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n'agit pour un autre ou pour elle-même. «J'ai toujours dit, écrivait-il aux Jésuites, que ceux qui aiment et craignent bien Dieu ne peuvent faire que bien et sont toujours les plus fidèles à leur prince.» Sa foi abjurée, ses promesses faussées donnaient aux réformés le droit de s'assurer contre la suite probable de ses mauvais desseins. Il fallait donc amadouer et apprivoiser la Réforme. Il y avait aussi tels seigneurs protestants assez puissants pour qu'il valût la peine de les acheter si on pouvait, ou sinon de les neutraliser par une pacification qui les désarmerait. Lesdiguières, la Trémouille, le prince de Condé, Turenne, la Force, inquiétaient le roi. Quant au reste du parti, il sera entraîné par les habiles, les politiques, les modérés, qui se laisseront aisément séduire par l'offre d'une espèce de sécurité, après tant de guerres, de massacres, de ruines, qui les ont épuisés jusqu'à la lassitude : désireux du repos, ils s'empressèrent de se montrer satisfaits d'avoir enfin obtenu l'exercice autorisé de leur culte. Que voulaient-ils de plus après tout? La Réforme était-elle autre chose qu'une querelle théologique ? Avaient-ils la prétention de changer l'Etat. A Dieu ne plaise ! qu'ils ne soient plus forcés seulement d'aller à la messe, et qu'ils
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puissent prier Dieu à leur guise : ils ne demandaient rien de plus. Au fond, ils avaient hâte de sortir d'une lutte dont les conséquences échappaient à leurs prévisions. La vue et le bruit de la foule révolutionnaire qui s'agitait autour d'eux leur faisait monter à la tête un vertige et un effroi qui, plus tard, troubleront et ruineront les meilleurs desseins de la Réforme. Leur timidité ou leur effarement, lassant d'avis pusillanimes, découragean' d'insinuations menaçantes les inspirations de l'instinct populaire, désuniront les conseils et les forces des réformés. Leur incapacité, ou leur couardise, ou leurs intérêts les rendant dupes de tous les projets de leurs ennemis, les hommes de ce parti vont précipiter la Réforme dans toutes les occasions qu'on lui présentera pour se perdre. Sous prétexte d'union et de confiance, alléguant le respect dû à la royauté ou la nécessité de ne point s'exposer à des guerres chanceuses, ils déconcerteront les plans les mieux combinés, ils énerveront les efforts les plus héroïques.
Nous ne parlons pas ici des corrompus qui, celui-ci pour des honneurs, celui-là pour de l'argent, vendirent à Henri leur conversion. Henri se vantait à d'Aubigné qu'il avait acheté pour cinq cents écus un des principaux du
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parti et de la plus haute noblesse. «Je corrom- «pais tous vos plus grands, lui dit Henri IV, «si bien que j'en ai fait un mon espion et «votre traître pour 600 écus... Mais quoi! «pauvres gens, vous étiez peu qui travailliez « aux affaires et le reste à leurs bourses, et à « gagner nos bonnes grâces à vos dépens. »
Je ne parle point de ceux-là qui furent renégats par intérêt, ni de ceux qui le furent par faiblesse : je parle de ceux dont la fidélité à la Réforme fut trop étroite-, qui, de la grande révolution du XVI" siècle, ne comprirent qu'une partie et firent tout manquer.
La force de la révolution s'est affolée, par leur faute, en de vaines querelles habilement suscitées ; elle a hésité entre des projets téméraires ou pusillanimes, et, fixtiguée, incertaine, ne se connaissant plus elle-même, elle s'est perdue, épuisée et, comme la mer du Nord entre les digues hollandaises, dissipée entre mille intrigues habilement disposées.
C'est précisément à l'instant où nous en sommes que se forma ce parti, et, en lui, la dernière et suprême fatalité dont périra la révolution protestante. Certes, le catholicisme mérite, et au delà, toutes les accusations portées contre lui. Mais, à vrai dire, les protestants français
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ne sont point sans quelques reproclies dans la défaite de leur idée. Ils y ont travaillé ; ils ont aidé leurs ennemis. Ils n'ont pas su prévoir et empêcher la mauvaise destinée que leur a faite la fatalité des événements. Ils n'ont pas eu l'audace de presser, comme il le fallait, la conclusion sociale et politique de leur doctrine. Leur timidité les a menés d'Henri IV à la révocation de l'édit de Nantes ; la même cause, qui a presque pris la même forme, a mené également la révolution à Napoléon, et de celui-ci, à toutes les réactions où la France est restée si longtemps et reste encore entravée.
La Réforme, ainsi divisée d'avec elle-même, se méconnaissant, se trahissant dans quelquesuns de ses chefs officiels, tel fut le beau résultat de l'apostasie d'Henri de Bourbon et de l'édit de Nantes. Les guerres du Béarnais, qui avaient réduit les plus braves des réformés à l'état précaire de partisans et de soldats ; la tolérance si vantée de l'édit de Nantes, qui fit de la Réforme une secte forcée et résignée à tout subir ; cette pacification et ces victoires furent plus pernicieuses au protestantisme ei en même temps à la France que les plus effroyables guerres civiles et que les massacres mêmes. Les massacres, en effet, et les guerres civiles, loin de diminuer le
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génie de La révolution du XYP siècle, avaient, au contraire, accru et exalté par le désespoir son énergie morale et la conscience de son idée. L'une et l'autre s'affaiblirent aussitôt par la dépendance étroite et surveillée qu'elle accepta de la monarchie. Par cette démission de ses propres principes, qu'elle refusait de poursuivre jusqu'à leur conclusion, la révolution se renonçait elle-même-, elle se soumettait, se livrait aux caprices de son ennemie. Qu'était-ce que cette clause secrète du traité qui accordait aux protestants de conserver pendant huit ans encore les places, les villes et les châteaux « qu'ils possédaient à la fin d'août 1597 ?» La suite des événements prouvera combien fut illusoire une telle garantie, rendue presque inutile par les querelles intestines qui rompirent l'unité nécessaire de la défense.