‹ L'esprit humain et ses facultés (volume 2)Chapitre 3 sur 24 · DE L ACTIVITÉ DE L ESPRIT HUMAIN · texte numérisé non relu

DE L ACTIVITÉ DE L ESPRIT HUMAIN

nous endormons, c'est que nous ne savons plus ce que nous faisons, ce que nous disons, ce que nous lisons, ce que nous pensons, ce que nous voulons. Le moi est enlevé à lui-même ; aucune fonction intellectuelle ne peut plus s'accomplir 5 le sentiment de la personnalité disparaît pour un temps, et quand le réveil arrive, le premier acte du moi est de se reposer parla réflexion, de se reprendre, pour ainsi dire, en ramenant son regard sur lui ^ et alors, avec l'aide de la mémoire qui lui garantit son identité, des sens et de l'imagination qui le replacent dans les circonstances de sa vie de tous les jours y la conscience se rétablit , la personne se retrouve, et sa pensée et son activité rentrent dans leur cours habituel.

Il en va de même dans cet état analogue au sommeil qu'on appelle la rêverie^ parce qu'où y rêve tout éveillé. L'esprit, qui commence ordinairement par penser à quelque chose qui l'intéresse dans sa disposition présente, se laisse entraîner peu à peu par un courant d'images analogues à la passion, au sentiment qui le préoccupent. Doucement ballotté , bercé en quelque sorte par les vagues de l'imagination, comme sur un« mer mollement agitée, il se laisse porter par le flot, il va et vient sans mêler son activité à la force extérieure qui le pousse. La réflexion s'affaiblit insensiblement; il perd conscience de lui-même, et la fin la plus ordinaire de ces situations romantiques, c'est le sommeil. L'évanouissement,lasyncope,lesfaiblesses,laIéthargie, les accès d'épilepsie, de catalepsie, etc., produisent à peu près le même résultat. Il y a momentanément im-

puissance de la réflexion et la perte de la connaissance s'ensuit. En sortant de ces états on revient à soi, on reprend ses esprits, comme on dit communément et avec beaucoup de justesse 5 car l'esprit se reprend en effet, et redevient présent à lui-même.

L'état singulier qu'on appelle somnambulisme^ qu'il arrive naturellement ou qu'il soit provoqué par des moyens artificiels, présente souvent, surtout lorsqu'il va jusqu'à la clairvoyance, une étrange perturbation de la conscience du moi. La réflexion n'est point suspendue; elle est au contraire doublée, et il en résulte deux consciences et par conséquent deux moi qui se voient objectivement, et parlent l'un de l'autre, comme s'ils étaient deux personnes distinctes et séparées, Tune dans l'état ordinaire et l'autre dans la crise. Dans ce dernier état, le sujet se nomme toujours à la troisième personne, comme l'enfant qui n'a point encore la conscience du moi. Au sortir de la crise, qui dure quelquefois des mois entiers, au moment même de son réveil, le souvenir de ce qui s'est passé en lui et autour de lui pendant la maladie lui est ôté, et recommençant à vivre dans son ancienne conscience, sans se douter en aucune manière du temps qui s'est écoulé, il se reporte spontanément au point où il en est resté quand il est entré en crise, et se replace par la mémoire dans les circonstances où il se trouvait à l'instant de son départ. Nous connaissons une personne très-naïve et trèspieuse, quitombenaturellementdansuntel état, quand elle est vivement afi*ectéepar une cause morale. Alors elle perd soudainement la conscience d'elle-même,

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telle qu'elle est dans la veille, et elle entre dans une autre forme d'existence, où, comme les clairvoyants, elle voit quelquefois les yeux fermés, lit une lettre cachetée, aperçoit ce qui se passe à distance, entend ce qui se dit au loin et autres phénomènes de ce genre. Elle se voit double, comme si elle était deux personnes, et désigne chacune de ces personne» par un nom différent 5 celle de la veille , elle la nomme Vautre , et celle de la crise, elle la nomme elle. Elle regarde Vautre comme supérieure à elle^ parlant de Vautre avec un certain respect, et d!elle avec mépris ou indifférence, comme si elle était peu de chose. Elle se rappelle plus ou moins confusément ce quel'aw/r^ afait, mais Vautre , quand elle est revenue, n'a absolument aucun souvenir de ce qu'elle a fait ou éprouvé tout le temps de la crise ; du reste parlant toujours d'elle et de Vautre comme d'un tiers, et mettant tous les verbes à la troisième personne, en sorte que le moi je ou moi ne sort jamais de sa bouche. Puis, quand la crise est passée, elle se reproduit quelquefois partiellement dans le sommeil où cette personne se voit double, vivant à la fois dans elle et dans Vautre. Nous citons ces faits parce que nous les avons vus et sans chercher à les expliquer pour le moment. Nous y reviendrons dans la Psychologie transcendante.

Toutes les fois que, par une cause ou par une autre , l'esprit est enlevé à lui-même et ne peut plus se regarder et se maîtriser, il perd la conscience du moi . L'ivresse produit cet effet. Par l'excès des boissons fermentées, les esprits animaux s'accumulent au cerveau

avec le sang, au point que le cerveau est troublé dans ses fonctions, et ne peut plus servir d'instrument à l'intelligence et à la volonté. Il y a dans cet état incapacité de réfléchir, de penser, de vouloir -, et tant qu*il dure, rhomme est abandonné à Fimpulsion des instincts de la brute, aux penchants les plus grossiers et aux influences qui y correspondent. Il se dégrade en se dépouillant du caractère de la personnaUté humaine, de la conscience et de l'activité du moi.

Le même effet peut être amené jusqu'à un certain point, et sans qu'il y ait de sa faute, ou au moins sans que sa volonté y ait pris part immédiatement , comme dans le transport de la fièvre, et dans l'espèce de délire qui accompagne souvent l'inflammation du cerveau. L'organe surexcité ne peut plus être gouverné par l'esprit. Il l'entratne au contraire dans son mouvement désordonné , l'empêche de revenir sur lui-même et le fait divaguer. La réflexion devient impossible, le moi ne peut se poser, et ainsi il n'y a plus ni conscience, ni pensée, ni action suivie, ni souvenir.

L'homme peut encore perdre la conscience du moi ou être jeté hors de soi, comme on dit, par la passion. Dans un accès de colère par exemple, il ne sait plus ce qu'il dit ni ce qu'il fait, il n'entend rien, ne voit rien que ce qui le possède, et il peut être entraîné, presque sans le vouloir, aux plus grandes violences, aux actions les plus horribles. Il est alors sous une véritable possession. Quelque chose est entré en lui qui l'enflamme, l'agite, le pousse, comme le vent fait tournoyer la pous* sière, et U est tellement sous le joug delà puissance du

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mal, qu'il ne peut se maîtriser tant que dure l'accès. Il en est ainsi de toute passion violente quand elle va jusqu'au transport. Elle nous enlève la conscience du moi et l'empire sur nous-mêmes, et c'est ce qui rend les passions si dangereuses. Elles produisent jusqu'à un certain point les mêmes effets que l'ivresse, que la fièvre^ elles rendent incapable de bien voir, de réfléchir^ de penser; elles enflamment le cerveau, exaltent l'imagination, jettent dans le délire-, elles rendent fou. Il n'y a point de passion qui ne puisse aller jusqu'au fanatisme, c'est-à-dire jusqu'à se faire un Dieu de son objet, pour lui dévouer sa vie , son âme, tout son amour, à la place de Dieu qui seul y a droit.

L'état de l'âme qu'on appelle enthousiasme, lui ôte momentanément la conscience du moi. L'inspiration, de quelque genre qu'elle soit, poétique, morale ou religieuse, enlève l'esprit de l'homme, le ravit, comme on dit, ou le transporte. Aussi le premier effet de l'inspiration , c'est l'impossibilité de réfléchir , de penser, c'est la suspension de la conscience et du moi. La muse, le génie de l'artiste, le dieu qui s'en empare, est une puissance plus forte que lui, et il est presque sous sa main comme un instrument qui rend des sons. C'est ce que les anciens appelaient la fureur poétique. L'inspiration morale a quelque chose de saisissant, qui entraîne soudainement la volonté, la pousse à agir avant toute réflexion. Ainsi s'exécutent le plus souvent les grandes actions, les actes de dévouement et d'héroïsme. La vue du beau, et surtout dé la beauté morale, Tad-

miration qu'il peut exciter, produisent quelquefois le même transport. Une piété vive, ardente, pleine de foi et d'amour, peut aussi donner de ces ravissements, quand par Félan de la prière, l'âme se dégage de ses liens inférieurs pour s'unir à Dieu -, et elle n'y parvient qu'en se perdant de vue, en cessant de se réfléchir, en laissant tomber son esprit propre, pour s'offrir à la lumière divine comme un vase pur et vide, et attirer l'esprit de Dieu qui se donne à ceux qui se dépouillent du leur ou se font pauvres d'esprit. La vie religieuse la plus profonde, celle qu'on appelle vie intérieure, repose^ur ce fait.

Enfin, toutes les fois qu'une influence pénètre Jusque dans son fond et y excite un sentiment vif de Joie ou de douleur, l'âme absorbée par ce qu'elle éprouve, devient momentanément incapable de réagir. Elle est comme fixée, enfoncée en elle par la puissance qui l'accable. Elle est perduedans la douleur ou dansla Joie-, elle nage pour ainsi dire dans un océan d'amertume ou de bonheur. Dans cet état elle ne peut ni penser, ni parler, ni agir -, elle n'a point l'esprit présent ; elle vit dans un rêve. Elle n'a pas la force de réfléchir ce qui se passe en elle, et par conséquent elle n'a point la conscience de sa personnalité, et ne peut l'exprimer en aucune manière. Il lui faut un certain temps pour se calmer, pour revenir à elle, pour reprendre ses esprits et retrouver, avec la réflexion d'elle-même et la conscience de son moi, la puissance de penser ce qu'elle a senti, d'exprimer ce qu'elle pense, et de jeter au dehors ce torrent de douleur ou de Joie qui l'a inondée. Alors

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seulement vient raboDdance des larmes, des paroles, des gestes et de tous les moyens d'expression.

Une fois que Tàme, développée en intelligence et déterminée en entendement, s'est posé en moi personnel par la réflexion, elle peut réagir volontairement vers ce qui agit sur elle et fixer par son regard ce qui la pénètre. Placée au centre du monde qu'elle s'est créé, dont son intelligence est le rayon, et dont son entendement marque les bornes, toutes les impressions qui lui arrivent du dehors, toutes les représentations qui se forment dans son miroir intellectuel, l'excitent à réagir par son rayon visuel vers l'image ou l'objet qui l'affecte. Cette direction volontaire de l'âme vers tel ou tel objet, ce regard de l'intelligence tourné, fixé et maintenu sur un point avec conscience et liberté, s'appelle aiiention.

La tension de l'âme vers un objet, ou son attention s'exprime surtout par le regard. L'œil du corps est le centre de l'horizon physique de chacun. Il le mesure par son rayon, et son énergie en détermine la circonscription. Tous les objets compris dans cet horizon agissent ou peuvent agir sur Tœil au moyen de la lu-

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tnière, etVœilpeùt réagir vers ces objets par son regard. Le regard psychique ou physique ne peut fixer qu'une seule chose et même qu'un seul point de la chose-, car c'est un rayon simple. L'œil peut voir a la fois plusieurs objets et en recevoir des impressions multiples et confuses -, mais il n'en peut aspecter directement, immédiatement qu'un seul, et c'est l'aspection immédiate et directe qui produit des images nettes et distinctes.

îl n*y a proprement acte d'attention que là où le regard est dirigé volontairement, par conséquent là où le moi est posé, là où' il y a conscience de la personnalité.

Aussi rhomme n'a la puissance d'être attentif, qu'après s'ôlre reconnu lui-même en se distinguant de ce qui n'est pas lui. Ici se trouve aussi le premier exercice de la liberté morale ou de la réaction voulue vers tel ou tel objet, de la préférence accordée à l'un ou à l'autre, suivant qu'il paraît bon ou mauvais, c'est-àdire convenant à l'individu ou ne lui convenant pas. L'être qui ne peut diriger sa réaction avec la conscience de ce qu'il veut, n'agit point librement; il est incapable de délibérer et de choisir. Or Tattenlion étant la condition préalable de tous les actes intellectuels et moraux, et le moi étant la base nécessaire de l'attention, nous devions considérer le fait fondamental de la constitution du moi, avant de passer à l'explication de ses facultés. Une imnge peut nous aider à comprendre la

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position que rame vient de prendre par la réflexion sur elle-même, ayant la conscience de son moi et se tenant au centre de la spUère intellectuelle qu'elle a établie par son propre développement : c'est celle de Taraignée au milieu de la toile qu'elle a posée par son activité, dont elle s'est habilement enveloppée, étendant ses pattes sur les principaux rayons du cercle dont elle est le foyer, en sorte que le moindre mouvemeQt des extrémités se communiquant au centre, elle réagit soudain et s'élance vers le point ébranlé. Ainsi du moi : il ressent tout ce qui le touche dans la périphérie ^e sa forme, soit à travers les sens, soit dans l'entendement , et il réagit en raison de l'impression reçue et dans la direction du mouvement transmis. C'est surtout par \e regard que s'opère cette réaction ^ et comme le regard est un rayon simple, partant d'un être simple et un, l'âme, il ne peut se fixer que sur un seul point. Dans l'ordre intellectuel ainsi que dans l'ordre physique, entre deux points donnés une seule ligne droite est possible, et la droite ne peut aboutir qu'à un seul point. L'unité, loi primitive de l'âme humaine, parce qu'elle est son caractère essentiel, est aussi la loi de son activité, de ses facultés. C'est pourquoi si nous voulons réussir, soit dans la spéculation, soit dans la pratique, nous ne devons faire qu'une chose à la fois 5 car nous ne pouvons réellement en regarder qu'une dans un moment donné, bien que nous en voyons un grand nombre. Quand nous croyons penser à plusieurs choses en même temps, la succession rapide des actes nous fait illusion, comme un charbon

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ardent, tourné vivement, paraît à l'œil un cercle de feu. On acquiert par Thabilude une telle facilité d'agir, que la distinction des actes successifs est à peine perceptible à la conscience. Ainsi en lisant ou ep écrivant il faut pertainement un acte d'attention pour discerner chaque lettre et le rapport qui l'unit aux autres. Ce discernement coûte à Tenfant beaucoup de peine et d'efforts, jusqu'à qu'il y soit habitué^ puis, quand il sait lire et écrire et qu'il s'y est souvent exercé, cela va de soi-même, les actes s' entraînant l'un l'autre, sans que la volonté paraisse y prendre part, bien qu'elle y préside toujours. En effet, si quelque distraction survient qui emporte l'attention ailleurs, l'esprit continue encore quelque temps, à peu près comme une machine qui a reçu l'impulsion, mais il n'a plus la conscience de son acte, et il ne lui en restera aucun souvenir. Dans tout jugement il y a une perception de rapport, donc une comparaison et une double attention, non pas si- * multanée, comme dit Condillac, mais successive^ et cette succession est le plus souvent si rapide, qu'elle se confond dans notre conscience avec son résultat, à savoir l'acte de l'esprit qui saisit dans la dualité des termes l'unité de leur rapport.

Cette loi fondamentale de l'attention impose à l'esprit une discipline, une méthode dans son travail, quel que soit l'objet qu'il considère. Pour peu que cet objet ait de complexité, si Ton veut le bien connaître et en rendre compte exactement, on doit le diviser, le décomposer, puis prendre chaque partie séparément, la considérer spécialement, et subdiviser encore jusqu'au

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dernier point perceptible. Puis quand l'esprit a successivement fixé son regard sur chaque partie, dans un ordre que la nature de Tobjet doit déterminer, il les rapproche pour recomposer Tensemble^ il les rétablît dans leurs rapports naturels pour les voir dans Puni té , et embrasser le tout d'un coup d'œil^ autrement on n'obtient qu'une vue générale et confuse, qui ne produit point de conceptions distinctes dans Tentendement, et qu'il est impossible d'exposer clairement. Prétendre voir tout à la fois du premier coup, c'est s'exposer à ne rien connaître. La nature de notre esprit qui ne peut agir que dans le temps, c'est-à-dire successivement, nous impose l'obligation de considérer chaque chose l'une après l'autre, à son tour, en sa place et dans ses rapports ; et la méthode analytique, qui est la conséquence de cette nécessité de la pensée humaine, est aussi indispensable pour acquérir la science que pour la démontrer ou l'enseigner.

L'attention étant la direction que l'âme donne à son rayon visuel, est moins une faculté qu'un acte. Elle dépend surtout de la volonté qui Texerce par l'esprit au moyen des sens et de leurs organes. Excitée par les objets extérieurs, Tâme réagit avec plus d'énergie vers ce qui est analogue à l'état oi!i elle se trouve au moment de l'impression. La vivacité, la justesse et la vé-

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rite de la conception dépendent souvent de la force de la volonté et de sa persévérance à envisager et à fixer son objet. Des impressions multiples et simultanées brisent le rayon visuel, divisent l'attention et rendent l'acte volontaire faible et incertain.

La force de Tattention dépend en général de plusieurs circonstances subjectives et objectives. Les objectives sont l'action plus ou moins vive de l'objet, la manière dont il se présente et nous affecte, et la convenance ou la disconvenance qu'il peut avoir avec notre organisation et ses besoins , avec l'état de notre esprit et de notre âme. Les conditions subjectives sont d'abord l'énergie de la volonté, puis les motifs qui la stimulent, et enfin la disposition physique , intellectuelle et morale où l'homme se trouvQ relativement à tel objet. Les âmes fortes, qui ont une volonté puissante, ont en général une grande capacité d'attention. Elles savent écouter, regarder souvent et longtemps; elles voient et entendent là où il n'y a rien de perceptible pour d'autres : Qui aures habei^ audiat. Ce sont ceux-là qui ont des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Cette puissance de l'attention, soutenue par une volonté énergique, est un des traits principaux des hommes de génie. Quand quelque chose leur a apparu, quand ils ont commencé à pressentir, à concevoir une idée, ils ne la perdent plus de vue. Elle devient pour leur esprit l'objet d'une méditation con-

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tînuelle, souvent presque involontaire-, ils la couvent pour ainsi dire plus ou moins longtemps, jusqu'à ce qu'elle se développe, s'organise, et soit riîûre pour la réalisation. Dans les sciences d'observation, la patience est un grand moyen de découverte, et ici la patience n'est que la persévérance dans l'attention. Une volonté forte a ordinairement un regard d'aigle; elle voit de haut et de loin; elle voit droit et juste.

Tout acte d'attention exige un effort pliis ou moins sensible. 11 faut vouloir pour être attentif. C'est cet effort qui rend l'exercice de l'attention pénible aux enfàtits,'età ceUxquî vivent comme les enfants. Entraînés au dehors par ce qui frappe leurs sens, ils se laissent aller à une réaction capricieuse ou fortuite qui les occupe à chaque instant, mais sans profit pour leur développement intellectuel. Tant que la volonté n'est pas assez forte pour résister à cet entraînement, et arrêter fixement l'esprit devant un objet, il n'y a point de réflexion possible, point de méditation, poitit de pensées sérieuses, et par conséquent point de connaissance ni de science. Rien ne peut suppléer à l'attention. Les motifs qui agissent sur la volonté peuvent l'y aider, et le premier de ces motifs c'est le besoin. Les esprits les plus distingués, les intelligences lès plus hautes se développent ordinairement sous 1 aiguillon de la nécessite, par là stihdulatioA d'une situation malaisée. Les obstacles, quand ils ne sont pas accablants, excitent à un haut point la réaction de la volonté, et l'esprit s'ingénie plus vivement, plus subtilement, lorsqu'il est réduit à ses propres ressources. On ne peut dresser l'animal que

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