LA RÉFORME N EST PAS UX SYSTÈME ETC
toute la société, la refait, la recrée tout entière 5 ainsi, une première modification, suscitée dans un être par l'influence des milieux et l'action de la concurrence vitale, renouvelle progressivement tout l'organisme de l'espèce.
La Révolution du XVI'' siècle fit de même ; ces deux forces, qui paraissent si distinctes, la Réforme et la Renaissance, se tiennent fraternellement par l'unité de l'œuvre tj^u'elles accomplissent; elles y travaillent encore, et nul ne peut prévoir à quelle forme définitive se fixera enfin cette transformation incessante du christianisme et de la société. Nous ne les séparerons plus désormais ; nous les mêlerons l'une à l'autre, comme elles sont mêlées dans l'histoire ; nous verrons la réaction catholique agir, avec une égale fureur contre toutes deux. La Renaissance eut aussi ses martyrs et ses persécutions. Elle n'est point, comme la Réforme, une nation tout entière, organisée politiquement et religieusement : elle est disséminée en des penseurs isolés autour desquels se groupent, en écoles, de libres intelligences. Cette histoire de la réaction serait incomplète et fausse si elle oubliait tant de victimes, en lesquelles fut martyrisée la force naissante de la pensée moderne.
Des villes tout entières, massacrées et saccagées par la fureur royaliste et catholique, ne nous cacheront point les individualités douloureuses, tenaillées patiemment par le bourreau et par le prêtre.
Le cri de Vanini, puni, par sa langue arrachée, de ses blasphèmes, se mêlera aux larmes et aux imprécations du Béarn, ensanglanté, ruiné, dévasté par le fils du bon Béarnais au panache blanc, par Louis XIIL II y aura un enseignement à tirer de tout ceci. La réaction, en mêlant les uns aux autres les martyrs de la Réforme et de la Renaissance, doit concilier enfin, dans le même intérêt et dans le même principe, — la liberté, — la double postérité de la Renaissance et de la Réforme. Qu'importent les dissidences dogmatiques, les interprétations diverses de l'histoire ou des écritures? L'unité ne souffre point la liberté, et, réciproquement, la liberté ne soutire point l'unité. La liberté est l'idée souveraine, le droit suprême dans lequel se concilie l'innombrable variété de la pensée individuelle. Elle est l'intérêt commun de toutes les sectes, de toutes les écoles qui, ne prétendant pas pour elles-mêmes à la folie de la domination universelle, sont déterminées à ne se point laisser opprimer ni anéantir. Elle