‹ L'esprit politique de la RéformeChapitre 10 sur 21 · I.E RAPPEL DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

I.E RAPPEL DES JÉSUITES

grès de cette race prolifique qui s'étendait sur l'humanité comme une nuit malfaisante pleine de mauvaises odeurs et de périls.

Il comparait avec raison ces « mystérieux couvents d'assassins» obligés d'obéir à leur général comme s'il était le Christ descendu sur terre, à ces Haschichins ou Ismaéliens qui, sur un ordre du vieux de la Montagne, partaient au bout du monde, assassiner la victime désignée.

Les curés de Paris se joignirent à l'Université contre les jésuites, qu'ils accusaient de troubler la hiérarchie ecclésiastique et d'usurper leurs fonctions. Louis Dolé fut leur avocat. Charles Duret défendit les jésuites.

Cette fois encore cette double requête ne fut pas écoutée de la cour, et la cause fut ajournée.

Mais la même année, un événement vint plaider contre eux, avec une éloquence plus persuasive que Dolé et Arnaud.

Jamais roi n'a été plus qu'Henri IV averti de sa fin violente. Amis et ennemis, les faits euxmêmes lui prodiguèrent les avis et les menaces. Le 27 décembre, sur les sept heures du soir, en plein Louvre, il fut blessé par Jean Chastel à la bouche. Comme il montrait, à quelque temps de là, sa lèvre percée à Agrippa d'Aubigné : «Vous n'avez encore renoncé Dieu que des

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«lèvres, lui répondit le vieil indomptable hii- «guenot ; il n'a- percé que la lèvre ; mais quand «vous le renoncerez du cœur, il percera le «cœur.» La ducliessse de Beaufort (Gabrielle d'Estrées), qui était présente s'étant écriée: Oh! les belles paroles, mais mal employées ! — Oui, répliqua d'Aubigné, parce qu'elles ne serviront à rien.

Comment les paroles eussent- elles servi, si les attentats même, essayés contre lui, étaient pour Henri IV des avertissements inutiles! Inutiles, je me trompe, ils ue le furent pas: la terreur qu'ils causèrent à cette âme de guerroyeur viendra singulièrement en aide, un peu plus tard, aux considérations politiques qui le décideront à rappeler les jésuites. En se livrant à eux, il croira se racheter de leur haine et de la malignité occulte de leurs desseins. Le poignard de Ravaillac apprendra ce que valent les concessions pusillanimes envers un tel ennemi qui, loin d'eu être touclié, en fortifie encore son orgueil et sa vengeance. Mais n'anticipons pas, et revenons à J. Clinstel.

C'était un pauvre fou de 29 ans qui avait été élevé en partie chez les jésuites. Il leur avait entendu dire qu'Henri IV était hors l'Eglise, et, par conséquent, hors la loi, n'ayant pas encore

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été relevé de l'anathème de Grégoire XIV par l'absolution papale. Les bons catholiques ne pouvaient supporter un roi qui, malgré son abjuration à Saint-Denis, n'était encore qu'un catholique fort suspect. Le procès de Chastel révéla la complicité, plus ou moins directe, de deux jésuites, Granet et Guinard. Le dernier avait écrit des lettres apologiques de l'assassinat d'Henri III, ce qui était la méthode habituelle pour faire un nouveau Clément; «Si, en l'an 1572, disait ce père, au jour de Saint-Barthélemy on eût saigné la vessie royale, nous ne fussions tombés de la fièvre au chaud mal. Pour avoir pardonné au sang, ils ont mis la France à feu et à sang, et ca2mt recidertmt mala. Le Néron cruel (Henri III) a été tué par un Clément , ce moine simulé, dépêché par un vrai moine. Le plus bel anagramme qu'on trouva jamais sur le nom du tyran défunt (Henri III) est celui par lequel on disait: Titan Hérodes. La couronne de France pouvait et devait être transférée à une autre famille que celle des Bourbons. Le béarnais, quoique converti à la fois catholique, serait traité plus doucement qu'il ne mériterait si on lui donnait la couronne monacale et quelques couvents, pour tant de maux qu'il a faits à la France; si on ne le peut déposer sans guerre

qu'on le guerroyé, si on ne peut par la guerre, qu'on le fasse mourir. »

Un peu plus tard (1599) Mariana, dans son livre Pro rege et de rcgis inslitutione affirmera, également, qu'un ^rrêt de l'Église suffit à déposséder un prince et à le vouer à la mort. Il fera aussi l'apologié de Clément, «qui est l'éternel honneur de la France» et enfermait en un corps délicat, « un esprit simple et une force supérieure. »

Jean Chastel fut condamné à avoir la main droite coupée et à être écartelé par quatre chevaux. Granet fut pendu et brûlé ; Guinard étranglé à une potence «plantée à cet effet», eu place de Grève. Les jésuites en firent des martyrs. L'image de Granet fut placée sur leur autel avec cette inscription : Granelus pro fide catJioUcà suspensus (Granet pendu pour la cause de la foi catholique).

Les jésuites, cette fois, furent enfin expulsés par un édit du 7 janvier 1595, «comme corrupteurs de la jeunesse et perturbateurs du repos public, ennemis de l'État et du Roi.»

Mais, chassés du royaume, ils ne désespérèrent point d'y rentrer. L'abjuration d'Henri IV, si solennelle qu'elle eût été, ne suffisait point, nous l'avons déjà dit, aux ardents catholiques

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et à ce qui restait encore de ligueurs passionnés. Les procès de ses assassins lui révélaient que pour une partie de la nation il n'était encore que le béarnais, le prince des parpaillots, tant qu'il n'avait pas été relevé «papalement» de l'excommunication de Grégoire XIV. Il faisait donc négocier activement, à Rome, cette absolution auprès de Clément VIII. Un autre intérêt politique l'obligeait à ménager le pape : sur le point de faire la guerre à la grande puissance catholique du siècle, à l'Espagne, il avait besoin de mettre le pape hautement de, son côté, afin qu'en France le parti catholique ne lui causât pas de nouveaux embarras religieux. Il ne ménagea rien pour cela, n'eut aucun scrupule, aucune retenue, aucune pudeur. Les jésuites, à Rome, présents auprès de Clément VIII, par Acquaviva, leur quatrième général, le tenaient, par là, en échec. Le pape, investi de leurs intrigues, n'absoudrait Henri IV et ne le protégerait qu'à la condition que le roi consentît à rappeler les jésuites et à donner entrée en France aux articles du concile de Trente. Les négociateurs d'Henri IV se trouvaient donc à Rome, en réalité, vis-à-vis des jésuites, et ils avaient à combattre encore l'influence du roi d'Espagne, Philippe II, qui, par tous les moyens, tachait

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d'empêcher la conciliation du pape et du roi. Enfin, le 11 septembre 1505, l'absolution lui fut donnée par procuration, sur le portail de Saint-Pierre de Rome, devant une grande multitude. Henri IV s'était engagé vis-à-vis du pape à rétablir partout la religion catholique et à remettre prompteraent et intégralement dans tous leurs biens les églises et les monastères ; à faire obéir en France le concile de Trente, et à établir dans chacune de ses provinces un monastère de minimes et de mendiants, hommes ou femmes. Henri IV, dans une lettre, affirmait au pape «que Dieu serait glorifié en son bon œuvre, son Église restaurée en France, le saint-siège honoré et respecté comme il devait l'être, et obéi à perpétuité par les Français.» C'était beaucoup promettre.

Il ne faut pas oublier que ceci se passait trois ans avant l'édit de Nantes.

La fin prouvera que les jésuites n'avaient point été oubliés. Pendant les années suivantes, le pape insista assidûment auprès du roi pour qu'il les rappelât. Henri IV tâchait d'éluder et d'ajourner. 11 avait bien d'autres négociations entamées avec le pape et qui, toutes, devaient aboutir à peu près en même temps. Il poursuivait la dissolution de son mariage avec Margue-

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rite de Valois qui s'y refusait âprement, de peur de voir à sa place, sur le trône, la maîtresse de son mari, 0-abrielle d'Estrées. La mort de Gabrielle, qui arriva mystérieusement en 1599, leva bien des difficultés. Le divorce fut prononcé, et Henri IV put épouser la iille de François de Médicis, grand-duc de Toscane, Marie de Médicis. C'était une nouvelle alliance entre le roi et le pape.

Les jésuites en triomphèrent, et encore plus par la suite. D'ailleur^ ces bannis étaient partout en France; en L")9(J, àNimes, par exemple, ayant changé de nom pour éluder l'édit de 1.594, ils agitaient la ville par d'ardentes controverses contre les protestants ; le père Cotton, le futur confesseur d'Henri IV, était de ces zélés. Les parlements de Bordeaux et de Toulouse les avaient maintenus dans la Guyenne. A Avignon, ils organisèrent une réception splendidc à Marie de Médicis qui arrivait d'Italie, escortée, à leur goût, de l'adultère et du crime. Un jésuite, François Juarès, lui li:, là, une belle harangue pleine d'espérances et.de promesses. Cette femme était leur espoir ; elle allait former, à la cour, un centre favorable aux conspirations contre les projets, contre la vie du roi.

« On m'a envoyé, écrit la duchcose de Bouillon,

«la peinture de la reine, qui sera, qui est une «belle princesse et encore plus agréable. C'est «une beauté claire- brune, la bouche un petit «grosse, l'œil noir, le front grand, fort en bon «point; coiffée comme l'on se coiffe, la fraise « plus petite que celle que vous portez : c'est une «grande douceur de visage: il n'y arien là qui «approche de la beauté de la défunte (Ga- «brielle).»!

Ce n'est point que Marie de Médicis eût une grande influence sur Henri. A première vue, il avait été désappointé. Et, par suite, ils firent un assez mauvais ménage. Le roi ne voyait point, sans jalousie, parmi tous les aventuriers italiens dont la reine était entourée, tel qui passait pour être un amant (Concini), ou tel autre qui, disait-on, l'avait été (Virguno Ursin). La reine, de son côté, se plaignait fort des maîtresses de Henri. Enfin, le royal ménage se livra plus d'une fois à des querelles où les mains ne restaient pas tranquilles, «d'où le roi sortait égratigné et la reine meurtrie.» Rosny était l'intercesseur habituel de ces disputes batailleuses. Le roi, plus d'une fois, eut envie de la rendre à ses parents. D'ailleurs ils se craignaient l'un

' Bulletin de l'histoire du xirotest. (février •1874. p. 71).

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l'autre, et s'empressaient de ne point toucher aux mets qu'ils s'envoyaient par une galanterie mutuelle.

Mais si Marie n'avait point sur le roi d'influence personnelle, elle en avait une indirecte par les alliances qu'elle lui procurait. Il ne pouvait se débarrasser d'elle par un divorce. Elle était la reine ; sotte d'ailleurs, coquette ot vaniteuse, enveloppée de galants qui s'extasiaient perpétuellement sur la beauté de ses seins et de ses bras, sa nullité autant que ses passions faisaient d'elle la joie et l'espérance de tous les intrigants et de tous les comploteurs.

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