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CHAPITRE IL

De l'Hérédité. — Nouveauté des couches sociales.

Les dispositions qu'un peuple reçoit de ses ancêtres, par une hérédité continue, sont si fortement empreintes, qu'elles peuvent paraître invincibles. Si elles Tétaient en effet, l'histoire ne serait qu'une répétition successive. Pourquoi se renouvelle-t- elle ? Parce que sur le fond des anciennes habitudes naissent un nouvel esprit, de nouvelles aptitudes qui, en se fortifiant de génération en génération, deviennent à leur tour comme une seconde nature.

Le catholicisme était au moyen âge le fond "héréditaire des Français. On eût pu croire que leur tempérament était fixé, qu'aucune variété ne se montrerait à l'avenir.

Cependant, par la Renaissance, la Réforme, la Philosophie, on vit des instincts jusque-là inconnus se produire et faire souche. Aujourd'hui, ils

se sont si bien enracinés, que nous voyons deux France aux prises, l'ancienne et la nouvelle; et celle-ci montre toute la vitalité qui manque à Fautre.

Le grand point est de distinguer ce qui est vraiment hérédité de ce qui n'est qu'imitation. Car celle-ci joue un grand rôle dans ce que Ton présente comme la tradition reçue des ancêtres. Autant le fait de l'hérédité est tenace, autant ce qui vient de l'imitation est éphémère.

Si la réaction française était réellement un phénomène d'hérédité, elle n'eût jamais été libérale. Elle aurait reproduit, à toute occasion, sous tous les régimes, le même caractère. Mais si vous voyez des hommes passer les quarante premières années de leur vie dans l'esprit moderne et se jeter dans l'esprit de réaction dès qu'ils touchent au pouvoir, concluez hardiment que l'hérédité organique n'est pour rien dans ce changement.

Quand je vois ce que l'ancien régime appelait la ribaudaille revenir à l'esprit de l'ancien régime dès qu'elle est enrichie, # je reconnais là un fait d'imitation, non pas d'hérédité.

Le parvenu, l'enrichi que j'ai sous les yeux, contrefait le grand seigneur, non point parce que ses ancêtres ont été grands seigneurs, et que son cerveau a reçu cet instinct par hérédité, mais seulement parce qu'il trouve bon d'imiter le con-

traire de ce qui lui a été transmis par ses ancêtres. Lutte entre l'organisation et l'imitation. L'organisme fait l'homme du peuple, l'imitation fait le parvenu.

De là, l'instabilité en toutes choses, le néant du caractère ; le changement en un jour d'idées, de vues, de projets, de traditions. Aucune famille ne conserve le même tempérament. Le père était janséniste, le fils est jésuite. Telle famille était libérale, du jour au lendemain elle devient absolutiste. On croit se faire une noblesse de sang, si l'on singe instantanément les préjugés de la noblesse. -

C'est dans le même homme la guerre entre le naturel qui lui vient de ses ancêtres et celui qu'il veut se donner par faux air. Mais qu'est-ce que le faux air peut produire de durable? Le renie-" ment de leurs aïeux de la plèbe, voilà ce qu'ils appellent tradition.

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