‹ L'esprit humain et ses facultés (volume 2)Chapitre 5 sur 24 · DE L ACTIVITÉ DE L ESPRIT HUMAIN · texte numérisé non relu

DE L ACTIVITÉ DE L ESPRIT HUMAIN

servation psychologique est bien plus rare que celui de l'observalion physique. Il y a cent physiciens distingués pour un psychologue profond. Plus d'hommes sont capables de s'occuper utilement de la science de la nature que de la science d'eux-mêmes, en sorte qu'en général ce que l'homme connaît le moins, c'est lui; et cependant qu'est-ce qui lui importe davantage? L'attention devient plus facile, quand elle porte sur les images formées par les objets dans l'entendement, parce que les images ont quelque chose de concret ou au moins d'individuel à quoi l'esprit s'attache. Mais quand on doit saisir et tenir devant l'œil de l'esprit des abstractions, des notions générales, des vues de rapport et d'ensemble, il faut un redoublement d'attention, une puissance de réSexion et de méditation dont bien peu sont capables, et où moins encore peuvent longtemps persister. Les abstractions ne se laissent point imaginer; elles sont représentées ou plutôt signifiées par un mot, par un chiffre, par une simple lettre, qui donne peu de prise aux sens et à l'imagination, et c'est à c«t os sec et décharné que l'esprit doit s'attacher pour trouver sa nourriture. Cependant cet os peut reprendre vie, chair, figure et mouvement par la vertu de l'attention, et tel signe abstrait, comme le roc frappé par la verge de Moïse, devient soudainement sous le regard de l'esprit la source d'un développement abondant.

Cest encore par la réflexion, ou par la conscience du moi repliée sur elle-même, que nous pouvons percevoir ce qui se passe en nous, pour nous le représenter,

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nous en rendre compte et Texposer aux autres. Pour cela il faut se regarder en même temps qu'on sent, veut, pense, agit. Il faut se doubler afin de se voir objectivement, tout en se sentant dans la subjectivité, et cette opération doit s'exécuter rapidement, en un clin d'œil, parce que nos actes et nos modiPications passent vite et se succèdent sans interruption. C'est dans cette circonstance que l'attention opère le plus difficilement, l'esprit devant se faire violence, nonseulement pour ramener son regard sur lui-même, mais encore pour se scinder en deux, se faire sujetobjet, et tâcher de se saisir et de se dessiner en même temps qu'il sent, agit et vit. C'est vraiment un état contre nature. Aussi ce travail de la réflexion psychologique est-il le plus funeste à la santé du corps. Il en trouble les fonctions, l'use et l'épuisé, quand il est intense et prolongé. C'est surtout dans ce cas qu'on peut dire avec Rousseau : Si la nature a destiné Vhomme à être sain, à coup sûr l'homme qui médite est un animal dépravé.

La contemplation est la direction du regard de l'esprit vers le monde idéal. Elle est dans Tordre intellectuel ce que la prière est dans l'ordre moral, une élévation de l'âme vers Dieu. Ces deux choses se trouvent presque toujours réunies dans les âmes d'élite. Aux cœurs purs il a été promis qu'ils verront Dieu, l'éternelle Vérité; car la vie véritable consiste à le connaître, et ce sera un jour leur félicité suprême. Du reste dans cette haute sphère, l'atlenlioB suit encore les mêmes lois. Dominée par l'unité, elle est Tinslru-

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ment de là lumière et de là vie; elle çst [iéhétrantè et féconde. Elle met Fintelligence eh rapport itititne arec les idéaux, et c'est par elle seulement qu'on peut participer aux trésors de vérité et de science qu'ils contiennent et dont ilâ enrichissent les âmes qui communiquent avec eux. Ainsi apparaisseiit à l'esprit humain ces grandes idées qui, placées aù-dessbs de l'espace et du temps, surpassent les sens, l'imagination, là raison, et valent pour tous les temps et pour tous les lieiix : idées universelles comme les idéaux dont elles sont le reflet, et qui peuvent seules dontier dès principes inébranlables aux sciences et aux institutions de la terre, tandis que tout ce qui se montre dans le monde sensible, tout ce qui frappe les sens est cortcret^ individuel ; et tout ce qui est pen^ dans lé iilonde rationnel est général, abstrait^ par conséquent contingefit fet relatif.

L'attention, sous ses trbis modes^ est dôtic eti rapport avec le concret ou les individualité^^ par les sens , avec l'abstrait ou la généralité par la réflexion, avec rinfini oU l'universaUté par là contemplation.

L'attention se montre en types inférieurs dans les êtres de la nature physique. Partout l'action de là vîei générale excite la réaction de la vie particulière. Là terre s'ouvre à l'influencé du soleil et réagit avec

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amour vers le rajoti qui la fétotide. L'akdli et Tacide agissent et réagissent Tun sur Vautre pour s'uhir ou se repousser. Le germe dans la semence réagit vers la lumière qui Texcite, et sa réaction continue fait son développement. L'anirtiàl réagit vers la lumière qui l'investit, vers Tair qu'il aspire, vers les substances dont il se nourrît, vers tout ce qui excite ses appétits et ses instincts. Mais cette réaction est purement instinctive et aveugle dans la nature physique et dans tous les êtres qui en rèssorterit. L'attention de l'homme est un acte libre et intelligent de sa volonté.

Tout ce qui est dans Vhomme a son symbole dans la nature inférieure. C'est pourquoi les inots et les locutions qui expriment les faits intellectuels et moraux, ont presque toujours un sens physique. Sans cette double siighificatiôïi, nous ne pourrions représenter en images les choses métaphysiques, et le langage poétique ou oratoire serait aussi impossible que la langue philosophique. Il arrive aussi, et pat* la même raison, que presque tout ce qui est inventé, établi par l'homme, a son modèle dans la nature et lui est suggéré par elle, en sorte que le comble de l'art est le plus souvent d'imiter, à force de calcul et de travail, ce que la nature {)roduit spontanément et sans effort. Quelle différehce y a-t-il donc entre la nature et Thumariité, entre les hotnmes et les autres êtres qui habitent ce monde ? Il y en a une immense et qui les sépare foncièremeh'

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La nature physique ne sait pas ce qu'elle fait et ne veut pas le faire. Les existences qui en dépendent n'ont ni conscience ni liberté, et leur réaction ou leur activité n'est qu'un mouvement instinctif, déterminé fatalement par les impulsions qu'ils reçoivent. Il n'en est point ainsi de l'homme. Quand il jouit ou souffre, il sait qu'il souffre ou jouit; quand il agit, c'est qu'il veut agir, et il sait pourquoi et comment. Il se distingue des influences qu'il subit, et il commence dans son intérieur, par sa volonté, une série d'actes dont il est le principe. Il est le seul être de ce monde qui opère, comme Dieu, avec connaissance et liberté, parce qu'il est le seul être de ce monde qui ait été fait à l'image et à la ressemblance du Créateur. Aussi n'obéit*il pas aveuglément aux lois universelles qui régissent les êtres. En même temps qu'il en ressent l'action, il a la puissance de les connaître; il les suit le plus souvent parce qu'il le veut, et il peut vouloir le contraire; il peut à ses risques et périls se mettre en lutte avec elles, s'en écarter ou les violer. L'homme seul peut devenir absurde et immoral; car il peut seul enfreindre les lois morales et logiques; ou plutôt ces lois dans leur spécialité n^existent que pour lui, puisqu'elles ne sont que l'application des lois universelles à l'action libre et intelligente. L'animal, le végétal, le minéral, ne sont pas susceptibles d'absurdité ni d'immoralité ; ce qui prouve qu'il n'y a en eux ni intelligence ni volonté, quoique nous y découvrions un semblant, une ébauche et comme un reflet de ces hautes facultés.

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Dans la nature physique et dans les existences qui en ressortent il y a quelque chose d'analogue à Tatlention de l'esprit humain 5 c'est la réaction vers une influence plutôt que vers une autre-, réaction qui a lieu partout où il y a de la vie, puisque la vie ne s'établit et ne s'entretient que par l'acte et le réacte. C'est l'attention, moins la direction intelligente et libre. Quel admirable commerce entre le soleil et la terre I Voyez comme la terre appelle l'action du soleil et comme elle s'y ouvre par tous ses pores, réagissant avec ardeur, buvant avidement sa lumière, sa chaleur et sa vie! Il y a là tous les signes du désir, tous les té« moignages de l'amour le plus intense et le plus vif. Aussi leur union est féconde, et chaque année, au rc^ tour du printemps, les germes se remuent et se dévc* loppent dans le sein de la nature.

Qu'est-ce que les affinités chimiques ? Des alcalis et des acides se recherchent ou se fuient. Quand ils sont unis, s'il en arrive un autre qui ait plus d'affinité avec l'un des deux, le préféré précipite violemment son rival et s'attache plus intimement à ce qu'il aime. D^ là la puissance des réactifs. N'y a-t-il pas dans ce cas un certain discernement, une préférence, je dirais presque un choix? Considérez le végétal dans le développement de sa vre. Vous le verrez en tout temps chercher aveuglément ce qui lui convient le mieux, et discerner entre plusieurs choses celle qui lui est la plus analogue. Il tend constamment et irrésistiblement vers son objet, vers sa fin. Dès qu'il germe, il prend une double direction par ses deux pôles principaux. Lo

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pôle supérieur se porte en haut par la plumule qui doit former la tige 5 il aspire vers la lumière-, il perce il'épajsspp pQupJies ^e terre pour y parvenir. Le pôle inférieur s'enfonce par la radicule dans le sol pour y établir les bases de l'existence. Essayez de contrarier leur mouyemeiït, renversez le germe et les pâles; chacun se coijtouriaera poqr reprendre sa direotîoa naturelle, Tuii vers le ciel, vers Iq principe de la Iqmière, l'autre dans la prpfqndeur, vers le centre de If terrp. Tout^ plapte cherche instinctivement l'air et li9 jour. Pour les atteindre, elle se traîne avec effort, PII ellp ^'élance vigpureusernent au-dessus de Tombre qui l>ccable. Elle s'étiolç, elle meurt dans les ténèbres. Sa racine cherche en même temps dans les entrailles du sol l'aliment terrestre qui lui convient. Elle traverse souvent des couches de terrain sans çi'y arrêter, afin de ga^gner une autre région qui lui fournira sa npurriture; tantôt elle s'étend à la sqrface du sol, tantôt elli^ desceqd en pivotant, toujours elle cherche ce qu'elle aime, ce dont elle a besoin pour vivre,

L'instinct de l'animal est encore plus remarq^j'able, parce qu'il est plus vivant et que sa ré^ctiqn est plus énergique. Qiiand le besoin le presse, comqie jl tend de toutes ses forces vers TobJQt qui lui est nécessaire 1 Comme il le cherche ardemment, sans relâche! Comme il discerne rapidement ce qu'il lui faut! Puis, outre cette réaction commune à tous les animaux par laquelle ils soutiennent leur existence, il y a dans chaque espèce un instinct particulier. Voyez l'araignée au cen^rç d^ sa toile, les yeux ouverts, les pattes étendues, tout le

corps en arrêt. Y a-t-îl un type plus frappant de Tattention ? Le chat qui guette la souris, le chien qui suit le gibier à la piste, ne nous en offrent-ils pas encore des images? Et quand cet animal fidèle s'attache avec tant de constance à Thomme, lie pour ainsi dire son existence à la sienne, et ne vit plus que par le regard et la volonté de celui qu il aime comme il peut aimer, au point qu'on en a vu ne point survivre à leur maître et se laisser mourir de faim sur sa tombe ; quand Tœil fixé sur celui de T homme, il en suit tous les mouvements pour en deviner Tintention, en prévenir le désir, prêt à se précipiter au moindre signe, n'y a-t-il pas là un reflet admirable de Tattention et des facultés morales? N'j^^t-OQ pas tenté parfois, daq$ Tespëce d'affection qpe nou^ inspire rattachement d'un pauvre animal, de lui attribuer quelque chose qui le relève au-dessus des autres bêtes , en }e rapprochant de l'humanité ? Néaf^moins il faut bien le reconnaître, il n'y a là ni conscience ni liberté ^ Tanimal s^nt et agit sans réfléchir sa sensation ni son action. Bien qu'il y ait en lui un principe de vie, un centre d'existence, il n'y a point de moi, parce qu'il n'y a pas de conscience, par conséquent point de connaissance n| de science , et ainsi enire sa manière d'être et la nôtre, entre ses mouvements et les actions buinaine?, jl y a toute la différence de la science à l'instinct, de la liberté à une aclivitc avrugle ; il y a un ^bl'fi.e,

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