le fond et y porter sa lumière. La plupart des hommes ne voient les choses qu'à la surface. Un esprit pénétrant est toujours poussé à chercher ce qui est parnlessous, à descendre dans la profondeur^ et pour cela il regarde les objets directement, en face, afin que son rayon, tombant perpendi** eulairement sur Tobjet, ne soit ni réfléchi ni réfracté, et passe tout entier jusqu'au centre.

Ces modes de la raison , ces nuances de la pensée sont des qualités naturelles qui peuvent être perfectionnées par l'exercice et par l'art. Elles opèrent le plus souvent par instinct , sans que la volonté s'en mêle expressément. Quand la réflexion les dirige et les soutient, quand la volonté les applique sérieusement et avec suite à un travail donné, la raison devient specu^ iative. Alors la pensée se nomme méditation , et elle tend au système , à la théorie. Elle a de la profondeur^ quand dans ses généralisations elle s'adresse aux caractères les plus essentiels, à ceux qui concourent le plus efficacement à la formation des choses et à la manifestation de la vie *, quand dans sa manière d|expliquer il y a une idée première qui sert de base au discours, un principe qui donne aux développements de la solidité et de l'unité* Une raison profonde n'a point de relâche

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qu'elle ne soit arrivée au fond des choses, autant qu'il est donné à l'esprit humain d'y entrer. Une raison éiendue est celle qui a la capacité d'embrasser beaucoup de faits ou de pensées dans un même point de yue, comme l'œil qui aperçoit d'une hauteur un grand nombre d'objets et décrit autour de lui un immense horizon. Une raison étroite ressemble à une vue courte, dont l'horizon dépasse à peine la circonscription de la personne. L'instruction, la lecture, la conversation, tous les moyens qui servent à acquérir des connaissances, tendent à élargir Fesprit , à fortifier son regard et à donner à la raison plus de portée et plus de puissance. C'est un des principaux résultats de la communication active et multipliée des individus et des peuples. Enfin la raison spéculative a de la ryueur quand, percevant nettement les rapports des choses , elle les enchaîne dans leur ordre naturel et met chacune à sa place, soit dans la synthèse, soit dans la déduction. Par cette liai* son intime l'unité s'établit dans le travail de la raison, et il y a de la conséquence, de la solidité et de l'ensemble dans tout ce qu'elle pense, dit et écrit.

Les qualités de la raison morale correspondent à celles de la raison spéculative , et n'en diffèrent que par l'application. A l'esprit naturel répond le senti-ment des convenances^ instinctif à son origine, et qui suppose aussi pour son développement l'influence de la société et cette instruction spontanée qu'on reçoit , par cela seul qu'on vit au milieu de la civilisation et dans uiie atmosphère sociale. De là la pudeur, la honte naturelle, la crainte de faire le mal, le remords

quand on Ta commis, et tous ces faits moraux qui prou- ^ vent que la raison est déjà munie d'une certaine mesure de bien, de justice, d'^bonnéteté, qui lui sert à apprécier les actions bumaines. Ce sentiment des convenances, fortifié et aiSné par Fexpérience, produit ce qu'on appelle figurément le ictct^ parce que cette faculté sert à nous conduire au milieu des hommes et dans la société, comme la main aide Faveugle à se diriger dans l'espace ; et que par cette espèce de toucher moral , comme par les doigts, nous reconnaissons le mieux les choses utiles ou nuisibles. La prudence est le tact réduit en système, devenu habituel et dirigeant la conduite d'après tel point de vue et pour une certaine fin. Lacirconspect'ion est la prudence en acte, ou appliquée aux circonstances du moment, de manière à ne se compromettre en rien et à se garantir de tous les côtés. La saffessè humaine est la perfection de la prudence ; c'est la raison morale à son apogée, s'efforçant de réaliser dans sa conduite et par ses actions ce qui lui semble le plus convenable, le plus utile ou le plus honnête. Elle se distingue par Y esprit de conduite^ qui en est Tapplication au milieu de la société, et dans les relations compliquées et délicates que l'état social établit entre les hommes.

994 DE l'acte IM PLDS PUR DE l'eSPRIT.

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