LA RÉFORME N'EST PAS UN SYSTÈME MAIS UN ESPRIT
Pour achever de connaître le parti protestant au début de la grande réaction du XYIP siècle, pour apprécier le plus exactement possible sa situation, sa force et sa vitalité, il est nécessaire de jeter un coup d'œil sur son organisation ecclésiastique et politique ; nous tâcherons de pénétrer et de définir l'esprit de ses assemblées, et de voir où tendaient les principaux débats dont elles furent agitées. Comme nous ne faisons point ici de l'histoire religieuse proprement dite, les dogmes, les liturgies, les rites, les confessions de foi, les disciplines, ne nous intéressent que par leurs rapports rationnels avecles idées et les événements politiques. Nous ne nous y arrêtei-ons que le temps nécessaire pour y surprendre les révélations et les passions de l'esprit nouveau qui s'est manifesté par eux.
19 i L'ESPrUT POLITIQUE DE LA RÉFORME
Comme toutes les révolutions, la Révolution religieuse est née d'un vague désir de réforme que les abus croissants du clergé catholique et de la papauté avaient suscité et, de jour en jour, fortifié et précisé dans toute la chrétienté. On s'imaginait naïvement que la gêne qu'on ressentait du catholicisme ne venait point de la religion elle-même, mais des hommes qui l'avaient détériorée et dépravée. Il ne s'agissait d'abord que de détruire quelques vices qui déshonoraient la sainte figure de l'Église ; d'arrêter, par une discipline sévère, le clergé régulier et séculier qui se répandait dans toutes sortes de licences; de ramener l'autorité papale dans le cercle des choses de la foi et de l'y renfermer ; et, aussitôt, le malaise moral des peuples eût cessé, que vexait, grevait et amaigrissait l'infatigable avarice des prêtres, et que leur corruption scandalisait et démoralisait. Sous la bénédiction de meilleurs pasteurs, l'Eglise, croyait-on, se relèverait plus sainte, plus belle que jamais, dans l'extase de sa foi primitive.
De grandes intelligences, des âmes sérieuses s'étaient épuisées et désespérées à cette illusion impossible. L'Église, incorrigible, avait arrogamraent triomphé d'elles. Leurs prières, leurs observations, leurs colères, les menaces de l'hé-
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résie qui s'essayaient dans d'héroïques précurseurs, ne purent la faire renoncer à aucune de ses iniquités; elle en accumula, au contraire, de nouvelles par-dessus celles qui faisaient déjà la lamentation de ses plus fidèles. Alors survinrent des esprits plus logiques, des cœurs plus impatients, des imaginations plus passionnées, des raisons plus clairvoyantes qui comprirent que cette insolence de l'Eglise était, en réalité, une impuissance ; que si elle était devenue un scandale universel, c'était nécessairement, inévitablement, par le développement logique de son propre principe ; que changer les hommes, tenter de les améliorer, ne signifiait rien, car c'étaient les dogmes et les doctrines qui étaient coupables des erreurs et des crimes des hommes; que la réforme extérieure de la discipline et des règles serait inhabile à rendre la vertu à cette Eglise qui engendrait d'elle-même, de sa propre chair, sa corruption, c'est-à-dire le mensonge, l'hypociùsie, la violence et la fraude; enfin, que ce n'étaient point les hommes viciés qui portaient l'immoralité dans le sacerdoce, mais l'Eglise, qui, tout autour d'elle, la propageait dans le genre humain comme une épidémie.
Certes, la révolution religieuse n'avait pas,
clans ses premiers ouvriers, cette conscience de sa négation. Elle fut en eux beaucoup plus passion que pensée, et elle n'avait point la prévoyance de toutes les conséquences qui sortiraient d'elle. La Révolution française ne se connut pas non plus (Jès le commencement; elle aussi, croyait d'abord n'être qu'une réforme : elle ne se proposait que de redresser et de corriger les abus ; et longtemps elle se rêva de calmes destinées sous la royauté, régénérée dans les vœux du peuple ; avant d'être une république militante contre la malveillance du monde entier, elle fut, en désir, une démocratie royale, une royauté constitutionnelle, une royauté démocratique, etc.
La logique vivante des événements la poussa hors de ces rêves, où elle se fût perdue. La révolution de 48, aussi, ne devait être qu'.une réforme, et elle fut, par les questions sociales hardiment posées et par la conquête du suffrage universel, le véritable commencement de la démocratie en France. Les procédés et la méthode que la nature emploie à l'infinie ti'ansformation des choses, se reproduisent instinctivement dans l'histoire de l'homme. Une réforme politique en appelle nécessairement une autre, et, de proche en proche, s'étendant à