M. WALDECK-ROUSSEAU
Interpellation soutenue à la Chambre des Députés.
Séance du 14 novembre 1899,
m. le président. — La parole esta M. Cochin.
m. denys cochin. —Messieurs, je suis aux ordres de la Chambre, bien que je ne me fusse pas attendu à ce que cette interpellation serait fixée dès le premier jour de la rentrée, et y fut discutée. ( Interruptions à gauche.)
Je ne crois pas avoir rien dit de nature à motiver une interruption. Je n’ai fait que rappeler un usage constant et fort raisonnable. Mais puisque, après une si longue attente, les choses sont si pressées, je n’insiste pas.
Je compte seulement, à cause de cette précipitation d’abord, sur la bienveillance que mes collègues
l’esprit nouveau
m’ont toujours témoignée. J’y compte pour deux raisons : la première, c’est qu une partie de mes collègues consentira évidemment à m entendre; je parle de ceux qui ne sont pas favorables au ministère que j’ai l’intention d’attaquer. Eli autre partie de mes collègues, ceux qui sont favorables au ministère, aura à cœur aussi, je pense, de vouloir bien me laisser la parole libre, d abord par la déférence habituelle pour un adversaire, et puis parce qu'ils se diront que peut-être j’abonde dans le sens que désire le ministère et que peut-être c’est une faute pour un membre de l'opposition de droite d’être le premier à l’attaquer. En faisant cela, je crois prouver que je ne me préoccupe en rien des finesses et des habiletés parlementaires. {Très bien ! très bien ! à droite.)
Je ne me montre pas tacticien ; je n’ai qu’une ambition : c’est de me montrer — comme j’ai toujours essayé de le faire dans cette Chambre absolument loyal et véridique, et de dire très simplement aux ministres quelles sont les raisons pour lesquelles, avec un très grand nombre de mes amis, je leur refuse ma confiance. {Applaudissements à droite.)
Messieurs, lorsque j’ai eu l’honneur d’écrire à M. le président du conseil, je ne lui ai pas dit,
GOUVERNEMENT DE WÀLDE C K-R O U S S E A. U 341
comme il vient de le déclarer, que je l’interpellerais sur sa politique générale. J’ai eu soin de dire, au contraire, qu’il me paraissait impossible de développer une interpellation sur ce terrain.
Et en effet, messieurs, à première vue, au début, comment pouvais-je me faire une conception politique, une conception philosophique des intentions de ce ministère et de ce qu’il réserve à notre pays’? Comment pouvais-je le faire en me rappelant le souvenir de ces années passées? Les hommes qui siègent ensemble sur ces bancs, je les ai vus livrer Lun.contre l’autre les batailles les plus ardentes; je les ai vus non seulement se combattre à outrance à la tribune de la Chambre et du *Sénat, mais parcourir le pays, faire dans toutes les villes des conférences, soulever l’opinion Lun contre l’autre, dire l’un et l’autre à ce pays que la politique adverse était la perte de la France.
J’ai là les discours de M. Waldeck-Rousseau, et à Roubaix: et à Saint-Etienne, où il dénonçait à l’opinion, avec toute la puissance de son énergie, de son éloquence et de sa science économique, la politique néfaste de M. Millerand. (Applaudissements à droite et sur divers bancs au centre .) Oui ces deux grands adversaires ne se sont pas mesurés seulement dans des discussions parlementaires au Palais-Rourbon
i/esprit nouveau
ou au Luxembourg; ils ont fondé des comités, réuni des fonds,.créé des journaux, comploté l’un contre l’autre pour soulever une moitié de ce pays contre l’autre moitié.
Un membre à gauche. — Contre la République?
m. denys cociiin. — Contre la République,'ditesvous, monsieur? Je parle de deux membres du cabinet que vous soutenez. Je pense qu’ils étaient tous les deux d’excellents républicains, à votre goût ; seulement l’un considérait en ce temps-là que la République conçue à la façon de l’autre était la perte de la République et de la France. Qu’en pensez-vous aujourd’hui?
Mais les événements m’ont trompé. Lorsque je parlais ainsi, lorsque je disais : Je me garderai bien de vous interpeller sur votre politique générale et me contenterai de vous demander compte de vos actes, je le déclare ici, et j’en fais mes excuses au ministère, je me trompais : il y avait une politique générale du ministère. Elle avait été acceptée le jour où le pacte a été conclu. Et j’ai le droit de dire, bien que le langage soit dur, que, malgré tant de promesses contraires, les ministres actuelsforment un cabinet homogène.
Cette politique du cabinet, quelle était-elle? J’ai essayé de m’en rendre compte en écoutant les pa-