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paMe besoin, et par la crainte ou le plaisir qui s'y rapportent. L^homme est animal par la moitié de son exis* tence, et il coninience par l'être tout entier. Il faut donc l'intimider pour l'instruire, pour l'élever. La crainte du Seigneur, dit l'Écriture, est le commencement de la sagesse. Non que la crainte soit l'unique moyen, ce qui dégraderait l'enfant ; mais elle est la condition première, la condition indispensable pour que rhommë animal soit maintenu, discipliné, maté, et ainsi n'empêche point par son efifervescence et ses emportements le dévetoppement de l'homme intelligent et moral. Il est bien difficile qu'un enfant qui ne craint point son maître, l'écoute, 'et là où il n'y a point d'attention, l'instruction est impossible. Les punitions et les récompenses, ou la crainte et l'espérance, sont donc ici comme en toute autre circonstance des moyens nécessaires pour conduire et former les hommes. Dans le premier âge, tant que l'animalité domine, elles doivent porter sur ce qui est le plus sensible à l'animal, sur les privations ou sur les jouissances qui ressortënt des appétits et dfe la vie physiques. Plus tard elles s'élèveront avec l'homme, et vous le stimulerez par des motifs pltfs nobles, quand il sera susceptible de désirs plus relevés.
Ceux qui sotit chargés d'instruire les hommes doivent avant tout tâcher d'exciter et de soutenir leur attention. C'est la qualité principale du maître, qualité que l'art et l'exercice peuvent développer, mais que la nature seule donne, ou plutôt c'est une grâce spéciale, c'est le don de l'enseignement. Ceux qui ont ce don,
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savent aussi s'accommoder à la portée (leleurs auditeurs, se mettre à leur niveau, les prendre où ils en sont, et leur présenter les choses de la manière la plus appropriée à leur intelligence. Ils ont un tact tout particulier pour discerner ces nuances et ces moyens, et leurs tentatives continuelles pour s'ouvrir un chemin dans Fesprit des autres et y insinuer le sens de la parole, donne à leur enseignement de la vie et de l'efficacité. C'est surtout auprès de l'enfance que ce talent est précieux ; car ce n'est pas chose facile que de se faire écouter de ces petits êtres si légers, si distraits, et de fixer môme pendant quelques minutes des esprits toujours en mouvement, qui ne cherchent que la nouveauté et l'amusement. De là l'invention de toutes sortes de méthodes, essayées de nos jours pour exciter l'attention des enfants et leur fàciHter l'instruction, méthodes plus ou moins ingénieuses et utiles, mais qui ne deviennent fructueuses, qu'entre les mains d'un maître capable, qui a le goût et le don de l'enseignement.
L'attention est aussi en raison de la disposition de rame, et de ce qui la préoccupe en tel moment. Vous la porterez toujours à réagir, si vous lui parlez de ce qu'elle aime, dé ce qu'elle désire, de ce qu'elle craint, de ce qu'elle espère. Un des grands moyens de l'orateur pour se faire écouter, c'est de se placer pour ainsi dire au milieu des intérêts et des passions de ses auditeurs, d'entrer dans leur intérieur et d'ébranler successivement les cordes les plus tendues de leur cœur. Quand la fibre vivante frémit et résonne au dedans, il y a toujours une vive réaction au dohorç. C'est ainsi qu'on
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donne à la parole de V actualité^ comme on dit aujourd'hui. Ainsi se gagne la confiance des hommes : il est facile de les conduire, quand leur cœur est touché. Sous ce point de vue la passion bien dirigée peut avoir des avantages; elle excite au plus haut degré Tattention et le travail de Tesprit, en tout ce qui se rapporte à son . objet.
' Le regard ou le rayon visuel de Famé est FintelHgence même en acte, c'est un rayon spirituel qui doit avoir les propriétés de tout rayon de lumière, savoir, la clarté, la rectitude, l'intensité, la pénétration. Si le rayon, cédant à des impressions ou des influences diverses, ne conserve pas la direction droite que lui donne son principe, il perd de sa vertu- originelle 5 il devient ligne courbe ou brisée, il se réfléchit ou se réfrange. N'ayant plus de force pour pénétrer son objet, il s'arrête à la surface, se dissipe et s'éteint dans l'espace. L'attention dans ce cas est imparfaite ou nulle.
L'attention porte la lumière de l'esprit dans l'objet où elle se fixe, comme aussi elle dispose l'esprit à recevoir la lumière envoyée par l'objet. Ces deux lumières, de l'objet et du sujet, se multiplient en se pénétrant \ elles se réverbèrent l'une Fautre, et ainsi celui qui sait
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être attentif, s'éclaire lui-même en éclaircissant la chose dont il s'occupe. La parole n'est évidente qu'à celui qui sait l'entendre. La même proposition peut être claire pour l'un, obscure pour l'autre, bien qu'en elle-même, comme discours parlé ou écrit, elle doive avoir un sens, une lumière qui y a été mise par l'esprit qui l'a pensée et exprimée. Mais la lumière n'apparàtt qu'à celui qui a un organe pour la percevoir, et qui peut réagir vers elle par son rayon. Un esprit inattentif ne voit rien, ne comprend rien dans les choses les plus simples. Une attention ferme, soutenue, finit presf]ue toujours par illuminer son objet, etqudnd une fois le rapport entre le sujet et l'objet s'est établi par l'axe visuel de l'intelligence, c'est comme un foyet qui rayonne; c'est une source de lumière qui s'oUvré et jaillit avec abondance.
L'attention j pour jouir de toute sa vertu , doit être directe, aller droit à son objet, comme le rayon qui tombe perpendiculairement ou d'à-plomb sur un plan, le pénètre sans subir de modification, le traverse sans déviation. Si donc vous voulez bien voir un objet, il faut le regarder en face, vous mettre en aspect direct avec lui et le percer pour ainsi dire dans son centre. Le rayon de l'esprit pénètre alors tout entier, sans être brisé par la réflexion ni par la réfraction ; rien ne se perd de l'attention, qui restant simple, une, intense, descend jusqu'au fond de la chose et y porte sa lumière. Mais si vous considérez l'objet obliquement, par ses côtés, par les faces diverses de sa forme extérieure, par ses alentours, vous ne le verrez point plei-.
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nement ni à fond ; vous n'en apercevrez que des parties, des facettes, des angles, des côtés; et votre regard, réfléchi par toutes ces surfaces, se disperse en rayons multiples qui ne se laissent point rallier en un foyer commun. H n'y aura dans votre manière de voir ni unité, ni ensemble. Beaucoup d'hommes d'esprit ne savent point envisager une question autrement. Ils la placent pour ainsi dire sur un pivot, ils la tournent et la retournent successivement dans mille points de vue, la regardant soiis des faces toujours changeantes, au lieu de la fixer, par Un regard ferme, calme et pénétrant, dans son point principal, dans son centre. Aussi malgré leurs discours ingénieux et brillants, et qui le sont d'autant plus que ces personnes cherchent sans cesse à saisir des rapports nouveaux et inattendus, ils n'en finissent jamais avec les difficultés sérieuses, et ne décident point les questions péremptoirement. Ils jettent de la lumière tout autour de liBt chose, mais le milieu reste obscur parce qu'il n'est point ouvert. Le nœud de la question n'est pas mèilie entamé. Ainsi travaillent ceux qu'on appelle beaux esprits. II y a dans leur faire plus d'éclat que de solidité, et leurs œuvres récréent plus l'imagination qu'elles n'instruisent l'esprit et n'avancent la science. Ils lui nuisent au contraire en l'embarrassant d'une multitude de théories et de systèmes; car ces esprits partiels et exclusifs sont ordinairement portés à prendre la partie pour le tout, à voir l'ensemble de la chose dans le point de vue faux et étroit qu'ils en ont pris.
La forée de l'attention constitue en grande partie ce
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qu'on appelle la pénétration de l'esprit -, car quand le regard se porte sur un objet, s'il s'y attache fermement, comme à chaque instant il se renforce par un nouvel acte de la volonté, par un nouvel effort, à chaque coup, pour ainsi dire, il doit s'enfoncer davantage dans l'objet et passer plus avant, comme la sonde des puits artésiens descend plus bas dans les entrailles de la terre, à mesure qu'on la chasse par une nouvelle tige superposée à celle qui vient de disparaître. Cependant les esprits dont l'attention est le plus tenace, ne sont pas toujours les plus pénétrants. Il y a des intelligences vives et subtiles qui vont souvent d'un coup d'œil au fond des choses. Mais celles-là en général ne savent point rester longtemps attachées au môme objet, et elles perdent, par leur impatience et leur mobilité, les avantages de leur facilité à voir et à comprendre'. C'est ce qui se remarque surtout parmi les enfants, dont les plus spirituels, les plus intelligents sont ordinairement les plus légers et les moins assidus au travail. La pénétration unie à la persévérance fait des merveilles.
L'attention de môme que la lumière répand la vie partout où elle entre. Le sujet le plus stérile en apparence devient fécond sous le regard d'un esprit qui sait le pénétrer, comme une terre ingrate sous la main industrieuse du laboureur, comme la matière dure et rebelle sous le ciseau de l'artiste. L'attention est l'instrument de la génération spirituelle. C'est par elle que l'esprit engendre, quand il fait passer sa vie, son feu, sa lumière, sa pensée dans l'esprit et dans l'âme d'un autre ] et c'est par elle aussi que l'entendement con-
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çoit quand il s'ouvre à Tinfluence de la parole, et réagit exclusivement vers elle en l'absorbant. Celui qui parle mollement, sans que le rayon dQ son esprit anime son discours, n'agira jamais fortement sur ceux qui l'entendent. Il ne produira en eux ni émotion., ni idée, ni pensée*, il n'y a point de vertu dans sa parole. Celui qui écoule mollement ou avec distraction, quelle que soit la puissance de la parole, ne sera point pénétré, vivifié, faute d'une réaction suiBsante de sa part. Les rayons de lumière ne trouvant point d'accès, sont répercutés et vont tomber en dehors. C'est un grand mal que celte impuissance de fixer son attention d'une manière soutenue. On perd par là la faculté de se diriger dans sa pensée et dans sa conduite, et on aliène pour ainsi dire sa liberté dans l'ordre intellectuel ^ car la fatalité se retrouve là comme ailleurs et peut-être plus qu'ailleurs. Il y a entre nos pensées mille liens cachés par lesquels elles s'attirent l'une Tautre, en sorte que si l'on s'abandonne à leur entrainement, c'est à chaque moment une autre scène qui sollicite notre regard et en brise la direction et la force. La marclie de l'esprit est rompue à chaque pas; il dévie sans cesse par les impulsions nouvelles qui s'ajoutent l'une à l'autre et se compliquent. Il n'a plus d'allure franche, originale, directe; son rayon continuellement brisé et réfléchi se courbe , perd sa vigueur et sa pénétration, et l'on finit ordinairement par se laisser aller à l'aventure, par la fluctuation des pensées, comme un pilote qui a perdu la tète ne sait plus gouverner son navire. Yoilà ce qui arrive
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souvent^ quanti ot\ doit écrirfc quelque chose de sérieux et qui demande de la réflexion^ Oh divague longtemps -avant de trouver là roiitë qui conduit au but. Alors il faut urt vigoureux effbn de la volonté pour a^rache^ Tt^sprit à tout ce qui est étratigef à sbn objet, le vider de ce qui pleut Ten distraire, le fixer à la question, l'y attaché*', l'y enchaîner comme P^ofée, aiîn qu'il ne puisse plus chïiriger de forrtles et qu'il Soft forcé de voir et de dire la vérité; L'imniense différente qui sépare les hommes sous lé fapport ihtellectuel et moral vient en grande partie de la puissance si diverse de leUr attention.
L'âme peiit dlHgef son rayon à tntvers lès sens dans le monde extérieur. Ce rhode de l'attention est Voôserration eort&rnp^ qui s'èxerce surtout par là vuiei et l'ouïe. L'ame peu! , en fertrifint les. portes des sens et se recueillant en elle-même, arrêter son regard dans son tnonde intérieur, datis son entendement, pour y considérerj soit les îitriages des choses sensibles, soît les notions abstraites de leuré rapports, soit l'esprit et le sens de la parole, soit ses propres modifications et opérations. L'attention se notntne dans ce cas intuition^ réflexion^ méditafion^ observation interne. Elle peut enfin élever son regard au-dessuâ du monde phénbméiîique et de là sphère de son esprit propre, et lé diriger vers les choses ihtelligibles, vers les idéadx, poiir se
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rnettre en rapport avec la Lumière et la Vérité universelle. L'attention devient alors vision pure^ coniem^ pfaiion.
Observation externe, observation interne, contemplation, telles sont les trois formes sous lesquelles l'attention s'exerce en raison de la nature de son objet, et de h position relative du sujet. L'homme, dans les diverse^ phases de son existence, entre en commerce avec trois mondes, avec le monde physique par les sens, avec le monde de son entendement ou le monde rationnel par la réflexion, avec le monde idéal ou métaphysique par son intelligence. Hors de lui il considère les faits de la nature, les phénomènes sensibles, et il ramasse et prépare les matériaux de ses connaissances naturelles et de sa science du monde. L'observation externe est de la plus grande importance sous ce rapport, et là surtout la constance de l'attention ou Tapplication répétée de son regard sur le même objet est une condition sine guâ non du savoir.
L'observation interne présente plus de difficultés. Les phénomènes du monde intérieur ne sont ni moins nombreux, ni moins variés que ceux du dehors -, mais le regard de l'esprit a plus de peine à les saisir et à les fixer, à cause de leur mobilité, de la scène changeante où ils paraissent, et de l'extrême subtilité de leurs complications et de leurs nuances. Aussi le talent de l'ob-