‹ L'esprit politique de la RéformeChapitre 18 sur 21 · L'IDÉE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

L'IDÉE DE L'ÉGLISE

La confession de foi de 1571 détinit ainsi l'Eglise (art. XXYII) : «La compagnie des fidèles «qui s'accoi'dent à suivre la pure parole de «Dieu et la pure religion qui en dépend.»

Cette conception d'une Eglise universelle qui a seule le dépôt de la vérité et qui contient la multitude des seuls vrais fidèles est encore singulièrement unitaire et catholique. Elle a pour conséquence l'excommunication et l'anathème contre tous ceux qui, prenant au sérieux le principe individualiste du libre examen, se font euxmêmes, sincèrement, leur pensée et leur conviction. La confession de foi de 1571 n'échappe point à ces intolérances. Dans l'article VI elle renie les hérésies; à l'article XIV elle les déteste dans Servet ; à l'article XL elle les obsècre dans les anabaptistes ; enfin, à l'article XXXIII elle arme l'Eglise du droit d'excommunication. Et

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l'on sait avec quelle rigueur cette discipline fut appliquée à l'occasion.

Il est certain que le droit de s'organiser, de se réglementer comme il lui plaît, ne peut être contesté à aucune réunion, à aucune association, pourvu que la liberté individuelle n'en soit gênée ni offensée. Ce qui fait l'iniquité de la discipline, c'est la prétention de l'Eglise à être souveraine, à avoir la haute main sur la conscience humaine, et à être, enfin, la redresseuse des erreurs de l'esprit, la vengeresse de la vérité divine. "\^oilà ce que le catholicisme avait légué à la Réforme ; mais, par les progrès successifs de l'esprit humain, cette conception de l'Eglise s'amoindrit fort, devint de moins en moins autoritaire, de plus en plus modeste. Toute «compagnie d'hommes» réunis dans une même idée religieuse, toute secte forme une Eglise, sans autre autorité qu'une autorité morale, librement acceptée par les associés, qui conservent le droit de s'en séparer quand ils veulent. Que toutes ces Églises puissent imposer à ceux qu'elles accueillent une confession de foi, se fermer à qui il leur convient, exclure de leur communion ceux qui manquent à la confession, cela ne peut être contesté. La confession n'est, en ce cas, qu'un pacte qui se propose et ne s'impose pas.

i/iDKK DE l'Église

Il y a loin de là à ces confessions ambitieuees qui se réclament directement de l'inspiration divine, se déclarent obligatoires à la conscience de chacun et s'arrogent de maudire dans ce monde et de damner dans l'autre les âmes récalcitrantes. Heureusement, il en est des confessions religieuses comme des constitutions politiques ; l'éternité qu'elles se promettent ne dure pas longtemps : le travail ou l'impatience des générations les transforme progressivement ou les supprime soudainement.

L'élargissement de la pensée protestante a fait céder enfin l'étroit formulaire où on prétendait la tenir captive et stagnante. Désormais le temps est passé, sans retour, non seulement des confessions universelles, mais aussi des confessions particulières. On a éprouvé qu'elles sont inutiles à la conscience, gênantes à l'esprit, périlleuses pour la liberté. Les hommes continueront à se réunir, à s'associer dans la même idée, mais ils ne voudront plus codifier cette pensée dans un système ou dans un dogme. Ils toléreront, même dans leurs coreligionnaires, même dans leurs associés, la libre interprétation de la pensée commune. On verra, comme eu Amérique, les sectes différentes, loin de se proscrire, de s'anathématiser entre elles, vivre

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fraternellement dans la même liberté, se prêter tour à tour le même temple et le même pasteur. C'est alors vraiment qu'il ne restera plus rien du catliolicisme ; il se survivra peut-être encore, modeste et timide, dans des Églises particulières; mais son esprit sera vaincu ; et, déchu de cette domination terrible qui a fait le long malheur de l'humanité, son dogme sera réduit à une opinion individuelle, désarmée de toute autorité.

Et alors, inversement, le principe de la réforme aura triomphé. La liberté individuelle sera réalisée dans toute la société religieuse, et, par suite, dans la société civile. Car le libre examen, par lequel la réforme a commencé son œuvre, n'est point seulement, comme le voudraient quelques orthodoxes, une méthode d'investigation qui aurait conduit les hommes du XVl" siècle à la vérité religieuse, formulée dans deux ou trois confessions, dont il ne serait plus permis de s'écarter; le libre examen est un principe qui n'a pas encore épuisé toutes ses conséquences et qui, sans cesse progressif, laisse mourir derrière lui les vieilles formes vides et les vieux dogmes insignifiants...

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