‹ L'esprit nouveau dans l'action morale & religieuseChapitre 5 sur 10 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

1" CARACTÈRE DE l'ESPHIT NOUVEAU

L'évolution des partis.

$ L — M. Spuller a voulu recommander l'évolutioa du

radicalisme vers l'Église.

§ II. L'esprit nouveau doit comporter en retour une évolution

de l'Église vers le monde.

§ III. — Nécessité absolue de cette évolution, qui ne serait pas

une innovation.

§ IV. — Nous resterons ainsi parfaitement fidèles à l'esprit de

N. S. Jésus-Christ.

§ V. — Raisons philosophiques de cette évolution, g VI. — Ses avantages pratiques.

I VII. — Ses conséquences politiques.

§ Vlil. — Vrai caractère de l'apostolat moderne, indiqué par

l'exemple et le succès des clergés étrangers. § IX. — Exemple du même caractère an France : Cet exemple

n'est pas souvent imité.

Nous sommes maintenant au point voulu pour juger sainement, croyons-nous, des multiples caractères que doit revêtir l'esprit nouveau.

Le public n'a généralement attaché à cette formule

qu'un sens unique. Le public n'est point compliqué : il se contente aisément d'une vue simple, il lui suffit d'une idée à la fois. Pour quiconque veut pénétrer le sens profond des choses, celte philosophie est trop élémentaire. 11 faut creuser davantage, et aider le public à découvrir, dans ce qui l'intéresse, ce qu'il n'y voit pas, ce qui est pourtant le principal : le principe intime et directeur, entraînant par une force irrésistible des conséquences insoupçonnées. C'est en essayant de prévoir à l'avance ces conséquences par l'étude approfondie du principe, que l'on peut tirer parti des phénomènes les plus banals en apparence.

§ I. — M. Spuller a voulu recommander l'évolution du radicalisme vers l'Église.

Ce que le public a vu dans l'esprit nouveau, c'est naturellement ce qui sautait au yeux, ce qui était dans l'intention première, très simpliste elle-même, du ministre. En proclamant devant la Chambre la nécessité d'un esprit nouveau, il pensait uniquement à prier la gauche de se montrer un peu moins féroce envers la droite, et voilà tout, n'est-il pas vrai?

Soit. Et si nous étendons cette invitation aux diverses opinions qui, sur tous les points de la France, sont représentées à la Chambre par les fractions plus ou moins voisines de ces deux camps opposés, nous obtenons l'un des trois caractères que doit comporter l'esprit nouveau.

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Je me trompe : nous n'obtenons encore que la moitié de ce premier caractère. Puisque M. Spuller était alors ministre des cultes, son intention évidente était d'attirer la bonne volonté des men)bres de la gauche sur le respect, la justice et la bienveillance que la nation, trop longtemps tracassée, réclame en faveur des convictions religieuses et des exigences morales de l'immense majorité de ses membres.

Ceci doit être appelé, en termes non équivoques, une évolution du radicalisme vers l'Église.

Et certes, il était bien nécessaire d'affirmer officiellement l'urgence d'une pareille évolution. Depuis trop longtemps une minorité insolente et tyrannique violentait la conscience des catholiques et favorisait l'audace de leurs ennemis sous le prétexte trois fois hypocrite de liberté, d'égalité et de fraternité. Sans doute, il y avait à la tête de ce mouvement quelques hommes convaincu?, quelques disciples, arriérés mais sincère?, de Rousseau, de Proudhon et de Fourrier, quelques philosophes véritablement persuadés de l'efficacité des principes révolutionnaires au sens outré du mot, aspirant de toute leur âme à la prospérité de la France et n'en voyant la réalisation possible que dans Texécution des intentions de la Révolution « en bloc ». Il y avait, dans le voisinage de ce groupe intransigeant, de nombreux esprits moins hantés de rêveries idéales, mais croyant aussi, consciencieusement, à la mort définitive des traditions religieuses, regardant leur disparition totale comme un bienfait pour l'humanité, tenant la vieille morale pour surannée, décidés en consé-

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quence à en débarrasser le progrès, prêts en un mot à alléger le genre humain de tout ce que leur conception abstraite de l'Homme pur leur montrait comme superflu désormais, encombrant et tyrannique. Voilà pourquoi ils pensaient, avec le plus grand sérieux, travailler au bien général, en poussant vigoureusement contre la masse du « troupeau inconscient » la cohorte résolue des « libérateurs ». Mais voici qu'après bientôt vingt années d'expérience, on s'est aperçu que cette merveilleuse découverte du génie moderne était une erreur, que la nation, comme le reste de l'humanité d'ailleurs, y était absolument réfractaire, bien plus, qu'elle en souffrait et que si cela continuait elle allait en périr.

Il était donc opportun de le dire bien haut, si haut que tous les échos de la France en résonnassent. Le moment était venu d'entamer avec ces magnanimes mais aveugles régénérateurs des pourparlers officiels, et de leur montrer simplement qu'ils avaient fait fausse route, en leur demandant s'ils voulaient continuer à opprimer le public sous prétexte de le porter à l'apogée du progrès. Plus de tracasseries de chapelles jalouses, plus de lois vexatoires pour les consciences, plus de disciplines draconiennes à l'égard des partisans trop froids des principes de 89. Un peu de tolérance, un peu d'équité, s'il vous plaît. La paix religieuse, l'observation bienveillante du Concordat, la répression des scandales de la presse, la lutte contre la corruption et l'impiété sectaires : voilà ce que réclame la conscience publique.

l'évolution des paktis m

N'clait-ce pas une obligalion pour le vieux parti républicain, en retour de la franchise et du quasi-he'roïsme que les catholiques avaient mis dans leur adhésion à la forme républicaine, abandonnant pour toujours leurs aspirations irréalisables à la résurrection des monarchies disparues ? Oui, en vérité, cette évolution du radicalisme était nécessaire. La vieille formule : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! » avait montré à la fuis son injustice et son impuissance. Elle procédait d'une frayeur enfantine, elle créait une guerre civile permanente, elle consacrait l'abus de la force stupide contre le droit et le désir des masses, elle devait voir sa ridicule impétuosité de cyclone dévastateur échouer devant l'endurance inébranlable du roc catholique. Une fois de plus l'écume des flots devait passer sur l'Église sans même la souiller.

Voilà ce que le public a vu dans l'esprit nouveau. Et il n'a pas eu tort : c'élait en effet un point capital. Au lieu de nous éterniser dans la pulvérisation de nos forces en luttes fratricides et stériles, il était urgent de concentrer toutes les activités nationales sur les intérêts vitaux du pays. 11 n'est pas admissible qu'un parti entier s'emploie uniquement à vexer et à terroriser le reste de ses concitoyens. Nous avons autre chose à faire que de renouveler les discussions intestines des Guelfes et des Gibelins, qui ont préparé la décadence de l'Italie moderne. Laissez donc les catholiques à leur besogne quinze fois séculaire de travaillera la prospérité morale de la France, puisque vous avez prouvé que vous n'y entendez rien, et appliquez-vous assidûment à sa pros-

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périté matérielle : on ne vous demande pas autre chose, maison l'exige de vous, si toutefois ce n'est pas au-dessus de votre faculté ; car, jusqu'à présent, vous vous êtes montrés experts dans l'art de démolir, mais nous sommes curieux de voir comment vous saurez édifier. Certes, il ne faut pas perdre de vue cette initiale et indispensable évolution, l'évolution du radicalisme vers l'Eglise dans la mesure où il estcapable d'en approcher.

§ II. — L'esprit nouveau doit comporter en retour une évolution de l'Eglise vers le monde.

Mais par-delà ce premier résultat, qui seul a frappé les yeux du vulgaire, qui seul, croyons-nous même, était dans l'intention du ministre, l'esprit nouveau comporte et entraîne nécessairement un résultat analogue de la part des catholiques, une contrepartiequi doit en achever le premier caractère. Et ce second résultat, quel est-il ? C'est une évolution de l'Église vers le monde S c'est une fusion intime des préoccupations re ligieuses avec les intérêts sensibles de la société, c'est une collaboration active des catholiques aux mille questions d'ordre purement temporel et matériel qui surgissent dans les temps actuels avec une complication toujours croissante et une urgence de jour en jour plus tyrannique.

Telle est la nouvelle nécessilé que, sans avoir besoin

1 V. l'Église et le Siècle, op. cit.

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d'attendre les déclarations gouvernementales, les catholiques doivent être prêts à faire entrer de leur côté comme élément essentiel dans l'esprit nouveau.

Quelques-uns déjà, placés aux avant-postes, l'ont senti et l'on dit. Mais il est nécessaire de le répéter et de le proclamer bien haut, avec preuves à l'appui, parce que ni la masse des catholiques, ni même celle du clergé ne sont encore prêles à le reconnaître.

Malgré le revirement qui semble s'accomplir actuellement du côté de l'Église, nous sommes bien obligés de constater que les peuples ne s'intéressent plus aux idées religieuses et morales avec le même respect absolu et la même idéale affection qu'autrefois. On accueillerait Dieu volontiers, parce qu'enfin il y a bien au fond de la conscience quelque chose qui vous y engage : mais ce ne sera plus qu'à la condition de trouver auprès de lui, àcôlé des satisfactions immatérielles et des secours spirituels, quelque chose de positif et de palpable qui vous aide un peu à vous tirer d'affaire en cette misérable existence, où le pain devient dur, le travail abrutissant et l'argent rare. On écouterait facilement le prêtre quand il vient vous dire que le bonheur, pour être vrai, Biir et total, dans la société moderne comme dans les âges disparus, se trouve uniquement en sa compagnie, dans la croyance de ses doctrines et dans l'observation de ses conseils : mais encore faudrait-il qu'il cessât de pontifier perpétuellement aux frais des'contribuables, pour descendre un peu dans la vie pratique de ces mêmes contribuables, pour les aider, dans la mesure de son pouvoir, à les décharger un peu de leurs contribu-

H4 l'esprit nouveau

lions, et pour rendre le travail plus stable et plus fructueux.

Que voulez-vous ? Les gens sont ainsi faits. On aura beau se récrier, se plaindre de voir le pur idéal disparu de la terre et la vie matérialisée par les exigences harcelantes d'un progrès illusoire : vous n'y pourrez rien, il faut accepter le monde tel qu'il est, et vous résigner à descendre un peu du ciel pour poser au moins un pied sur la terre. Il faut être pratique et vivre avec son temps.

Au reste, ce n'est point là une innovation. Les jeunes prêtres, en sortant du séminaire, se proposent principalement comme modèles les saints ermites de la Thébaïde, ou tout au plus les saints apôtres du moyen" âge, dont la vie et les vertus spéciales, les pratiques et les conseils un peu étranges ont été perpétuellement proposés à leur admirative émulation. Il leur manque généralement le sentiment vrai et saisissant des besoins réels de la société vivante et de la nécessité immédiate où ils seront de se mêler à toutes ses activités s'il veulent y exercer une influence. Aussi pourquoi leur a-t-on laissé ignorer la foule innombrable de ces autres saints disséminés à travers les siècles, sur tous les points delà chrétienté, saints non moins glorieux au ciel, non moins féconds sur la terre en œuvres de salut, et qui ont précisément conquis leur gloire et fécondé leur ministère en mêlant intimement aux vertus ascétiques, modérément imitées des primitifs solitaires, les qualités d'intelligence pratique et de laborieuse activité matérielle nécessaires pour procurer à leurs ouailles la prospérité

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temporelle en môme temps que la grâce préparatoire à l'éternité ?

§ 111. — Nécessité absolue de cette évolution, qui ne serait pas une innovation.

Oui, ce second genre de saints forme une phalange nombreuse à travers les temps : et voilà pourquoi ce ne serait point innover dans l'Église, ce ne serait point abâtardir les antiques méthodes d'apostolat, ce ne serait point perdre de vue l'idéal évangélique, que de renouveler sous une forme moderne et adaptée au génie contemporain la simple tactique des moines qui ont tant contribué à la civilisation des Barbares par la double iufluence de leurs vertus et de leur travail. D'ailleurs, n'est-ce pas encore ainsi que se comportent les missionnaires parmi les sauvages ? Ils leur donnent l'exemple en même temps que le conseil des industries pratiques seules capables de créer la prospérité, ils leur apprennent à piocher la terre, à se construire des maisons, à se tisser des vêtements : et c'est par le moyen de la reconnaissance méritée de la sorte, qu'ils parviennent jusqu'à l'âme des indigènes et qu'ils lui font connaître le Dieu auteur et principe de toute vertu et de tout bonheur. Cette forme de la charité, qui fut celle de la primitive Église à l'époque des Barbares, doit redevenir certainement celle des temps modernes, à un moment où le monde recommence, où le peuple qui souffre et que l'on surexcite a besoin avant tout de pain et de justice, de satisfactions et de sécurité. Nous auronsbeau

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faire, nous ne regagnerons jamais sa confiance par le seuls attraits de notre antique religion. Pour parvenir à Ini en faire comprendre la secrète bienfaisance et la nécessité toujours aussi indispensable, il nous faut reprendre la tactique des primitifs convertisseurs : entrer dans les intérêts matériels de la nation, prendre la tète des améliorations économiques, subvenir à toutes les nécessités nouvelles créées par le conflit des antagonismes autrefois inconnus, résoudre les antinomies sociales entre les diverses classes, montrer qu'elles sont faites pour se compléter et non se dévorer, déterminer pratiquement la minorité des intellectuels et des riches à diriger avec désintéressement et activité les intérêts populaires.

A cet effet, il ne nous suffira point de pénétrer par quelques-uns de nos membres dans la gestion des affaires publiques. Ce n'est même là que la solution faible du problème. La nécessité forte et vraiment féconde qui s'impose pour le résoudre, c'est que chacun des catholiques, chacun de nos prêtres spécialement, dans sa localité inconnue, dans sa fonction obscure, s'ingénie en toute circonstance et se dévoue en mille manières à secourir l'ouvrier et le paysan, le commerçant et l'employé, le vagabond et l'abandonné, dans la rue, dans la mansarde, dans l'atelier, dans les champs, sur mer et au fond des mines, partout en un mot, au lieu de l'attendre tranquillement à l'église où ces gens ne viennent plus. Ainsi le prêtre moderne imitera le procédé qu'employèrent les moines pour convertir les Gaulois.

Ce n'est point ici le lieu de passer en revue les diffé-

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renies méthodes à l'aide desquelles on peut et l'on doit suivre dans la pratique celle ligne de conduite. Il nous suffit pour le moment d'en établir le principe et d'en montrer la nécessité. Qu'on le veuille ou non, ce système Cht aujourd'hui le seul qui nous permette de parvenir peu à peu jusqu'à l'âme populaire. Voyant que nous nous appliquons à défendre leurs intérêts sans aucun profit pour nous-mêmes, les gens comprendront aisément que nous sommes leurs meilleurs amis, ils seront portés à se confier à notre direction morale. Mais tant qu'ils nous verront rechercher exclusivement ou principalement la compagnie des puissants du jour, ils soupçonneront que nous avons entrepris la profession ecclésiastique pour y trouver un moyen plus commode de jouir paisiblement de l'exislcnco ; il fuiront avec dégoût ou avec envie l'église qui est notre palais, notre collecteur d'argent : et bientôt ils y jetteront des bombes.

Au reste, nul ne sera tenté, lorsque nous entrerons résolument dans celte voie, d'y voir une simple tactique habilement calculée pendant quelques années d'hypocrisie pour nous permettre de ressaisir notre vieille in- Quence. Tel doit être au contraire notre devoir dans tous les temps : et si nous l'avons oublié, nous ne faisons en nous y conformant de nouveau que remplir nos plus strictes obligations. Nous ne faisons qu'appliquer l'Evangile aux temps nouveaux, non pas en nous conformant à l'étroite observance de la lettre qui lue, mais en adaptant aux exigences modernes l'esprit qui vivifie.

§ IV. — Nous resterons ainsi parfaitement fidèles à P esprit de N. S. Jésus- Christ.

Quel est en effet l'esprit évangélique, et principalement l'esprit inspiré par Jésus-Christ à ses Apôtres ? Cet esprit consiste à se dévouer, à^donner et à se donner, pour parvenir, n'importe par quels procédés, à sauver les âmes.

Le divin Maîlre, avec cette admirable intuition des besoins de la société de son temp^, avait donné deux préceptes principaux à ses disciples : prêcher et faire l'aumône. C'est qu'en effet, tels étaient les deux seuls moyen d'action et de bienfaisance applicables aux sociétés orientales et au monde romain : il suffit de connaître scientifiquement le caractère propre des races à formation communautaire et patriarcale, pour le comprendre encore aujourd'hui. Jésus-Christ, doué d'une science divine, et les Apôtres, étudiant d'un regard scrutateur et pratique cette humanité qu'ils étaient chargés de transformer moralement, ne s'y trompèrent pas, ils allèrent droit au but : et l'Évangile régénéra le monde par le double ministère de la parole et de la charité sous forme d'aumône et de propriété commune.

Mais aujourd'hui, les conditions se trouvent changées du tout au tout. Loin de trouver sa perfection dans la forme communautaire, comme l'imaginent, d'accord avec les socialistes, certains esprits superficiels, la société ne peut se relever, au moral et au physique,

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que par la poursuite ardente de tout progrès suivant les indications de l'intérêt individuel, sous l'impulsion de l'initiative privée. Il suffit d'être quelque peu au courant des études sociales vraiment scientifiques, pour se rendre compte de cette nécessité nouvelle * Rêver la reconstitution de la primitive organisation chrétienne sur le type communautaire et patriarcal est donc un formidable anachronisme, une dangereuse illusion.

11 s'ensuit que les deux principales formes d'évangélisalion qui étaient alors en rapport précis et parfait avec les conditions de la vie, sont devenues radicalement insuffisantes. La prédication et l'aumône, sans doute, demeurent et demeureront perpétuellement nécessaires, fécondes : mais elles sont loin de satisfaire comme autrefois à tous les besoins ; elles ne remplissent plus qu'un office secondaire ; il faut quelque chose de nouveau, de plus complexe, de plus fort, pour suppléer à leur impuissance en face des nécessités également nouvelles, plus compliquées et plus formidables. La preuve en est, que ces deux anciens moyens d'action apostolique n'ont jamais été plus développés que de nos jours: jamais les catholiques et le clergé n'ont tant parlé ni donné plus généreusement que dans le siècle présent ; et cependant ce siècle où nous sommes encore est celui qui a combattu la religion avec le plus de fureur, celui qui s'en est éloigné avec le plusd'ensem-

» Développement et preuve de celle idée, plus loin, ch, V et ch. VIL

ble. Le résultat est donc diame'tralement opposé à l'accroissement de l'efTort. Il en ressort clairement que l'effort ne doit plus simplement s'exercer suivant les deux principes traditionnels ; il faut aujourd'hui autre chose que des paroles et de l'or.

Voilà ce que les catholiques n'ont pas encore compris. Sous prétexte de demeurer fidèles aux préceptes du Sauveur, qui leur enjoint seulement de prêcher et de faire l'aumône, ils restent asservis à la lettre mortelle de son enseignement, sans entrer dans l'esprit vivificaleur qui l'inspira. Ils ne peuvent s'imaginer que si Jésus Christ vivait actuellement, entre le xix*^ et xx^ siècle, son premier soin serait d'entrer dans l'intelligence pratique des besoins nouveaux de ce monde transformé p.ir l'industrie et par la liberté civile, et de prescrire à ses disciples vingt autres moyens plus efficaces d'évangéliser les foules. Je suis sûr même que beaucoup parmi ces excellentes gens considéreront comme hérétique la proposition que je viens de formuler. Ils prétenderont que ce langage infirme la divinité du Christ; ils déclareront que, son intelligence parfaite embrassant d'un seul regard tous les temps et tous les lieux, nous devrons toujours nous en tenir à ses indications sans vouloir les compléter par les inventions de notre courte sagesse. Et ainsi ces malheureux ne s'apercevront point qu'ils restent esclaves de la lettre, sans comprendre l'esprit ; que, du môme conp, ils tombent sous l'analhème de Jésus lui-même, lorsqu'il a dit : « La lettre tue et l'esprit vivifie. » Le Sauveur, ayant voulu cacher sa divinité sous l'huma-

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nilé, a parlé et agi en tant qu'homme, en se servant d'une intelligence qui, pour manifester fréquemment sa supériorité divine par ses éclairs et ses intuitions, n'en était pas moins soumise aux lois de la conception humaine et naturelle, Par suite, il n'a voulu laisser apercevoir ce qu'il savait des sociétés humaines que dans la proportion et la modalité de ce qu'en pouvaient connaître les plus éclairés de ses contemporains. Delà ce double précepte, si conforme aux besoins des sociétés communautaires : prêchez et faites l'aumône, parlez du royaume de Dieu et donnez à vos frères indigents. Mais s'il avait vécu de nos jours, il aurait vu que cela ne sufflt pas à des gens que préoccupe avant tout la nécessité d'un travail intense et le souci d'une vie matérielle impitoyable.

§ V. — liaisons philosophiques de celle évolution.

L'homme moderne n'est plus en effet, comme riiomme d'autrefois, et surtout comme l'Oriental, indolemment porté à travers une existence où peu de labeur suffit pour lui assurer le pain quotidien; il ne se sent plus tourmenté par ce besoin de l'infini, ce goût du mystérieux, cette soif de la vertu et de la perfection, que développe aisément l'oisiveté dans le régime patriarcal : il est au contraire aux prises avec la nécessité empoignante de lutter sans trêve pour vivre plus ou moins péniblement ; et pour l'intellectuel et le riche qui aspirent à juste litre à se faire une belle

situation, aussi bien que pour l'ouvrier et le paysan qui songent simplement à mettre du pain sous la dent de leur famille, l'entraînement des affaires, l'absorption du temps et des énergies par le travail sont un obstacle naturel, invincible, aux douces et longues me'ditations que peut faire naître la parole d'un apôtre.

D'autre part, celui qui, écrasé dans ce combat, se trouve réduit à la misère, n'a pas seulement besoin que l'aumône transitoire du plus heureux vienne le soutenir dans sa honte et son désespoir : il sent bien plutôt la nécessité d'un relèvement physique et moral.

D'ailleurs, celui qui possède, se voyant perpétuellement sollicité à engouffrer ses économies dans cette improductive assistance dont l'effet le plus clair est de mullipherles solliciteurs au lieu de les réhabiliter, finit par se fatiguer malgré toute sa bonne volonté : et le moment vient où la charité, n'en pouvant plus, disparaîtra commme tant d'autres belles choses.

L'apôtre moderne a donc mieux à faire que de dissiper ses forces dans ce double ministère exclusil, où les résultats ne peuvent plus être en rapport avec le bon vouloir. Il lui faut entrer résolument, sans abandonner celle-là, dans une voie parallèle que Notre Seigneur lui-même s'empresserait de lui montrer s'il n'avait voulu laisser à la raison et à l'initiative de ses successeurs à travers les âges le soin de développer l'esprit de son enseignement en inaugurant successivement les diverses applications de ses principes»

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§ VI. — Avantages pratiques.

Celte voie nouvelle consiste à entrer activement dans la vie sociale, à prendre en main les intérêts mate'riels dont la prospérité est aujourd'hui, par une nécessité inévitable, la préoccupation dominante de tous les esprits. Tel est le seul moyen de conquérir la confiance publique, que nous avons perdue. Tant que nous resterons hors de cette voie, les gens ne consentiront pointa nous suivre à l'église. Ils penseront que en ne peut être pour leurs véritables intérêts que nous les invitons à y entrer, puisque nous manifestons un dédain si complet pour ce qu'ils considèrent, de leur côté, comme leur premier et unique intérêt : le travail et la subsistance, les affaires et la prospérité matérielle. Ils seront donc convaincus que nous visons notre propre satisfaction, que nous cherchons à dominer les consciences et à faire pleuvoir l'argent dans notre escarcelle. Du jour où nous aurons su leur prouver, au contraire, que nous sommes les plus actifs et les plus intelligents ouvriers de leur bonheur temporel, ils aimeront à nous croire lorsque nous leur affirmons l'importance supérieure du bonheur éternel ; l'EgUse redeviendra pour eux ce qu'elle était pour les Barbares, transformés, sous l'impulsion des Bénédictins, en heureux et prospères agriculteurs.

Oui, c'est bien là rester fidèle aux prescriptions du Sauveur. Que s'est-il proposé, en définitive ? 11 s'est

proposé de répandre dans ses difciples l'esprit de dévouement. Et en quoi consiste le dévouement, sinon à se donner à quiconque a besoiti de secours? Mais il peut exister vingt manières de se donner, suivant les nécessités accidentelles des temps et des personnes. A nous de choisir celle qui convient le mieux à notre époque et à nos contemporains.

Or, nous pouvons en être sûrs, en servant avec assiduité, avec une activité sans découragement, avec une intelligence appliquée, les intérêts pratiques des classes laborieuses, nous exercerons un dévouement aussi méritoire, aussi agréable à Dieu que le dévouement de la Sœur de charité soignant les infirmes : les travailleurs oppressés sous le faix de la vie ne sont-ils pas aussi les membres souffrants de Jésus-Christ? Inutile d'allernous enfermer dans un cloître pour nous donner entièrement au service de Dieu : nous donner, nous donner généreusement, sans réserve, en sacrifice plein et fécond, cela nous est aussi facile dans n'importe quelle situation séculière, il suffit de nous vouer à l'assistance du peuple par le travail et non plus par l'aumône.

§ VII. — Conséquences politigies.

Outre les satisfactions intimes dont nous comblerait cet apostolat d'un nouveau genre, il est aisé de prévoir les immenses avantages que le catholicisme en recueillerait dans l'ensemble de la nation. Sans cesse nous nous extasions devant la perversion politique de nos popula-

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tiens les plus chrétiennes, dont un grand nombre choisissent comme représentants les adversaires de leurs opinions conservatrices et religieuses. Nous attribuons cette contradiction à je ne sais quelle perturbation du sens moral et du simple bon sens, qu'engendre le système du suffrage universel. Nous ne pouvons expliquer autrement comment ces braves paysans, que nous avons préparés aux élections par une mission à grand succès, et que nous avons vus communier à l'église quinze jours auparavant, choisissent comme député notre ennemi avéré, le radical et le franc-maçon. Et nous ne réfléchissons pas que la faute en est à notre conduite apathique et aveugle, à notre indifférence pour la prospérité de nos paroissiens. En excellents logiciens, ils réfléchissent que, ne comprenant rien à ce qui fait leur vie pratique, nous ne serions pas capables de bien gérer les affaires publiques, lesquelles pour être plus considérables sont toujours des affaires. Arrive le petit avocat, doué en ces matières d'une faconde incomparablement supérieure à la nôtre. Il lui suffit d'ouvrir les lèvres pour démontrer qu'il représentera bien mieux, à la Chambre, les inlérêls du pays : puisque le curé n'y entend rien, qu'on le laisse à son église. Voilà comment nous nous sommes fait claquemurer dans noire sacristie. Il est encore temps d'en sortir. Le pouvoir politique, par notre élection, ou du moins par celle de notre candidat, sera la première récompense du dévouement que nous aurons témoigné en nous donnant aux œuvres sociales et à la prospérité populaire.

§VI1I. — Vrai caractère de l'apostolat moderne indiqué par l'exemple et le succès des cierges étrangers.

On voil ainsi qu'il y a pour le prêtre deux manières toutes différentes de se mêler au monde : l'une est égoïste et consiste à rechercher, spécialement dans la compagnie des classes riches, nos aises et nos satisfactions. C'est de la sorte que nous devenons de simples bourgeois, stériles et méprisables. L'autre est généreuse, féconde, vraiment divine et évangélique : elle consiste à nous consacrer laborieusement à la prospérité publique, à celle des pauvres gens qui nous entourent, afin de pénétrer peu à peu jusqu'à leurs âmes.

Lorsque, portant enfin nos regards par-delà le cercle étroit de nos chères routines, et cessant de nous considérer vaniteusement comme la première église du monde, nous aurons consenti à comprendre le siècle où nous vivons et à étudier ce qui se passe autour de nous, facilement nous constaterons que le succès de l'apostolat dans les sociétés modernes, tient beaucoup moins à la sainteté mystique appelée ascétisme qu'à l'activité intelligente et infatigable, à la connaissance approfondie du monde nouveau, dirigeant les méthodes pratiques capables d'atteindre les gens et de nous concilier leur confiance afin de parvenir à leur inculquer notre foi et leur faire admettre notre morale.

La conduite et le succès du clergé américain sont particulièrement instructifs à cet égard. Avec une somme moyenne de vertu et de sainteté qui ne le cède en rien à

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celle dont nous sommes à juste titre si fiers, les prêtres catholiques ont su développer en eux au contact de la socie'lé des États-Unis — laquelle sera, qu'on le veuille ou non, le type des sociétés de l'avenir, — une foule de qualités d'aclion et de procédés pratiques pour lesquels nous n'éprouvons habituellement qu'une sainte horreur, par suite de l'aveuglement où nous plonge notre vieille et fausse manière d'entendre la sainteté. La sainteté, à leurs yeux, consiste à se dépenser corps et âme, nuit et jour, par tous les moyens, dans tous les lieux, envers toute sorte de personnes, à propos de toutes les circonstances imaginables, pour prouver aux gens que l'on s'intéresse d'abord à leurs affaires et à leurs besoins matériels, afin d'arriver ainsi petit à petit à leur faire partager l'intérêt que l'on porte surtout à leurs âmes. Tout ce mouvement, naturellement, est appuyé secrètement sur les secours mystiques dont un bon prêtre ne doit jamais perdre de vue la nécessité s'il veut obtenir de Dieu la grâce seule capable de féconder ses efforts. Non moins évidemment, cette action extérieure et humaine doit se compléter par la mise en œuvre des divers moyens que met à notre disposition le ministère religieux: prédications et retraites, exercice de la charité et administration des Sacrements. 11 n'en est pas moins vrai que, dans la pratique courante de la vie, notre conduite vis-à-vis du public est aussi efficace à nous mériter la défiance et l'hostilité, ou tout au moinsl'indifférance, que celle du clergé américain est, par la force des choses, propre à lui attirer l'estime, la sympathie, l'attachement et la fidélité.

Ne cherchons pas un prétexte à d'illusoires et paresseuses justifications, en prétendant que nos vieilles sociétés sont beaucoup plus difficiles à saisir et à réformer, qu'elles sont trop perverties par l'action séculaire de l'irréligion, et irréductiblement entraînées dans un abîme de corruption. On ne saurait dire si à ce point de vue l'avantage est pour nous ou pour les Etats-Unis. Nul n'ignore que la population immigrante de l'Amérique n'est pas toujours recrutée parmi ce que le vieux monde possédait de meilleur. De plus, l'Église catholique, en ce pays, a pour principaux adhérents des Irlandais, des Français, des Espagnols et des Italiens, qui sont tous gens désorganisés et fort difficiles à enrégimenter dans l'armée du bien. Enfin, depuis le début de l'organisation coloniale jusqu'à ces dernières années, il a toujours régné parmi les Protestants, à plus forte raison parmi les incrédules de ces aimables contrées, une hostilité des plus haineuses à l'endroit du catholicisme, hostilité compliquée des préjugés souvent les plus absurdes, parfois les plus infâmes. On voit donc qu'à tout prendre les Français sont un peu moins inabordables.

Mais au lieu de se plonger d'ins le système des silencieuses prudences, au lieu de passer leur temps à verser des larmes au pied de l'autel — ce qui serait excellent, mais ce qu'à vrai dire nous pratiquons peu — les prêtres américains se sont mis à l'œuvre avec le caractère propre de leur race, qui ne recule jamais devant une montagne, et que vingt échecs successifs ne peuvent déterminer à se croiser les bras. Journellement,

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à chaque heure, sans perdre une nninule à jouer aux caries, ou à se prélasser chez les grands seigneurs et les milliardaires, ils ont essayé de se fondre avec la population, delui montrer qu'ils s'entendaient parfaitement à ses affaires et qu'ils pouvaient lui rendre service. A la campagne, ils causent sans cesse avec le cultivateur, se montrent experts en agriculture, indiquent les bonnes méthodes et trouvent des débouchés avantageux. Avec l'ouvrier, ils font preuve d'intelligence industrielle et commerciale, prennent part aux délibérations publiques sur l'établissement d'un tramway électrique ou l'assainissement des égouts. Envers tous, ils montrent le plus grand intérêt pour la prospérité de la famille, le confortable des logements et de toutes les conditions pratiques de la vie ; ils s'informent des enfants, connaissent tous leurs paroissiens parleurs noms et qualités, les traitent publiquenaent et en particulier comme des amis, et prouvent qu'ils savent se dévouer pour chaque individu aussi bien que pour l'abstraction de la paroisse. Bref, ils montrent de l'intelligence et du cœur, de la volonté aussi, car on sait ce qu'ils veulent. Ils cherchent à se mettre à la tête de toutes les initiatives, organisent des corporations et des syndicats, dans une mesure telle que ces mille activités sont pour eux la vie quotidienne, tandis que pour nous c'est un phénomène rare, qui nous en fait regarder l'auteur comme un apùtreou un excentrique. Au reste, c'est une misérable défaite, que d'alléguer la différence considérable des races, comme le font trop souvent les catholiques français lorsqu'on les invite à imiter leurs frères

d'Amérique. S'ils ne veulent s'inspirer que des races européennes, ils ont à leurs portes l'exemple du centre allemand, celui du parti catholique belge, dont nous pourrions dire exactement ce que nous avons dit des Américains. Nulle excuse n'est valable, quand c'est au fond la veulerie et la lâcheté qui seules nous arrêtent.

§ IX. — Exemple du même caractère dans le clergé français : cet exemple nest pas souvent imité.

Mais ne calomnions pas trop notre clergé français. Il n'est pas encore tout sorti de la chrysalide : du moins il commence, et il a de quoi mener à bien sa mélamorphose. Si l'Amérique a ses Gibbons et ses Ireland, nous avons nos petits lutteurs à côté de nos Lavigerie.

a Certes, disait fort justement le journal des Débats au moment de la mort de ce grand athlète, certes le Primat d'Afrique, avec sa face virile, ses allures dégagées et conquérantes, la chaude rudesse de sa généreuse parole, était fait pour déconcerter ceux qui croient que les hommes d'Église sont condamnés, par nécessité d'état, à garder irrémédiablement une mine confite, une parole doucereuse, des façons circonspectes et des timidités de sacristie. Il n'y avait rien de tout cela chez l'illustre cardinal, rien non plus du chanoine placide qui s'endort béatement dans sa stalle, aussi loin que possible du bruit du siècle et des affaires de ce monde. Monseigneur Lavigerie a traversé la vie d'un pas allègre et décidé, l'œil ouvert sur les hommes et sur les choses, l'esprit occupé par toutes les misères

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politiques et sociales auxquelles tout homme de cœur doit lâcher de porter remède... Visiblement il dirigeait toute l'énergie dont débordait sa puissante nature vers deux buis bien déterminés : résoudre l'antinomie longtemps irréductible qui divise douloureusement le cœur des prêtres français, en réconciliant la France avec le Saint-Siège, la République avec la Catholicité; ensuite, maintenir l'Église dans son rôle primitif et nécessaire, qui est d'empêcher les iniquités sociales, de s'interposer pacifiquement entre les forts et les faibles, de s'opposer à l'aliénation de la liberté humaine et de prendre en main la cause des faibles et des opprimés. »

Plût au ciel que le clergé ne se contentât point d'accorder à ce grand et tout moderne caractère une eslime admirative, pleine de réserves inavouées, peut-être même inconscientes ! Il n'est pas un membre du clergé, séculier ou régulier, qui ne dût adopter cette ligne de conduite jusque dans les affaires qui le concernent personnellement, afin d'être prêt à se lever hardiment, en dépit de toutes les prudences humaines, non seulement contre les grandes iniquités législatives et sociales, mais contre les empiétements et les tracasseries des plus petites municipalités de village : telle devrait être aujourd'hui l'une des véritables manifestations de l'esprit apostolique, l'une des m^inières efficaces de remplir notre mission évangélique envers les peuples affamés de justice.

Le clergé français, dans son ensemble, ne parait pas cependant avoir encore compris ces nécessités nouvelles. Il forme un corps d'excellents administrateurs,

et de bon bourgeois un peu mystiques, tout ce qu'il y a de plus honnête dans la bourgeoisie : Mais nos prêtres ne manifestent pas jusqu'à présent d'autres qualités. Demandez-leur autre chose que de remplir leur rôle de fonctionnaires ecclésiastiques, fonctionnaires sagaces et éclairés, doux et fermes, assidus et dévoués, je vous l'accorde : vous leur demandrei plus qu'ils ne savent faire. Jetez-les un peu au milieu de la vie réelle, fiévreuse et violente, du peuple dont ils ont la charge spirituelle ; mettez-les en face de la mauvaise presse qui infecte les cités et les provinces jusqu'aux moindres villages ; engagez-les à lutter contre la dissolution qui envahit jusqu'aux bourgades; étudiez leur maintien en face des anarchistes, qui ne tarderont guère à bombarder aussi leurs églises : les voilà aux abois, ils ne savent plus où donner de la léte, le moindre curé assiège son évêque, qui n'en peut mais et lui répond: Tirez-vous de là comme vous pourrez, mais surtout ne me faites pas d'affaires ! C'est la désorganisation et l'impuissance, dès qu'une paille vient se glisser dans l'engrenage traditionnel. Nos hommes n'ont pas de front pour la lutte, ou s'ils en ont il n'y a pas\le cervelle dedans, il n'y a que la force brutale du crâne, qui tape en aveugle et accumule les bêtises.

Il y a donc une évolution nettement caractérisée qui s'impose au parti catholique en faveur des intérêts vitaux de la nation, comme contre partie à l'évolution de nos ennemis en faveur de nos libertés.

C'est ainsi que doit se compléter le premier caractère de l'esprit nouveau.

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