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CHAPITRE li

Le9 Gaeires de religion, jusqu'à la prise de La Rochelle (1562-1628).

Tant qu*on avait fait mourir les réformés par une sentence légale, quelque inique et cruelle qu'elle fût, ils avaient tendu la gorge aux bourreaux: mais maintenant les tribunaux n'interviennent plus ; le massacre est organisé sur des populations entières. Tous les réformés peuvent craindre pom* leur vie. Désormais la soumission passive commandée par Calvin n'est plus possible. Il n'y a plus qu'un moyen de se défendre et àe sauver sa vie : c'est de prendre les armes. Que les nations étrangères jugent lesquels des uns ou des autres ont le crime de la guerre sur le front (1).

Cependant le Consistoire de Paris résolut, avant d'opposer la force à la force, d'épiiiser toutes les voies de justice, et on envoya à la Cour Théodore de Bèze pour réclamer la punition des meurtriers de Vassy. Il fut éconduit : le roi était aux mains des Guises qui le traînaient de Fontainebleau à Melun, puis de Vincennes à Paris. Ce n'est pas sans hésitation que Coligny se décida à entrer en campagne ; et il n'y consentit que sur les instantes supplications de sa femme, Charlotte de Laval, que l'historien Agrippa d'Aubigné nous fait enten-

(1) Consulter Agrippa d'Aubigné, Histoire universelle^ Consulter Bersier, Discours sur Coligny,

dre lui disant : « Je tremble que votre prudence soit des enfants du siècle et qu'être tant sage pour les hommes ne soit pas être sage à Dieu qui vous a donné la science de capitaine, Monsieur, j'ai sur le cœur tant de sang versé des nôtres... » Et Coligny répond : « Puisque je n'ai rien profité par mes raisonnements sur la vanité des émeutes" populaires, la douteuse entrée dans un parti non formée les difficiles commencements, non contre la monarchie, mais contre les possesseurs d'un État qui a ses i^acines envieillies, mettez la main sur votre cœur, sondez à bon escient votre constance, si elle pourra digérer les reproches que font ordinairement les peuples quand ils jugent les choses par les mauvais succès, les trahisons des vôtres, l'exil en pays étranger, là les choquements des Anglais, les querelles des Allemands, etc. Tâchez encore si vous pourrez supporter votre mort par un bourreau après avoir vu votre mari traîné et exposé àl'ignominie du vulgaire, je vous donne trois semaines pour vous éprouver — et quand vous serez à bon escient fortifiée contre tels accidents, je m'en irai périr avec vous et nos amis. » Et Charlotte de Laval de conclure aussitôt : « Ces trois semaines sont achevées (1). » ^C'est ainsi que Coligny monta à cheval pour aller rejoindre Condé. Il sait — ill'a dit d'ailleurs — qu'il ne va pas lutter contre la royauté. La reine-mère parut autoriser la prise d'armes des huguenots, et même la solliciter au nom de Charles IX. « Mon cousin (2), écrivait-elle au prince de Condé, vous aurez souvenance de conserver les enfants et la mère, et le royaume. Je vois tant de choses qui me déplaisent que si ce n'était lassu-

(1) Agrippa d'Aubigaé, Histoire universelle.

(2) Agrippa d'Aubigné, Histoire universelle.

rance que f ai en vouSj que vous m'aiderez à conserver ce royaume et le service du roi mon fils, en dépit de ceux qui veulent tout perdre, je serais encore plus fâchée. » Ces lettres significatives communiquées aux gentilshommes huguenols les raffermirent dans leurs projets ; ils croyaient soutenir non seulement leur cause, mais celle de la royauté (1).

Cet état d'âme des huguenots ainsi formellement attesté par leurs contemporains qui les connaissaient bien, imprime à ces guerres de religion un caractère tout spécial. Ce ne sont point deux partis en présence combattant chacun pour unprincipe politique ; ici la forme du gouvernement n'est point en question; tous deux se réclament du Roi, du gouvernement légal de la France, et chacun voit dans son adversaire un révolté contre le Roi. Des deux côtés, on va commencer la guerre par des manifestes. Les calvinistes demandaient la stricte exécution de l'édit de janvier 1562, la mise en liberté du roi et de la reine-mère qu'ils déclaraient captifs, la punition des auteurs du massacre de Vassy et la retraite des Guises. Les catholiques répondaient : « Le roi et la reine-mère sont Ubres, l'édit de janvier est observé ; il n'y a pas lieu de rechercher les auteurs du massacre de Vassy, et la présence des Guises est nécessaire au bien public, »

L'acte d'association des chefs réformés est encore très indicatif sur leurs sentiments intimes. Le H aviil 1562, tous protestaient qu'Us n'avaient devant les yeux dans cette alliance-, que l'honneur de Dieu, la délivrance du Roi et de la Reine, le maintien des édits et la punition de ceux qui les

(1) De Félice, p. IGT.

a6 L'ESPRIT PROTESTANT.

avaient violés. Ils nommaient pour chef et conducteur de leur entreprise le prince de Condé comme étant du sang royal et protecteur de la couronne de France. Voilà qui est précis — et il convient d'ajouter qu'ils ont été plus fidèles que leurs adversaires à la cause de la royauté : nous les verrons, en effet, défendre Henri III contre les Ligueurs, qui feront assassiner le roi de France, et par ce meurtre prépareront, sans le vouloir, Tavènement du protestant Henri IV. Encore une fois, il est impossible de dire de quel côté sont les révoltés, car le Roi de France sera tantôt dans un camp, tantôt dans l'autre : ce qui s'explique par la confusion des esprits, née de la multiplicité des sentiments qui armaient les uns contre les autres les fils d'une même patrie, rivalités de personnes et d'influences à la Cour, questions d'intérêts matériels, aussi bien qu'antagonisme de deux communions rivales. Le pouvoir central n'était pas encore assez fort pour mettre à la raison tous ceux qui, sous prétexte de le protéger, faisaientparleursdiAdsions le malheur de la France.

Quelles étaient les forces des deux partis ? Une fraction importante de la noblesse (1), grands et petits seigneurs, avait embrassé la Réforme, les uns par haine des Guises, par ambition personnelle, ou besoin d'indépendance féodale, les autres par véritable conviction religieuse; après eux la haute bourgeoisie, des lettrés, des professeurs, des magistrats, et enfibQ les petits bourgeois, ceux surtout dont Florimond de Rémond nous dit qu'ils avaient une certaine noblesse d'esprit, imprimeurs, orfèvres, etc. Mais le peuple ne bougea pas. Sans

(1) Parmi les grands seigneurs, les Châtillon, les Rohaa les Soubise; des princes du sang,, les Condé»

LES GUfRRES DE RELIGION. 37

doute le premier martyr de la Réforme en France fut un cardeur de laines, Jean Leelerc, ce fut une exception. En réalité, les ouvriers maintenus dans la main des prêtres par le système des corporations restèrent catholiques; si bien qu'on a pu dire avec raison, que, malgré ses succès rapides^ la Réforme avait moins entamé la France qu'on ne l'avait cru et surtout qu'on ne l'a répété depuis (i). Le bas peuple des villes, surtout celui de Paris, resta fidèle à son passé, à ses traditions catholiques, à la devise si claire: « une foi, une loi, un roi », qui convenait admirablement à Tesprit français, ami de la précision. C'est que la religion protestante, autrefois comme aujourd'hui, est ime religion qui n'est pas facilement mise à la portée de tous les esprits (2) ; elle parait trop austère, trop profonde, s'adressant peu à l'imagination et trop au raisonnement; elle est, ou plutôt on la fait parfois si haute, qu'elle semble devoir être le privilège d'une élite, et qu'elle ne fera guère de progrès parmi les masses françaises, dont l'esprit veut bien recevoir des enseignements religieux, clairs, précis, qui plaisent à son imagination, faciles à comprendre, mais n'a pas assez le désir de rechercher avec patience des vérités qu'il faut découvrir par soimême. Aujourd'hui comme au xvi* siècle, il y a peu de peuple parmi les protestants, et lorsque Coligny disait: « Les petits et les humbles nous ont précédés au Royaume des cieux, » dans sa bouche de grand seigneur ce mot ne désignait pas le bas peuple (3).

(1) Bersier, sur Coligny^ p. 38.

(3) Elle est si simple cependant.

(3) Voir le martyrologe de Crespin. Au contraire le peuple en pillant, de préférence, les boutiques de libraires, manifestait qu'il considérait la culture intellectuelle comme un indice d^^ré^.

L*armée de Cpndé était donc une armée où il y avait beaucoup de chefs et peu de sQldats, d'autant plus que les grands seigneurs n'entraînaient pas toujours leurs vassaux. Ni les Laval, ni d'Andelot, qui tenaient une grande partie de la Bretagne, n'avaient changé Tesprit de cette vieille province si attachée au passé.

Pour avoir des soldats, on va des deux côtés faire appel à l'étranger. Il faut avouer que les catholiques sont mal venus d'adresser aux réformés le reproche d'avoir introduit en France des armées étrangères; comme si à cette époque la France n'était pas gouvernée par des étrangers, les Gondi, Les Birague, les Gonzague, etc ; motif qui ne fut pas sans influence sur la prise d'armes des protestants; comme si les Guises, nullement autorisés d'ailleurs, n'avaient pas déjà conclu une alliance avec le roi d'Espagne et le duc de Savoie, par laquelle ils s'engagèrent à ouvrir les portes du royaume pour l'extermination des hérétiques ; ce qui était un crime de haute trahison. Est-ce que ce parti ne va pas offrir à Philippe II la couronne de France,et, plus tard, pendant la Fronde, s'alUer avec les Espagnols contre le roi de France 1 La vérité, c'est que tandis que les catholiques appelaient en France les Espagnols et les Piémontais, les prolestants demandaient le secours des Anglais ou des Allemands. Mais qui donc donna ce fâcheux exemple ? M. Renauld dans son livre la Conquête protestante (page 303) cite en faveur de sa thèse une lettre de Calvin à Bullînger (9 juin 1562). Or voici les termes de cette lettre : « Jusqu'ici on a hésité à demander du secours au dehors, j'aitc^ijours conseillé aux nôtres de ne pas prendre l'initiative d'une démarche semblable, mais maintenant que

nos adversaires ont enrôlé des reitres allemands^ nous pouvons af>peler justement des auxiliaires. » Quelle meilleure preuve faut-il à M. Renauld contre Topinion qu'il soutient à savoir : ce sont les protestants qui ont commencé.

Quoi qu'il en soit, c'était déplorable. On ne doit pas juger sans doute de pareils actes avec nos idées modernes ; chez nous, l'idée que nous nous faisons de la patrie nous fait repousser avec horreur toute intervention de l'étranger dans nos affaires intérieures: c'est le sentiment qu'exprimait avec éloquence M. le pasteur Bersier, dans son discours d'inauguration de la statue de CoUgny, à Paris, en face du Louvre : « Lui si patriote a dû voir, ô douleur, son parti accepter l'appui de l'étranger ; oh 1 je sais qu'ici les récriminations sont aisées, et que ce crime peut être reproché à toutes les factions. Il n'en est pas moins une erreur immense; — cette erreur, nul n'oserait plus la justifier aujourd'hui {i)^^

Car aux uns comme aux autres, l'étranger faisait payer cher son intervention, — et Coligny la déplora amèrement. Il dira, en 1570, après la paix de Saint-

(I) Sur Vidée de patrie, il faut lire le très intéressant article de Henry Houssaye, paru dans VÈcho de Paris du 5 juin 1900.

« Il n'est pas vrai que l'idée de patrie ait disparu au xvi« siècle dans la démence furieuse des guerres de religion, — mais il faut reconnaître que cette idée n'avait point dans la vieille France l'importance et la grandeur qu'elle a désormais. Autrefois, la patrie n'était qu'un instinct, un sentiment, un devoir auquel on manquait sans trop de honte. Aujourd'hui c'est une religion ; c'est un culte fervent et jaloux, dont les dissidents sont justement tenus pour des criminels. »

Hélas, ce que M. le Pasteur Bersier n'a pas vu, et ce qu'il nous a fallu subir, c'est bien encore l'intervention solicitée de l'étranger dans l'afiaire Dreyfus.

Germain : « J'aimerais mieux être tiré à quatre chevaux dans les rues de Paris que de recommencer la guerre (i). » Nous n'avons pas à raconter ici les guerres de religion : retenons seulement, pour les besoins de notre sujet, qu'on a conservé une prière qui était prononcée chaque jour aux armées et par laquelle les calvinistes adressaient des requêtes h Dieu pour le roi^ la reine-fuère, les princes du sang et les membres du conseil (2). Après la troisième guerre de religion en 1572, Coligny, blessé par Maurevert le 22 août, reçut aussitôt la visite du roi; et rassemblant ses forces pour entretenir longuement le roi, il protesta de sa fidélité passée, affirma que s'il avait pris les armes, c'était pour faire observer les édits ; car la paix de Saint- Germain était continuellement violée. Par ce traité, les réformés avaient obtenu le libre exercice de leur culte dans deux villes par province, et dans toutes celles où il était déjà établi, l'admission à tous les emplois publics et la garde de quatre villes de sûreté, La Rochelle, Cognac, Montauban et La Charité. Ainsi donc, dans les traités tout au moins, on commençait à admettre la coexistence des deux religions dans le même État. Les villes de sûreté étaient gardées par des soldats protestants, mais toujours au nom du Roi. Où sont donc les révoltés contre l'autorité royale? ce ne sont pas à coup sûr les calvinistes qui prient chaque jour pour le Roi et ne cessent de protester de leur loyalisme, — et toutefois leur situation n'était pas enviable ; car les traités de paix qui terminaient chaque fois les prises d'armes ne leur accordaient guère que le droit d'être parqués dans certaines villes comme

(1) M. Bersier, sur Coligny,

(2) De Félice, p. 181.

des pestiférés dans un lazaret. Ils n'auraient sans doute pas bougé si les édits des rois avaient été respectés. « Hél monsieur le chancelier, disait Catherine de Médicis à Michel de THôpital, voulez-vous répondre que les huguenots n'ont d'autre but que de servir le Roi. Oui, madame, répondit le chancelier, si on m'assure qu'on ne les veuille pas tromper (1) ».

Entre temps, ils tenaient leurs synodes nationaux. Le quatrième se réunit à Lyon le 10 août 1560. Il prit tout de suite une décision qui témoignait du besoin d'ordre et d'unité^ inhérent au génie français (2). Les affaires disciplinaires et contentieuses se multipliaient à la faveur des guerres civiles, d'autant plus que le synode ne pouvait se réunir tous les ans; aussi certains consistoires s'étaient-ils adjoint un conseil spécial pour connaître de ces difficultés. Le synode condamna énergiquement cette nouveauté, et n'hésita pas à déposer wn certain nombre de ministres dissidents ou coupables (3).

Le cinquième synode national tenu à Paris, lé 25 décembre 1565, s'occupa de deux personnages d'importance : De Morély d'abord, que nous avons déjà vu devant le synode d'Orléans, où il avait promis de s'amender. Malgré sa promesse, il continuait dans son Traité de la doctrine et de la discipline chrétiennes à demander que Tas, semblée entière des fidèles fût appelée à juger en dernier ressort les questions de dogmes et de mœurs. « Qu'on essaie de se figurer (dit M. de FéUce,

(1) De Félice, p. 191.

(2) De Félice, Histoire des Synodes, p. 70.

(3) Parce synode le prêt à intérêt fut reconnu valable, contrairement aux décisions du Concile de Trente.

Histoiredes Synodes, p. 76) toutun peuple pesant le pour elle contre sur d'obscurs débats théologiques, ou pénétrant dans les détails de quelque grave scandale ! Toutes les Églises ont remis leurs pouvoirs pour de tels cas à des conseils, consistoires ou synodes. » Ce plébiscite demandé par Morély était évidemment absurde; il fallait exhorter les fidèles « à se donner de garde de cette doctrine tendant à la dissipation et confusion de l'ÉgUse ». Le synode jugea donc « qu'en attribuant le gouvernement de TÉglise au peuple, Morély voulait introduire une nouvelle conduite tumultueuse et pleine de confusion populaire dont il s'ensuivrait de grands et scandaleux inconvénients. Mais d'autant que, joowr les choses qui concernent les principaux points et articles de notre foi^ il n'a pas de sentiments différents de ceux de notre Église le synode est d'avis qu'il soit reçu en la paix et communion de l'ÉgUse, moyennant que, comme il l'a autrefois promis par écrite il proteste de s'assujettir à V ordre de la discipline, 11 ne s'agissait donc que d'une question de discipline. La confession de foi restait intacte. Morély, qui avait déjà pris un engagement par écrit, dut s'incliner.

Le jurisconsulte Charles DumouUn comparut ensuite. Il était entré dans la Réforme, mais à sa manière, n'acceptant aucune règle ni autorité ecclésiastique, prêchant et administrant lui-même les sacrements dans sa maison. Si chacun des réformés avait fait une petite Église dans son logis, U n'y aurait plus eu d'Église réformée. Le synode s'en émut, et censura un ouvrage de Dumoulin, V Harmonie des quatre évangélistes, en édictant : « Tous les fidèles sont aussi avertis de ne se trouver point aux exhortations dudit sieur Dumoulin,

ni à la participation des sacrements qu'il prétend administrer contre l'ordre ecclésiastique. » Fureur de Dumoulin qui dénonça le synode au Parlement. On voit quelle fermeté il fallait au synode pour maintenir intacte la religion réformée. Il ne fut pas inférieur à sa tâche.

Au sixième synode, réuni à Verteil (Angoulême) le 1-7 septembre 1567, il fut enjoint aux pasteurs de ne Ure au peuple que l'Écriture sainte dans les assemblées de culte. Les écrits des théologiens devaient rester à leur place.

Après la paix de Saint-Germain, en 1570, eut lieu le septième synode à La Rochelle (2-11 avril 1571), le premier qui fut tenu avec des lettres patentes du Roi. Il parait que la confession de foi adoptée par le premier synode de Paris avait été imprimée de diverses manières ; on les ramène à un texte authentique et uniforme dont trois copies furent signées par tous les grands personnages présents et déposées Tune à La Rochelle, l'autre dans le Béarn, la troisième à Genève. De là, le nom de confession de foi de La Rochelle qui lui est resté jusqu'à nos jours (1).

Théodore de Bèze donne avis qu'il y a dans la Transylvanie et la Pologne des hérétiques (les sociniens) qui sèment de graves erreurs contre l'union de la nature divine et de la nature humaine en Jésus-Christ. En conséquence, on avertit tous les pasteurs, anciens, diacres et fidèles, d'empêcher que ces hérétiques ne s'introduisent en aucune manière dans les Églises réformées.

Ceux qui ont abandonné* la religion réformée

(1) L'exemplaire gardé à Genève est le seul qui nous soit parvenu. — De Félice, Histoire des Synodes^ p. 85.

pendant les troubles seront invités à y rentrer; quant aux obstinés, il suffira de déclarer qu'ils ne sont plus du corps des réformés.

Enfin, sur l'avis d'un ministre du Dauphiné, on condamne la doctrine d'un médecin qui soutient que le magistrat est le chef de l'Église (doctrine de la césaropapie). C'était toujours la distinction du temporel et du spirituel, que les réformés d'alors s'efforçaient de dégager aussi nette qu'ils la concevaient.

Pourquoi tous ces détails sur l'œuvre des synodes? Ils sont indispensables pour répondre à Féternel argument de nos adversaires : Le protestantisme n'a pas un corps de doctrines précises. Elles étaient tellement précises ses doctrines, que toute infraction à leurs règles était aussitôt réprimée. C'est ce qu'il ne faut pas se lasser de répéter, puisque cette question est si peu connue en France f

Et voici encore, au huitième synode, tenu à Nîmes (6-8 mai 1572), qu'il faut s'occuper du cas de l'humaniste Ramus (la Ramée) : ce dernier enseignait, comme Morély, que la décision des articles de doctrine, la déposition des ministres, les cas d'admission, d'excommunication et de réconciliation avec l'Église devaient être soumis à la communauté entière des fidèles. De plus, il alléguait que tous ceux qui prétendaient avoir reçu le don de prophétie devaient être libres de parler dans les assemblées. Le synode rejette ces deux propositions, détermine la procédure à suivre contre les dissidents, et n'hésite pas à proclamer qu'après divers avertissements, les controversistes qui ne voudront pas se soumettre seront retran^thés du corps de V Église C'est l'excommunication .

Nous sommes à la veille de la Saint-Barthélémy. La situation des partisans des deux religions s'est quelque peu modifiée. Beaucoup de bourgeois que la sévérité des synodes a découragés dans leurs idées d'indépendance au point de vue religieux, des nobles, ceux de la haute noblesse surtout, gagnés par les faveurs de la cour et dont les convictions n'étaient pas très profondes, d'autres que les guerres civiles ont lassés et qui aspirent au repos, ont pris la parti de rentrer dans TÉgUse romaine. Désormais les huguenots n'ont plus d'illusions à se faire ; ils ne triompheront pas en France; et la force des événements les amène à comprendre qu'ils doivent se résigner à n'être qu'une minorité dans l'État. Cette nécessité de fait, mieux peut-être que le progrès des idées ellesmêmes, les conduit à solHciter en leur faveur les arrangements conclus en Allemagne entre les Églises rivales. Ils vont maintenant jusqu'à invoquer la tolérance du pontife de Rome pour les juifs et des Turcs pour les chrétiens. Mais il ne faut pas hésiter à dire que ces idées-là leur viennent, non pas parce que réformés, mais parce que vaincus. Sans doute, les trois premières guerres de religion n'ont pas donné de résultats décisifs; mais il était facile de voir déjà que la majorité du pays n'était pas avec eux. La tolérance qu'ils vont réclamer désormais n'est tout simplement qu'un aveu de leur défaite que l'on pourra regretter sans doute, car si la Réforme avait triomphé en France, ou si elle avait pu tout au moins s'y constituer en minorité imposante, il est probable que, par une marche lente et progressive, certains abus de l'ancien régime auraient été abolis sans secousse; ce qui nous eût évité 1789 et surtout les horreurs de

1793. Mais à quoi bon formuler des hypothèses? Retenons un fait incontestable : la Réforme perdait du terrain en 1572. Elle n'était déjà plus qu'une minorité chez qui les rêves du début étaient évanouis.

Une transaction entre les deux partis pouvaitelle intervenir encore et les réformés pouvaient-ils raisonnablement espérer qu'on les tolérerait en France après ces dix années de guerre civile?

Encore une fois, il ne faut pas juger ces tempslà avec nos idées modernes. Ce que les réformés n'auraient pas accordé à leurs adversaires, s'ils avaient été vainqueurs, ils ne pouvaient pas raisonnablement le demander après leur défaite. Leur perte était donc résolue; elle devait l'être, suivant la logique nécessaire des idées — que ce fut déplorable, c'est certain — mais il ne pouvait guère en être autrement à cette époque, en dehors même de toute raison d'État. Ce qui est impardonnable en tous cas, c'est la façon dont on essaya d'anéantir le parti réformé ; le détruire dans une bataille rangée après une déclaration de guerre, passe encore; mais tendre un guet-apens en pleine paix, appeler les chefs huguenots à Paris pour rehausser l'éclat de cérémonies nuptiales, et les anéantir alors qu'ils étaient sans défense, c'est à coup sûr . ce qu'on n'excusera jamais. La préméditation du massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) est reconnue par tous les auteurs, réformés ou catholiques. C'est un point d'histoire irrévocablement établi (1). Personne n'a cru au complot de Coligny.

(1) Historiens catholiqueSy Davila, t. I, p. 383. Capilupi, Adriani, etc., et de Thou, Mézeray, Manibourg, Chateaubriand, Étuîes historiques^ t. IV, p. 296, et les historiens protestants. De Félice, p. 212 et suiv., et Bersier, Coligny^

L'effet produit en Europe par la Saint-Barthélémy fut considérable. Ce que n'avait pas fait le jeu pacifique des principes religieux de la Réforme, l'attentat du 24 août le produisit : « L'exécrable journée de la Saint-Barthélémy, dit Chateaubriand (1), ne fit que des martyrs; elle donna aux idées philosophiques un avantage qu'elles ne perdirent plus sur les idées reUgieuses. »

Avant de quitter Coligny, rappelons les appréciations des historiens de tous les temps et de tous les partis sur celui qui fut à cette époque le chef et le plus grand des huguenots. Nous répondrons ainsi une fois de plus à ceux qui reprochent aux réformés du xvi*' siècle de n'avoir pas été de vrais Français : « L'ambassadeur de la reine EUsabeth, devant qui on disait que l'amiral conseillait au roi de France de tenir bas la reine d'Angleterre, répondit à Catherine de Médicis : « Il est vrai, madame, il était mauvais Anglais, mais fort bon Français (2) ». Montesquieu lui a donné ce témoignage : « L'amiral de Coligny fut assassiné, n'ayant dans le cœur que la gloire de l'État. » Et le duc d'Albe, en apprenant sa mort : « C'est un grand capitaine de moins pour la France, et un grand ennemi de moins pour l'Espagne (3). »

Et Michelet : « Je ne suis pas suspect; je ne prodigue guère les héros dans mes Uatcs. Mais celuici est le héros du devoir, de la conscience. J'ai

p. 30 et suiv. — Comparez Michelet, La Bé forme. — On sait quelles furent les hésitations de Charles IX avant de signer l'ordre d'assassiner les Réformés.

(1) Éludes historiques, t. IV, p. 296.

(2) Études historiques. Est-il besoin de rappeler sa brillante conduite à Cérisoles contre les Impériaux, à Boulogne contre les Anglais et son héroïque défense de Saint-Quentin en 1547 contre les armées espagnoles?

(3) De Félice, p. 218, 226.

beau rexaminer, le sonder et le discuter, il résiste et grandit toujours. Au rebours de tant d'autres exagérés follement, celui-ci qui n'est point le héros du succès, défie l'épreuve, humilie le regard. »

Pour un auteur contemporain (1), Goligny a excédé son siècle : ce qu'il veut uniquement, c'est le triomphe de la liberté religieuse. Tous les réformés revendiquaient la liberté comme leur droite qu'ils auraient sans doute refusé aux autres, s'ils eussent été vainqueurs. L'honneur de Goligny, c'est d'avoir résisté souvent avec énergie aux ministres qui l'entouraient.

Après la Saint-Barthélémy les protestants exaspérés prennent les armes: c'est la quatrième guerre civile. Un certain nombre de villes ferment leurs portes. A Montauban, des gentilshommes et des pasteurs assemblés rédigèrent même un projet de fédération religieuse et politique « en attendant qu'il plût à Dieu de changer le cœur du roi, ou de susciter un libérateur à ce pauvre peuple affligé » ; chaque ville devait nommer un conseil, pour diriger toutes les affaires de justice, de police, de taxes de guerre, et ces conseils devaient élire un chef général. La Rochelle refusa de recevoir garnison, et le 16 décembre 1573, les calvinistes, réunis à Millau, se promirent « fraternité mutuelle, parfaite et durable à jamais dans toutes les choses saintes et civiles ». Dans cet acte dernier, il fut édicté que les assemblées auraient lieu de six mois en six mois. Un nouvel ordre de justice et les formes à suivre pour les levées d'hommes et d'argent furent institués.

Ce furent là des menaces regrettables, & coup

U) Bersier, p. 38.

sûr ; mais il faut convenir qu'elles furent nécessa ires pour la sauvegarde des huguenots échappés à la Saint-Barthélémy. Faut-il y voir un acte d'indépendance vis-à-vis du pouvoir royal, et un désir de démembrer la France, en créant, dans les provinces du midi spécialement, un état autonome ? Nous ne croyons pas que telle ait été la pensée du parti huguenot dans son ensemble ; il ne songe qu'à une seule chose, bien légitime en elle-même : protéger son existence. Nous voyons, en effet, ces mêmes députés de Montauban (1) le 24 août i^lS^ présenter un mémoire au Roi de France, en le suppliant de leur accorder les garanties du traite de Saint- Germain. Quant à La Rochelle, elle s'était toujours considérée comme ville libre, depuis sa réunion à la Couronne, et cela en vertu de ses franchises municipales, vieilles de quatre cents ans et confirmées par Louis XI en 1472. Ce ne furent donc que des mesures locales, simples projets qui ne furent pas mis à exécution, « parce qu'on espère que Dieu changera bientôt le cœur du Roi », précautions indispensables, en tous cas, que des craintes sérieuses motivaient assez. Nous allons voir d'ailleurs le parti cathohque, que rien ne menaçait sérieusement organiser la Ligue, véritable État dans TËtat, qui va sans motif proclamer la déchéance du Roi de France — ce que les réformés n'ont jamais voulu faire, malgré que le Roi n'ait pas eu pour eux de particulières tendresses. Mais le pouvoir royal était si faible, qu'en dehors de lui et au-dessus de lui des factions pouvaient s'organiser : situation tout à fait anormale, qui avait obscurci dans tous les esprits les notions les plus élémentaires des devoirs

(1) De Félice, p. 235.

de chaque citoyen envers TÉtat. Le reproche ne peut donc être adressé spécialement aux huguenots.

Henri III avait succédé à Charles IX; les quatrième cinquième et sixième guerres de religion avaient pris fin ; la dernière, clôturée par le traité de Bergerac (17 septembre 1577) qui accordait aux réformés une liberté de conscience plus étendue et mieux spécifiée que dans les traités précédents, et prononçait r abolition de toute confédération.

Cet article visait la Ligue aussi bien que les huguenots. D'Humières, gouverneur de Péronne, avait pris l'initiative d'une fédération entre prélats, seigneurs et bourgeois « à Teff'et d'employer leurs vies et leurs biens pour la conservation de la ville et de la province en l'obéissance du Roi et en l'observance de l'Église catholique (1) ». Cet exemple fut contagieux. Une association considérable, la Sainte-Ligue, fut bientôt organisée dans toute la France. Henri de Guise, très ambitieux, n'hésita pas à se servir de cet instrument puissant pour la réalisation de ses desseins pohtiques. Le roi Henri III n'avait pas d'enfants, le nouveau duc d'Anjou était malade ; pour arriver au trône, Guise, qui se prétendait issu de Charlemagne, n'avait plus comme rival que le roi de Navarre, un réformé. Il devient alors le véritable chef de la Ligue. En vain, Henri lïl, croyant faire un coup de maître, se déclare chef nominal de la Ligue ; en vain, il multiplie les déclarations violentes contre les réformés. Il ne tarda pas à se rendre compte que la Ligue voulait agir en dehors de lui, et, s'il le fallait, contre lui. Voici Henri de Guise, qui, de sa propre autorité, parlant au nom de la France, va signer avec Phi-

(I) Duruy, Histoire de France, Henri III, p. 666 et suiv — Hardouin-Péréfîxe, Histoire cC Henri le Grand, p. 55 et suiv.

lippe II le traité de JoinvUle (31 décembre 1584), par lequel les parties contractantes s'engageaient à « extirper les sectes et hérésies, à exclure du trône de France les princes hérétiques, ou qui permettraient l'impunité publique aux hérétiques, et à assurer la succession des Valois à Charles, cardinal de Bourbon (i) )^, lequel n'était qu'un prêtenom du duc de Guise lui-même. En même temps, cinq ou six grandes provinces sont soulevées contre l'autorité du Roi.

Ce sont bien là des complots contre la sûreté de l'État, le trône de Henri III est menacé, et son successeur déjà désigné par les révoltés (2). Les réformés en ont-ils jamais fait autant ? Mais poursuivons. Pendant ce temps, le Béarnais répondait au manifeste de la Ligue en prenant le rôle de champion du Roi et des lois de l'État (3). Henri III hésitait (4). Il se rapprocha d'abord des Guises par le traité de Nemours, et livra aux chefs de la Ligue neuf

(I) Duruy, Histoire de Fran?e^ Henri HI, p. 672 et suiv. — Le plaa de la Ligue fut soumis au pape Grégoire XUI, afin qu'il l'approuvât; mais, dit Hardouin-Péréfixe (op. cit.), p. 67, t il ne le voulut jamais tant qu'il vécut, et il la désavoua toujours. »

(•2) La Ligue avait à gages certains- nouveaux théologiens qui osaient bien soutenir qu'on doit déposer un prince qui s'acquitte mal de son devoir, et qu'il est aussi absurde de dire que celui-là soit roi qui ne sait pas gouverner et qui est dépourvu d'entendement, comme de croire qu'un aveugle puisse servir de guide, ni qu'une statue immobile puisse faire mouvoir des hommes vivants. Hardouin-Péréfixe, Vie de Henri IV, p. 68

(3) Duruy, Vie de Henri IV, p. 673.

(4) a Sixte V, qui avait succédé à Grégoire XIII, avait enfin approuvé la Ligue, et outre cela fulminé des bulles terribles contre le roi de Navarre et le prince de Gondé, les déclarant hérétiques, relaps, etc., incapables de succéder à quelque principauté que ce soit, absous leurs sujets de serment de fidélité, et défendu de leur obéir. » Le roi de Navarre dépêcha vers le roi (Henri 111), pour lui en faire ses plaintes, et

places de sûreté. Quelle étrange situation I Voici donc deux partis en France, nantis chacun de places de sûreté. Entre eux, le Roi, le pouvoir légal, ne sachant à qui tendre la main, désireux au fond de les tromper tous deux. Le roi de Navarre est vainqueur à Coutras (1587), mais le duc de Guise l'emporte à Montargis et Auneau, et marche sur Paris où s'est réfugié Henri III. La Sorbonne, révoltée elle aussi, décide « qu'on pouvait ôter le gouvernement aux princes qu'on -ne trouvait pas tels qu'il fallait, comme l'administration aux tuteurs qu'on avait pour suspects (1). » Malgré la défense royale. Guise entre dans Paris, et la journée des Barricades lui livre la capitale, que le roi est obligé de fuir en toute hâte. C'est grand'pitié, disait au duc de Guise le premier président de Harlay, c'est

lui remontrer que cet attentat le touchait de plus près que lui; qu'il devait penser que si lo pape s'ingérait de décider de sa succession et empiétait sur ce point de déclarer un prince du sang incapable de la couronne, il pourrait bien après cela passer plus outre, et le détrôner lui-même, comme on disait qu'autrefois Zacharie avait dégradé GhildéricIII, par un attentat insupportable. » Hardouin-Péréfixe, op. cit. y p. 72. Sur ces remontrances, le roi Henri III empêcha la publication de ces bulles dans le royaume.

Le roi de Navarre ne se contenta pas de ces remontrances au roi de France; il fit afficher dans les rues de Rome une protestation énergique, donnant un démenti à quiconque l'accusait du crime d'hérésie, s'offrant à prouver le contraire dans un concile général, enfin protestant qu'il vengerait sur le Pape et ses successeurs l'injure faite à son Roi, à la maison royale et à toutes les Cours et Parlements. {Id. Id.). Sixte-Quint admira le courage du Béarnais, et n'insista pas. (Mémoires de la Ligue, t. I, p. 214 à 221).

(1) Duruy, Vie de Henri IV, p. 675. — A la bataille de Coutras, Henri de Navarre disait à ses troupes : « Soutenez les Valois et les Bourbons contre la maison de Lorraine. Restons Finançais » (D'aubigné, t. III, liv. I*»", chap. 14), et il écrivait à Henri III après la bataille : Sire, mon seigneur et frère, remerciez Dieu, j'ai battu vos ennemis et votre armée. (De Thou. Liv. LXXXVII.)

grand'pitié quand le valet chasse le maître. Voici donc deux rois maintenant : un roi de Paris et un roi de France. On parlait hautement d'enfermer le Roi dans un couvent. Il ne restait plus à Henri III, pour regagner son trône, qu'à faire assassiner le • duc de Guise ; c'est ce qu'il fit le 23 décembre 1588.

A cette nouvelle, Paris se souleva et nomma le ' duc de Mayenne, frère du duc de Guise, lieutenant général du royaume. LaSorbonne délia le peuple du serment de fidélité envers le Roi; et dans une procession à Paris cent mille personnes porteurs de cierges les éteignirent en disant : Dieu permettra qu'en bref la race des Valois soit entièrement éteinte ; dans les chaires catholiques on enseignait ouvertement le régicide, etc. Avons-nous jamais vu dans les rangs des réformés pareilles attaques contre la personne du Roi et le gouvernement légal de la France ? Non certes, et a beaucoup près.

Que fait le Béarnais? Il adresse aussitôt un manifeste aux États Généraux dans lequel il protestait (1) qu'il était toujours fidèle à ce qu'il devait au roi, et invitait les Français à la concorde : » Je vous conjure donc tous par cet écrit autant catholiques, serviteurs du Roi, comme ceux qui ne le sont pas, je vous appelle comme Français, je vous somme que vous ayez pitié de cet état et de vousmêmes ; nous avons tous assez fait et souffert de mal ; nous avons été quatre ans ivres, insensés et furieux. N'est-ce pas assez? Dieu ne nous a-t-il pas assez frappés les uns et les autres, pour nous rendre sages à la fin et pour apaiser nos furies (2) . »

Sages paroles qui devaient rester sans échos. '

(i) De Félice, p. 258.

(2) Un troisième parti s'était formé entre les réformés et les catholiques, le parti des politiques : on nommait ainsi

Henri III était perdu, si les réformés n'étaient venus à son aide. Au château de Plessis-les-Tours, le 30 avril 1589, le roi de France et le roi de Navarre déclarent faire cause commune et tous deux, joignant leurs armées, viennent mettre le siège devant Paris. Henri llï est cependant resté ardent catholique : en le combattant, les catholiques ne peuvent se couvrir du prétexte de leur religion opprimée ; ils sont donc et ne peuvent être que des révoltés politiques, qui vont porter la main sur le Roi, et le faire assassiner par le moine dominicain Jacques Clément. « Mon frère, dit le roi mourant au roi de Navarre, vous voyez comme me traitent vos ennemis et les miens {i). >y

Quatre synodes (2) avaient été tenus dans cet intervalle. Dans le premier réuni à Sainte-Foy [Gironde) (2-14 février 1578), les ministres sont exhortés à s'en tenir le plus possible dans leurs sermons aux textes bibliques et à la saine doctrine (3), sans ostentation^ ni longues digressions. C'est encore la même préoccupation de maintenir partout et toujours Vunitéde doctrine. Yint ensuite une affaire concernant Henri de Condé. Ce prince avait autorisé un corsaire à faire une prise en mer, après la paix de Bergerac. Le consistoire de La Rochelle l'avait blâmé et lui avait interdit l'accès de la sainte Table. Condé appela de cette décision

ceux des catholiques qui se liguaient avec les huguenots (Hardouin-Péréfixe, p. 45, Histoire de Henri le Grand). Le roi de Navarre va prendre la tête de ce groupe important, et, grâce à lui, arriver au trône après la mort de Henri IIL

(t) Voir de Thou, t. VII, p. 495. — A ceux qui lui reprochaient de soutenir le roi Henri III, Ghàtillon, fils de Coligny répondait. « Il est votre roi, et le nôtre aussi. » D'aubigné. Liv. II, chap. 9, Davila. Liv. X.

(2) Ce sont les 9, 10, H et VI* synodes.

(3) De Félice, Histoi7*e des St/nodes, p. 95 et suiv.

devant le synode général. Cette affaire ne paraissait guère du ressort de cette assemblée. Cependant le synode décida que des remontrances seraient faites au prince. « Après quoi, est-il dit, il sera reçu avec nous à la table du Seigneur ». Les plus hautes têtes devaient s'incliner devant ces décisions, même pour des questions assez étrangères à la doctrine ou à la discipline. Au synode de Figeac (28 août 1579), il est interdit aux Églises particulières de faire des règlements qui ne soient pas conformes en substance aux principes et aux lois de la discipline.

Parle synode de La Rochelle (28-29 juin 1581), il est interdit aux pasteurs de faire de la médecine, et à tous, pasteurs ou laïques, de publier aucun écrit sur les controverses de religion ou les matières politiqueSy sans l'approbation expresse du colloque de leurs Églises.

Le 15-16 mai 1583, à Vitré, le synode eut à délibérer sur une communication adressée par le roi d'Espagne, Philippe 11, au roi de Navarre — on lui offrait de reprendre les armes contre Henri III, avec la promesse de sommes d'argent et d'autres avantages. — Ces offres de trahison furent repoussées avec indignation. Les réformés ont eu recours, dans leurs luttes du xvi® siècle, aux troupes des pays étrangers ; ces troupes, ils les ont payées avec leurs propres ressources; mais ils n'ont pas fait appel à leur or, et n'ont jamais obéi à leur instigation. Français, ils n'ont pas fait sciemment le jeu de l'étranger. Aussi le synode délégua-t-il auprès de Henri llï Duplessis-Mornay, qui, se présentant au nom du roi de Navarre, put dire : ^ Mon maître et moi^ nous avons voulu vous prouver qu'on peut être à la fois bon huguenot et bon Français. » Mémorable parole, injustement méconnue de nos

jours, vraie cependant d'une vérité absolue que les faits rapportés attestent déjà, et qui sera rendue plus évidente encore par la suite.

Henri IV est proclamé roi de France à Saint- Cloud, tandis que le duc de Mayenne fait proclamer roi à Paris le cardinal de Bourbon, sous le nom de Charles X(l). Ce rôle de roi ne va pas être commode pour le Béarnais. Il a contre lui l'hostilité menaçante des ligueurs (2), Thésitation d'un grand nombre de catholiques qui voudraient le voir changer de religion, et la crainte des huguenots qui redoutaient pareille éventualité. De ces derniers, certains s'éloignent déjà. La Trémoille avec neuf bataillons protestants prend le chemin du midi, ne voulant pas servir sous les drapeaux d'un souverain qui s'engageait à protéger l'idolâtrie (3) ».

Examinons de près la situation des réformés sous le roi, leur ancien compagnon d'armes. La paix de Bergerac, renouvelée par le traité de FJeix (1580), avait été anéantie par la reprise des hostilités. On n'avait pas respecté les clauses essentielles de ces traités pendant l'armistice, de telle sorte que les anciennes ordonnances, portant abolition du culte réformé et prononçant contre les calvinistes les peines d'exil ou de mort, pouvaient être appliquées, en fait, sinon en droit. Ceux-ci réclamèrent, et il parut impossible de leur refuser un édit de tolérance, connu sous le nom d'édit de Nantes (juillet 1591), qui rétablissait les réformés dans l'état où ils étaient en 1577, après la paix de Bergerac.

(1) Duruy, p. 680, Histoire de France.

(2) Ici les ligueurs sont des révoltés, puisqu'ils refusent de reconnaître le roi légitime.

(3) Duruy, p. 680, Histoire de France.

LES GUERRES DE RELIGIOxN. 57

C'était peu pour des hommes qui avaient combattu avec le Roi et pour le Roi à Arques (1589), à Ivry (1590), au siège de Paris (1590), au siège de Rouen (1592), contre les ligueurs révoltés. Aussi, dans une assemblée politique tenue à Saint-Jeand'Angély, avaient-Us proposé de se choisir un autre protecteur pour les Églises. Qu'étaient ces assemblées politiques des réformés ? Nous avons parlé de celle de Millau en 1573. 11 y en eut d'autres, notamment à La Rochelle (14 novembre 1588), véritables conseils de guerre, où furent discutées les mesures de défense concernant les calvinistes ; mais, en réalité, c'est à partir de 1594, à la réunion de Sainte-Foy, que fut élaboré un programme véritablement politique. Il faut se garder de confondre ces réunions avec les synodes. Dans les assemblées politiques il y a une majorité de laïques; dans les synodes, c'était l'égalité en nombre des pasteurs et des laïques : dans ceux-ci on ne s'occupe que de questions religieuses ; les questions politiques sont réservées pour les assemblées qui les concernent.

Voici quelles furent les mesures prises à Sainte- Foy (1). La France fut divisée en dix circonscriptions qui nommaient chacune un député pour former le conseil général, composé de quatre gentilshommes, quatre membres du tiers et deux pasteurs. Plus tard, quand le nombre des membres du conseil fut porté à trente, il y eut douze gentilshommes, douze représentants du tiers et six pasteurs. C'était Timage des États Généraux.

Au-dessous étaient les conseils provinciaux, composés de cinq à sept membres, également choisis dans les trois ordres.

(1) Voir De Félice, p. 279.

Ces conseils étaient chargés d'entrejtenir la concorde entre ceux de la religion, de lever des deniers pour les besoins de la cause et d'en régler l'emploi, de veiller sur les munitions et les villes de sûreté, de faire, enfin, tout ce qu'il était nécessaire pour la défense des intérêts communs. Le conseil général était l'intermédiaire entre le roi et ses sujets (ij.

Il est certain qu'avec nos idées modernes nous comprendrions mal une pareille organisation, et nous n'hésiterions pas à approuver énergiquement le gouvernement qui par tous les moyens empêcherait le création d'un État dans le grand État. Mais au xvi® siècle, cette situation exceptionnelle paraissait presque naturelle, même aux bons esprits. Sans parler de la Ligue qui était, elle aussi, un État dans l'État, ayant son armée, ses finances, son administration particulière, et qui combattait ouvertement le pouvoir royale — ce qui était pour les huguenots une excuse suffisante à leur attitude, — H faut reconnaître que les dangers qui menaçaient encore les réformés, la situation anormale qui leur était faite, leur mise hors la loi commune, leur imposaient, pour défendre leurs hbertés reUgieuses et même leurs vies, l'obHgation de se constituer en un parti puissant et toujours armé, alors surtout que Henri IV venait d'abjurer la foiréformée (1593), conversion sincère ou non, c'est ce qu'n est difficile de savoir; c'était, en lous cas, le seul moyen de mettre fin à l'agitation des partis et de rendre à la France la paix dont elle avait si grand besoin. Or, les réformés savent fort bien de quels conseils hostiles le roi est prévenu contre eux. « Le pape, au premier jour, disent-ils auroit

(1) 11 y eut d'autres assemblées politiques en 1595, 150G et 1597, à Saumur, Loudun, Vendôme, ChâlellerauU.

VOUS enverra Tépée sacrée et vous imposera la loi de faire la guerre aux hérétiques, et sous ce nom comprendra les plus chrétiens, les plus loyaux des Français (1). » Aussi réclament-ils tout au moins le bénéfice de la loi commune : « Nous n'avons point parmi nous, disaient-ils encore, des jacobins ou des jésuites qui en veulent à votre vie ni des ligueurs qui en veulent à votre couronne. Nous demandons à Votre Majesté un édit qui nous fasse jouir de ce qui est commun à tous vos sujets (2) ».

Henri iV les a payés longtemps de bonnes promesses, il sait trop qu'il peut compter sur la fidélité de ses huguenots, et, sûr de cet appui, il a cherché surtout à s'attacher les catholiques. Quant à ses huguenots, ils sont trop bons royalistes pour lui causer jamais de sérieux embarras. Cependant, il ne fallait pas les oublier tout à fait ; et, après de nombreuses hésitations que tous les historiens nous rapportent, après le traité de Vervins qui terminait la guerre avec l'Espagne, guerre dans laquelle les protestants avaient donné leur appui à leur roi, Henri IV se décida à leur accorder redit de Nantes (3) (avril 1598).

Cetédit, déclaré perpétuel et irrévocable, ordonne l'oubli du passé, la restitution des biens enlevés au clergé catholique, le paiement de la dîme. On

(1) De Félice, p. 278.

(2) On sait que tous les prêcheurs de la faction des Seize, la partie la plus violente de la Ligue, prêchaient ouvertement le régicide : leurs conseils portèrent vite des fruits : Jean Barrière, en 1593, et Jean Châtel, en 1594, tentèrent d'assassiner le roi. C'est alors que les jésuites furent expulsés de France par un arrêt du Parlement de Paris. Ravaillac se souvint plus tard de ces sermons détestables.

(3) L'édit de Nantes fut confirmé solennellement à plusieurs reprises par Louis XIII, les 22 mai 1610, 12 mars 1615, et 20 juillet 1616. — Ce dernier édit défendait de traiter les protestants d'hérétiques^

reconnaît aux réformés la liberté de conscience et le droit d'habiter où Qs voudront (art. 6). L'exercice public du culte est accordé dans leur principal domicile aux seigneurs gentilshommes et autres, ayant droit de haute justice (art. 7). Pour les maisons des ûefs où ceux de la religion n'ont pas droit de haute justice, l'exercice du culte n'est permis que pour les membres de la famille seulement, avec faculté toutefois de réunir jusqu'à trente personnes, à moins que les maisons où le culte sera célébré ne fassent partie d'une ville, bourg, ou village appartenant à un seigneur, haut justicier catholique, auquel cas l'exercice du culte ne sera possible qu'avec son autorisation (art. 8). Le culte public pourra être rétabli dans toutes les villes et places où il a été établi ou dû l'être par l'édit de pacification de 1577 (art. 10) et de plus (art. 11), dans une ville, par chaque ancien bailliage. 11 eu sera de même aux armées pour les quartiers des chefs qui feront profession de la religion réformée (art. 15). Il faudra observer les fêtes de l'ÉgUse catholique (art. 20). Les livres concernant la religion réformée ne pourront être imprimés que dans les villes où l'exercice public du culte sera permis (art. 21). Au Parlement de Paris il sera créé une chambre de redit pour connaître des procès de ceux de la religion prétendue réformée. Une chambre mi-partie est conservée à Castres, (art. 30) comme à Grenoble et Bordeaux (art. 31).

Pas de distinction pour l'admission des étudiants dans les universités, collèges et écoles, et des malades dans les hôpitaux (art. 22).

Les réformés ont accès à toutes les charges publiques (art. 27).

Les ligues et associations quelconques, en vue

de recueillir des deniers et d'enrôler des hommes, sont absolument interdites (art. 82). Tout ce qui concerne Tétat civil des réformés, et le procès qu'ils pourraient avoir à soutenir est longuement réglé parles divers articles de cet édit (i )(art. 30 à 67).

Ainsi donc, ce que n'avaient pas mis en lumière les principes môme des deux religions chrétiennes, à savoir la liberté de conscience, trente ans de guerres civiles avaient abouti à le proclamer. De l'excès du mal était sorti le bien.

Ce n'était certes pas la liberté de conscience au sens où nous l'entendons tous aujourd'hui ; mais, étant donnée la date de l'édit, il faut reconnaître que la minorité protestante en France ne pouvait pas obtenir davantage et devait s'estimer fort heureuse d'avoir reçu pareilles concessions; car l'intolérance était la règle à cette époque pour toutes les religions; la religion d'État opprimait les autres ; en Angleterre, c'était la reine Elisabeth qui traitait les catholiques avec la dernière rigueur ; tandis que les luthériens en Suède et en Danemark, et les calvinistes dans les Pays-Bas proscrivaient le catholicisme; en Espagne et en Italie régnait l'inquisition : partout l'écrasement du plus faible par le plus fort. L'édit de Nantes était donc un progrès considérable sur les idées du temps. Il va être pendant soixante ans la charte des réformés français, et s'il eût été loyalement et strictement appliqué, les calvinistes n'auraient pas eu d'excuses au cas de nouvelles agitations par eux provoquées.

(1) Voir le texte de cet édit et les articles secrets dans rédition publiée à Paris en W85 par Fischbacher. Édit», déclarations et* arrêts concernant le R. P. R., 1662-1751. — Les 55 articles secrets ont eu pour but principal de déterminer les Ijeux où Texercice public du culte réformé était permis.

62 L'ESPBIT PROTESTANT.

Indépendamment des quatre-vingt-douze articles de redit, vérifiés en Parlement et seuls déclarés perpétuels et irrévocables, et des cinquante-six articles secrets qui ne furent pas enregistrés, il existait encore vingt- trois autres articles secrets, d'après lesquels les synodes généraux étaient autorisés et des places de sûreté accordées aux réformés. . Quant à l'autorisation donnée pour les synodes, elle était toute naturelle ; le clergé catholique avait, lui aussi, des assemblées quinquennales. Mais la concession de places de sûreté aux réformés était bien extraordinaire. NoubUons pas que le pouvoir royal est désormais solidement établi en France, où il n'y a plus de place pour les factions. L'article 82 de redit a d'ailleurs interdit de façon formelle toutes ligues et associations. Les articles secrets accordant des places de sûreté vont détruire toute l'économie de redit, en rappelant le souvenir d'un passé lamentable, et en laissant subsister pour l'avenir des foyers nouveaux de guerres civiles. C'était une faveur exorbitante que les catholiques n'obtenaient pas pour eux-mêmes. Aussi ne figure-t-elle que dans les articles secrets, non déclarés perpétuels, et qui dans la pensée de Henri IV ne devaient probablement pas être exécutés. Ils les avait donnés sur les demandes pressantes de ses conseillers intimes ; mais ce n'était qu'un provisoire. Ce texte le mentionne d'ailleurs ; les places de sûreté n'étaient confiées que pour huit ans à la garde des réformés sous l'autorité et obéissance de Sa Majesté (i).

Les réformés se déclarèMnt satisfaits. Ils refusèrent de participer au complot du maréchal de

(1) Sur les seconds articles secrets voir Y Encyclopédie des sciences religieuses de Lichtenberger, article de M. L. Anquez sur redit de Nantes.

Biron, qui essaya vainement de les pousser à la révolte. Les catholiques protestèrent contre Tédit de Nantes. La cour de Home proclama que c'était « redit le plus maudit par lequel était permise la liberté de conscience à tout chacun, qui était la pire des choses du monde (1) ». L'Université de Paris voulait fermer ses portes aux huguenots; quelques parlements firent des difficultés pour enregistrer Tédit. Mais le roi était assez fort pour briser toutes ces résistances; peu à peu le calme se fit, et la fin du règne de Henri IV fut pour la France une ère magnifique de paix et de prospérité. Cependant, à deux ou trois reprises les réformés tiennent encore des assemblées politiques malgré la défense de l'édil. Comme le roi se fâchait, les délégués de l'assemblée de Châtellerault en 1605 répondirent (2) : « Si Henri IV était immortel, contents de sa parole en tout ce qui nous a pour objet, nous renoncerions de ce moment à prendre aucune précaution; nous abandonnerions nos places de sûreté; nous regarderions comme inutiles tous règlements particuliers pour la conservation de notre sûreté. Mais la crainte de trouver dans quelqu'un de ses successeurs des sentiments bien différents nous force à conserveries mesures qu'on a bien voulu que nous prissions pour notre sûreté. » Ils ne complotent pas contre le roi, et nous ne cesserons de répéter que les protestants ont été de fervents royalistes. Ils prennent seulement des précautions, sentant fort bien que leur constitution religieuse sera brisée, quand ils ne seront plus organisés pour la défendre. Ils savent aussi que leurs adversaires n'ont pas désarmé et

{{) L'abbé Darras, Histoire de l'Église, t. XXXV, p. 554. i2) De Félice, p. 290.

61 L^BSPRIT PROTESTANT.

ne peuvent pas désarmer; ils voient que chaque article de Tédit est difficilement observé à la lettre ; qu'il faut maintenir pied à pied chacun des droits reconnus. De leur côté, ils ne sont pas sans reproches. Par un sentiment bien naturel chez Thomme, ils durent essayer, eux aussi, d'étendre les limites dans lesquelles on les avait enfermés. Ils étaient toujours frétillants et remuants, comme disait Brantôme, ardents à la lutte, eux aussi, ne voulant pas oublier les luttes récentes. Tout cela explique sans les justifier leurs assemblées politiques à cette époque, qui n'eurent d'ailleurs pour objet que de rédiger des cahiers de griefs et de nommer deux députés généraux des Églises auprès du roi. Le temps et l'autorité de Henri IV pouvaient seuls détruire ces ferments mauvais, et refaire une France unifiée. Mais Henri IV devait mourir trop tôt.

Sous son règne, le synode national se réunit sept fois (1). A Montauban (15-28 juin 1594), tous les ministres sont invités à prier publiquement pour la conservation et prospérité du roi, exemple mémorable, alors que beaucoup de prêtres catholiques, ligueurs impénitents, continuaient malgré son abjuration à lui refuser leurs prières (2). C'était là pour les réformés un devoir de fidèles sujets ; après quoi, le synode décida que les ministres prieraient aussi pour la conversion du roi et son retour à la réforme. Sont déclarés infidèles ceux qui, disant en secret appartenir à la religion réformée, n'osaient pas en faire profession ouvertement. On sait que les ordonnances royales interdisaient le duel si fréquent à cette époque

(1) Ce furent les 13, 14, 15, 16, 17, 18 et 19e synodes nationaux.

(2) Elle Benoit, 1. 1. Liv. IH, p. 24.

entre gentilshommes, et dont Richelieu seul par ses mesures impitoyables pourra corriger les abus. Les règlements ecclésiastiques des réformés viennent ici appuyer Tordre du roi, enprononçant contre les duellistes la peine de la suspension de la Gène.

Une affaire importante occupa les membres de ce synode. Ce fut un projet d'union des réformés avec les catholiques pour soutenir contre les entreprises de la papauté les libertés de TÉglise gallicane, projet mis en avant par certains calvinistes du nord, qui étaient en relations avec des politiques peu croyants, tels que les auteurs et admirateurs de la Satire Ménippée (1). Le synode déclara que cette proposition de réunion était « indigne d*être mise en délibération », parole sévère, mais qu'expliquait Tardent désir des réformés de maintenir intacts les principes de leur religion.

Au synode de Saumur (3-16 juin 1596) se posa la question de savoir « s'il était bienséant aux pasteurs de se trouver comme députés aux assemblées où se traitaient les affaires concernant la conservation des Églises ». Le synode répondit qu'ils le pouvaient faire, « mais seulement attendu la nécessité des temps », marquant ainsi son désir de voir les pasteurs rester étrangers aux affaires de TÉtat. Au synode de Montpellier (26-30 mai 1598), on apprit que la sœur du roi, Catherine de Bourbon, voulait épouser le duc de Bar, prince lorrain et catholique. Or, un article de la discipline défendait de publier dans les temples les bans des mariages mixtes. Le synode répondit au pasteur qui posait la question, que la discipline devait être observée, et ajouta même la clause de

(1) Pamphlet politique dirigé contre les Guises et tous ceux qui s'étaient laissés corrompre par l'or de Philippe IL

suspension et de dégradation pour ceux qui y contreviendraient (1).

On avertit solennellement les fidèles de se tenir en garde contre ceux qui essayaient de mêler les deux religions. « De telles gens ne lâchent de séduire les esprits trop crédules que pour leur faire quitter ensuite la profession du saint Évangile. » L'humaniste Pierre Cayet y fut censuré pour son livre : Conseils pieux sur les moyens d*apaiser les différends de religions. 11 quitta la religion réformée.

Les 19-25 mai 1601, se réunissait à Gergeau (Orléans) le seizième synode national. 11 décida qu'on écrirait une apologie de la confession de foi pour répondre aux calomnies des jésuites; pour les controverses de vive voix, il fait défense aux pasteurs de les provoquer. Si la dispute est publique, il faudra l'agrément préalable du consistoire, et, si la conférence est générale, le synode seul pourra l'autoriser. Sage précaution, qui, si elle était prise aujourd'hui, nous éviterait ces polémiques de ton parfois excessif dans nos journaux religieux actuels.

C'est au dix-septième synode national tenu à Gap (1-23 novembre 1603) que fut adopté le fameux article sur l'antéchrist, nom donné au pontife romain par les réformés. — Cet article, qui ne fut pas maintenu d'ailleurs, était conçu en termes violents et regrettables ; ils parurent tout naturels aux membres de ce synode qui avaient à se plaindre, disaient-ils, de la violation quotidienne de l'Éditde Nantes. En tous cas, c'était maladroit, peu chrétien, et ne pouvait qu'entretenir l'agitation

(I) De Félice, Histoire des Synodes, p. 125.

dans le pays. A cette question se rattachait Taffaire de Mornay qui, ayant écrit un traité de TEucharistie dans lequel il qualifiait, lui aussi, le pape d'antechrist, fut approuvé par le synode. Les provinces de rile-de-France et de la Normandie et, notamment TÉglise de Paris, furent sévèrement censurées pour avoir nommé de leur propre chef un député général, « ce qui introduisait une déplorable semence de division ». Le synode cassa cette élection.

A La Rochelle (!*'' mars-12 avril 1607), le synode national décida, sur les observations des députés généraux, que l'article sur Tantéchrist, quoique très véritable^ ne serait pas imprimé; et par lettres au roi, portant que les députés sont prêts à conserver le repos de son État aux dépens de leurs propres vies^ û supplie Henri IV de se contenter de cette résolution.

Une autre question fut résolue, qui excédait les attributions des synodes. Les assemblées politiques des réformés avaient eu précédemment le droit exclusif de nommer les deux députés généraux auprès du roi. Le pouvoir de ces députés ne durait qu un an, ce qui amenait la convocation annuelle de ces assemblées politiques. Pour mettre un terme à ces réunions intolérables dans un État bien gouverné, le conseil du Roi avait déjà obtenu de l'assemblée politique de Châtellerault la présentation d'une liste sur laquelle le Roi choisirait les deux députés généraux. Allant plus loin, il voulut faire dresser cette liste par les synodes nationaux eux-mêmes qui se réunissaient annuellement, et il proposa de proroger les pouvoirs de ces députés pendant trois ans. Le synode eut la sagesse de refuser, en répondant

qu'il provoquerait de mauvais soupçons, sHl disposait de choses qui étaient hors delà doctrine et de la discipline pour lesquelles il était institué. H sauva ainsi indirectement les assemblées politiques qu'on n'eût pas hésité à supprimer comme tout à fait inutiles désormais. Pour en finir toutefois, le synode consentit à sanctionner la liste faite par l'assemblée de ChâtellerauU, et cette concession amena justement le résultat que voulait écarter le synode, la suppression des assemblées politiques — et plus tard Louis XIV, maintenant les synodes nationaux dans leurs attributions religieuses, nomma lui-même les deux députés généraux, qu'il remplaça même par un seul député général, nommé à vie.

Enfin le dix-neuvième synode se tint à Saint- Maixent(25mai-19 juin 1609), et rappela quel'article de la discipline contre les mariages mixtes « serait exactement observé et également à l'égard de toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient ». L'égalité de tous devant la règle établie fut énergiquement maintenue par tous les synodes.

A la mort de Henri IV, assassiné le 14 mai 1610, à l'instigation du même parti qui avait déjà porté la main sur son prédécesseur, la situation matérielle des réformés était satisfaisante. Mais la disparition de leur Roi réveilla toutes leurs inquiétudes. Plusieurs familles quittèrent Paris en toute hâte, bien que la garde des portes ait été confiée à des bourgeois des deux religions (1). Louis XIII était mineur, sa mère Marie de Médicis avait arraché au Parlement le titre de régente, et son premier acte fut de disgracier Sully, et d'accorder toutes ses faveurs

(1) De Félice, p. 299.

à un Italien, Concini. Malgré cela les réformés disaient (1) : « Nous avons pour notre conscience toute la liberté que nous pouvons désirer, et nous ne voulons pas à Tappétit de quelques factieux abandonner nos femmes et nos maisons. » Aussi laissèrent-ils Condé, les deux Vendôme, Longueville, Mayenne, et le duc de Bouillon, les uns catholiques, les autres protestants, prendre les armes contre la Cour, sans autre motif que celui de toucher de fortes indemnités pour cesser les hostilités après les avoir provoquées. Les débuts du règne de Louis XIII furent troublés par ces rébellions en 1614, 1616, 1617, 1619, auxquelles le roi lui-même, devenu chef de parti, prenait part contre la reinemère et son favori. C'était là pour les réformés une occasion favorable de conquérir de nouveaux avantages ; ils eurent la sagesse et le patriotisme de rester étrange-rs à ces déplorables divisions et d^écouter la voix du sage Duplessis-Mornay.

« Qu'on ne parle plus entre nous, disait-il, de huguenots, ni de papistes ; ces mots sont défendus par les édits ; quand il n'y aurait pas d'édit au monde, si nous sommes Français, si nous aimons notre patrie, nos familles, nous-mêmes, ils doivent être effacés de nos âmes ; il ne faut plus qu'une écharpe entre nous ; qui sera bon Français me sera citoyen^ me sera frère ». Aussi le président Jeannin pouvait-il lui écrire : « Vous vous êtes conduit, pendant cette misérable guerre de telle sorte que Leurs Majestés en ont contentement et y reconnaissent votre prudence et fidélité. »

Nous avons déjà dit que l'édit de Nantes fut confirmé à plusieurs reprises par Louis XIII, les

(1) Duruy, Histoire de Louis Xlll^ p. 10.

22 mai 1610, 12 mars 1615 et 20 juillet 1616. Malgré ces promesses formelles, les réformés vont encore tenir des assemblées politiques; Tune à ChâtellerauU le 27 mai 16H, avecT autorisation du Roi, pour qu'on y dressât une liste de six noms parmi lesquels Sa Majesté choisirait les deux députés généraux, puis à Saumur, où fut renouvelé le serment d'union, qui « consistait à jurer obéissance et fidélité au Roi, le souverain empire de Dieu demeurant en son entier »; d'autres enfin à Grenoble, à Nîmes, à La Rochelle, àLoudun. C'est toujours le même serment de fidélité et d'obéissance au Roi qui est prêté par les réformés ; à ce point de vue, leurs sentiments loyalistes ne sont pas douteux. Nous avons déjà blâmé la tenue de ces assemblées politiques ; ce reproche parait encore plus mérité à cette époque, où nul danger immédiat ne menaçait les huguenots, car il est certain que ces réunions, qu'on le voulût ou non, avaient pour conséquence nécessaire de perpétuer l'agitation dans le pays, et d'accréditer parmi les masses restées catholiques cette légende fausse que les protestants étaient d'incorrigibles perturbateurs de l'ordre social. Au sein même de ces assemblées divers courants se manifestaient, que signalent les historiens contemporains : il y avait des ambitieux qui se servaient du prétexte de la religion pour arriver à leurs fins particulières, des zélés qui ne demandaient qu'à pratiquer en paix leur religion, des timides enfin prêts à tout subir pour sauvegarder leur repos et leur vie (i). Tout cela était profondément regrettable.

A côté, et à part, le synode national continuait

(1) De Félice, p. 104.

ses convocations périodiques. A Privas (les 23 mai- 4 juillet 1612), on renouvela T union jurée à Mantes, avec l'approbation de Henri IV, — union dans la doctrine, la discipline et tout ce qui en dépendait; pour le reste, promettant à Leurs Majestés toute obéissance et fidélité, Tempire souverain de Dieu demeurant en son entier, — et ne désirant autre chose que de servir Dieu en liberté de conscience, sous la faveur des édits ».

Les synodes donc, après les assemblées politiques, protestaient des mêmes sentiments dans les mêmes termes, et si ce n'était peut-être pas Tarrière-pensée de quelques ambitieux, c'était l'expression exacte des volontés de la grande majorité des réformés. La preuve en est dans leur attitude à l'égard du pouvoir royal, tant dans le passé qu'à l'avenir. Le synode rétablit l'union entre les grands seigneurs divisés par des rivalités personnelles, et reçut leur respectueuse soumission, puis il repoussa énergiquement des lettres d'amnistie qui lui étaient adressées par le Conseil du Hoi, à l'occasion de la tenue de réunions politiques provinciales. Ces assemblées générales ou provinciales avaient été tenues sous Henri IV et Louis XIII, tantôt avec l'autorisation expresse, en tous- cas, avec l'autorisation tacite du gouvernement qui avait reçu leurs cahiers de requêtes. Or, le 16 avril 1612, la régente interdit ces assemblées à l'avenir, « mais accorde rémission et abolition du passé à ceux qui y avaient assisté ». Le synode fut indigné : « Ces termes de grâce et de pardon, s'écriait- il, navrent les cœurs et percent jusqu'à l'âme de tous ceux qui font profession de* la foi réformée dans ce royaume. C'est la marque d'une lâche trop infâme, puisqu'ils se croient^

comme en effet ils sont, les plus fidèles sujets de Leurs Majestés, Pour «es causes, les Églises déclarent qu'elles n*ont jamais requis, ni demandé, ni même tâché d'obtenir cette grâce ou pardon, et qu'aucun de leur corps n*est coupable des crimes imaginaires qu'on leur impute ; qu'ils sont tous prêts, en corps et séparément, de répondre de leurs actions, de les publier par tout le monde et de les montrer en plein jour, à la vue de toutes sortes de tourments plus aisés à endurer qu'une tache si honteuse d'infamie, qui les rendrait odieux et méprisables à la postérité et qui les priverait de l'honneur qu'on leur a toujours attribué d'être bons Français /»

A la bonne heure, voilà un cri du cœur qui mérite d'être retenu ; tout plutôt que le nom de mauvais Français I Sans doute le synode sortait de ses attributions, ce n'était pas lui que la Régente avait visé, mais seulement les assemblées politiques; il parlait au nom d'autrui. Mais s'il n'eût pas protesté nous y aurions perdu un magnifique élan d'indignation, et une attestation nouvelle des sentiments véritables des réformés. La Régente recula, et dans une nouvelle déclaration du 11 juillet 1612, elle reconnut que le roi était très satisfait des réformés en général.

Enfin, le même synode prononça de graves censures contre le pasteur Jérémie Ferrier, accusé de négligence dans la pratique de ses devoirs, et d'erreurs sur la foi. L'année suivante, Ferrier fut solennellement excommunié ipsv le synode provincial du Bas-Languedoc, autorisé par le synode général. Yoici la formule employée : « Nous pasteurs et anciens, déclarons que ledit M. Jérémie Ferrier est un homme scandaleux, incorrigible, impénitent, . indisciplinable, et comme tel, après avoir invoqué

le nom du Dieu vivant et vrai, au nom et en la puissance de N. S. Jésus-Christ, par la conduite du Saint-Esprit et V autorité de V Église^ nous l'avons ^eté et le jetons hors de la compagnie des fidèles. »

Voilà une formule expressive. Il faut que l'autorité de l'Église reste intacte. Nos pères avaient bien compris qu'il n'y aurait plus d'Église possible, s'il n'y avait pas d'autorité capable de jeter dehors ceux qui voudraient en saper les bases.

A Tonneins (vingt-deuxième synode), les 2 mai- 8 juin 1614, on signale pour la première fois sur le procès-verbal du synode que cette assemblée a eu lieu par la permission du Roi. Le serment d union est renouvelé : « Nous jurons, disent les Églises de France, de continuer inséparablement unies et conjointes dans la confession de foi. Nous voulons vivre et mourir dans cette confession, comme aussi garder in violablement la discipline ecclésiastique. » C'est toujours la même confession de foi gardée avec un soin jaloux. On n'hésilait pas à proclamer, à cette époque de foi vivante, que l'unité de doctrine et de disciplina était seule capable de préserver la Réforme française d'une entière destruction (1).

Le synode condamna la doctrine du régicide^ mise en avant par quelques jésuites, et notamment par le moine espagnol Suarez, disant que c'est honneur et gloire de frapper un prince hérétique et excommunié. C'était applaudir aux forfaits de Jacques Clément et deRavaillac. Le synode y répondit : « La Compagnie, détestant cette abominable doctrine avec ses auteurs, exhorte tous les fidèles à l'avoir en horreur et exécration, et tous ceux qui ont charge d'enseigner à la combattre fortemeni

(1) De Félice, p. 158, Hhloire des Synodes.

pour maintenir, conjointement- avec le droit de Dieu, celui des souveraines puissances qu'il a établies (I). »

Le vingt-deuxième synode national se tint à Vitré (18 mai-i8 juin 1617). Son premier acte fut d'envoyer au Roi quatre députés pour lui témoigner les sentiments d*ohéissance des réformés et la joie qu'ils éprouvaient de voir sa personne sacrée en pleine liberté. (C'était après l'assassinat de Concini) : « Nous croyons, lui dirent-ils, que le maintien de votre autorité est notre sûreté et que l'affermissement de votre couronne est notre conservation. » Et le Roi répondit : « Si vous continuez de me servir fidèlement, vous pouvez bien vous assurer que vous aurez un bon roi en moi et que je vous préserverai selon mes édits». —Le synode interdit^ en outre, aux pasteurs de prêcher sur les choses politiques, et les consistoires, colloques et synodes provinciaux sont chargés de poursuivre les délinquants et de les suspendre de leur ministère. Il impose à tous les pasteurs la résidence au milieu de leurs troupeaux.

Enfin le dernier des synodes nationaux tenus pendant cette longue période de paix s'assembla à Alais (les 1" octobre-!^ décembre 1620). Nous n'avons à en retenir pour notre sujet que le renouvellement solennel de Vunion des Églises de France,

(1) D6 Félice, Histoire des Synodes j p. 160 et suiv. — On lira avec intérêt le projet de réunion de toutes les Églises, réformée, luthérienne et anglicane, projet qui ne réussit pas, moins à raison des diversités de doctrines que des différences profondes dans l'organisation ecclésiastique de ces trois communions. Ce qui démontre une fois de plus que les réformés de France ont gardé des doctrines et une organisation ecclésiastique spéciales, qui ne sont pas venues de Tétrauger, mais sont bien uniquement d'origine française. A ce point de vue-là, l'entente n'était pas possible entre la

rance et les pays voisins.

Hélas, les hostilités ne devaient pas tarder à recommencer, à l'occasion des mesures prises dans le Béarn. La religion catholique y fut rétablie — ce qui était tout naturel. Mais injonction fut faite aux réformés béarnais de rendre les biens ecclésiastiques dont ils s'étaient emparés. Cet ordre mit le feu aux poudres. Sans doute, il avait pour conséquence immédiate de déchirer les contrats passés pendant deux générations, et de bouleverser les fortunes de milliers de familles. Il eût été plus sage de respecter les droits acquis, et d'accorder à qui de droit de légitimes indemnités, mesure de précaution que des gouvernements postérieurs devaient adopter, au xix* siècle notamment, pour les émigrés de la Révolution. Nous savons aussi — tous les historiens de cette époque l'attestent — que des vexations de toutes sortes mettaient à une rude épreuve la patience des huguenots. Nous confessons que le Roi devait à tous ses sujets la même protection et qu'il oubliait trop les huguenots, ses fidèles sujets. Malgré tout, il n'y avait pas de raisons suffisantes pour prendre les armes et continuer l'agitation, et il faut reconnaître ici plus que jamais que les réformés français, par la turbulence de beaucoup d'entre eux, constituaient pour la sécurité intérieure de l' É tat im danger auquel il était du devoir du gouvernement de parer sans faiblesse. Le pouvoir central allait montrer qu'il était désormais le plus fort, et qu'il entendait être obéi par tous, grands seigneurs et réformés, et son but va être de détruire par la force tous ceux qui ne voudront pas se soumettre.

C'est le 4 janvier 1621 que se réunit l'assemblée politique de La Rochelle. Kn vain le roi prononce sa dissolution; elle persiste à tenir séance, publie

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un manifeste et partage la France en huit cercles à la tète desquels elle place un chef, réglemente la levée des deniers et des troupes, détermine les attributions du général en chef, des conseils de province, etc. ; organisant ainsi, semblait-il, un État dans l'État (1^.

Mais ce qui est très curieux, c'est que dans ce manifeste les réformés proclament encore « qu'Us ne désiraient la liberté et la sûreté de leur religion que ^our demeurer inviolablement attachés à V obéissance du Roi (2). » — Le tout, disaient-ils à la fin de ce document « sous V autorité du Roi (3) ». Quelques historiens ont cru que l'assemblée de La Rochelle avait voulu établir en France une république à l'instar de celle des Provinces-Unies et rompre, en un mot, l'unité du royaume. Les termes mêmes du manifeste rapporté ci-dessus protestent contre une pareille interprétation, — et le sceau qu'avaient fait graver les réformés pour sceller leurs ordonnances et leurs délibérations indique assez clairement leurs véritables intentions (4). Le roi de France, si mal intentionné qu'il soit à leur égard, est toujours leur Roi.

L'acte de l'assemblée de La Rochelle était insensé.

(1) F. Poaux, Histoire de la Reformations t. V, p. 114 et 8uiv.

(2) Actes des Assemblées o&tionales. Manifeste de La Rochelle.

(3) V. encore Anquetil, t. III, p. 93.

(4) M. Napoléon Peyrat, dans son Histoire de pasteurs du désert^ p. 18, dit que le traité de Montpellier permit aux protestants d'espérer la réalisation de leur projet dès longtemps conçu, d'ériger la France, ou du moins le Midi, en république. Déjà, dit-il, Montauban grave sur ses médailles Reapublica montalbanensis. L'opinion personnelle de M. Peyrat, qui n*est appuyée sur aucun document historique et qui est, au contraire, contredite par tous les faits, ne saurait être retenue.

Il ne fut pas Fœuvre du corps tout entier des réformés, mais seulement d'un parti avec lequel les meilleurs et les plus importants ne voulurent pas se solidariser.

« La source de nos maux, dit le duc de Rohan, fut l'assemblée générale de La Rochelle convoquée par le sieur de Fa vas, député général. Sou prétexte était pour remédier aux affaires du Béarn, qui étaient sans remède, et le vrai sujet, le refus qu'on lui a fait du gouvernement de Lectoure, pensant se rendre considérable par là, et se faire rechercher pour y profiter. J'enauguraimal, je tâchai d'empêcher qu'elle ne se formât, et formée je m'efforçai de la faire séparer. Je fus accusé comme gagné par la couri (1)». Pierre Dumoulin, le pasteur qui venait de présider le synode national d'Alais en 1620, et qui par suite savait mieux que personne l'opinion des réformés, écrit aux députés assemblés à La Rochelle. « En obéissant au Roi, vous lèverez le prétexte de ceux qui incitent Sa Majesté à nous persécuter, et s'il faut que nous soyons persécutés, tous ceux qui craignent Dieu désirent que ce soit pour la profession de l'Évangile. En un mot, messieurs, je puis vous assurer que la plus grande et la meilleure partie de nos Églises désirent votre séparation (2). »

Duplessis-Mornay leur donna les mêmes conseils de sagesse et de retenue. Tout fut inutile. Mais il ressort de ces documents précis que les décisions de La Rochelle, prises seulement à la majorité de six voix (3), furent l'œuvre d'un groupe

(1) Mémoires de RohaD, cité par F. Puaux, p. 114, t. V.

(2) Le Patriote Français et impartial^ p. 124.

(3) DeFélice, p. 312.

d'ambitieux, dont il faut blâmer sévèrement Tattitude.

C'était donc la guerre (l). Louis XIII, après divers faits d'armes, accorda aux réformés la paix de Montpellier (1622), confirmative de Tédit de Nantes, et deux villes de sûreté, La Rochelle et Montauban, avec interdiction absolue de tenir aucune réunion politique sans Tautorisation du Roi.

Pendant ce siège de Montpellier (30 août 1622), voici un fait qui démontre l'état d'esprit des réformés à regard de leur Roi. Il est relaté dans le journal d'un bourgeois de Montpellier (2).

« L'après-dinée (30 août), Sa Majesté faisant le tour de ville faillit estre tuée d'un coup de canon ; c'eust été un malheur extrême et une très grande affliction à ceux de dedans, qui ne recognoissaient pas de loin que le Roy fust dans cette troupe. Mais, de fait, que ceux qui approchent de Sa Majesté empeschent qu'elle n'expose point sa personne sacrée à tant de périls ! » On n'est pas plus chevaleresque, et plus fidèle royaliste (3) !

(1) « Le subject des guerres civiles qu'en nos jours ont affligez ce royaume n'est pas inconneu, les plus louches voyent assez clair dans le desseing des ennemis de l'Église qui soubz prétexte d'une imaginaire rébellion attaquoient la religion, violoientla foi publique des édicts et destraictez, et feignant ne demander que Vubéissance à Sa Majesté^ abusans de sa bonté f allaient à la ruine eutière des huguenots, y» Voilà ce que pense de la guerre un contemporain qui a écrit au jour le jour ses impressions (Voir ci-dessous).

(2) Nous devons cette communication à l'amabilité d*un de nos distingués confrères, M. E. Bonnet, avocat à Montpellier, qui est détenteur d'une copie de ce journal, dont l'original se trouve à la Bibliothèque Mazarine (fonds des Minimes, no 81;.

(3) Dans le même journal de ce bourgeois protestant de Montpellier, on lit les lignes suivantes qui dépeignent nettement l'état d'esprit des réformés à l'égard de leur Roi.

Avec Richelieu, qui entre au conseil du Roi en 1624, les protestants vont cesser de constituer un parti. On sait quel fut le but de Richelieu : réduire les protestants à n'être plus qu'une communion religieuse dissidente. 11 va poursuivre l'anéantissement des protestants, en tant que parti, comme il poursuivit Chalais, Montmorency et le comte de Soissons qui s'étaient révoltés, Cinq-Mars et de

« L'assemblée des députez desdites trois villes (Nîmes, (Jzès et Montpellier), fut donc tenue le 29^ dudit mois d*aoûi (1632) en présence de M. de Rohan et de son conseil, mais la négociation fust rompue et Tespérance de la paix retranchée sur ce qu*on demandait de la part du Roy, que l'entrée fût libre à S. M. dans lesdites trois villes, à quoy iesdits desputez n*osèrent se soubmettre. Plusieurs ont blasmé et blasmeront ce refus, l'attribuant à félonie, rébellion et désobéissance. Mais si on considère les justes subjects de mesfiance qui les obligèrent à s'y résoudre, et qu'on veuille les examiner sans passion, on trouvera leur excuse dans le respect gui est dû à Sa Mnjpslé à laquelle ils se recognoissaient légitimement assujettis de Dieu, car le train que ceste guerre a prins depuis qu'elle est commencée leur fait croire indubitablement qu'elle tend à leur persécution. Les menaces de leurs ennemis dans la province soit en public, soit en particulier, le leur persuadaient, et la harangue faite par i'évêque de Montpellier à S. M. lorsqu'elle arriva à Béziers, remplie de calomnies et de faussetez, conceue en termes d'invectives et de menaces, leur fait voir dans le dessein du clergé et des catholiques romains, puisqu'avec des artifices d'orateur il ose impudemment offenser la mémoire de ce grand Henry et de ceux qui luy conseillèrent de donner l'Édit de paix, soubz lequel nous avons vécu doucement plusieurs années. Joignez à cela l'exemple du mauvais traitement que ceux de Lunel venaient de recevoir tout fraîchement, après avoir eu les assurances de foy de M. le Prince, et donnez quelque excuse à la mesfiance des peuples effarouchez qui estaient dans l'appréhension du courroux de leur Roy irrité et offensé de leurs fortifications et autres dcsportemeos. >»

On voit dans ces lignes se manifester l'hésitation des protestants qui ne demanderaient pas mieux que de se soumettre aux volontés du Roi qu'ils respectent ; mais qui ont peur des conseillers du Roi, et de l'influence mauvaise que ceux-ci pourraient avoir sur sa Majesté.

Thou qui avaient conspiré, Boute ville, Montmorency et le marquis de Beuvron qui avaient enfreint l'édit contre les dueh. Le tout au nom de Tautorité du pouvoir royal.

Richelieu était décidé à en finir avec les troubles* qui renaissaient çà et là dans les Gévennes, où se trouvait le duc de Rohan ; il visait surtout la Rochelle qui occupait dans TÉtat une situation tout h fait exceptionnelle, sorte de ville libre, chez qui les réformés avaient toujours un refuge assuré- Lorsqu'il fut libre de ses mouvements, il entraîna Louis XIII et Tarmée royale. Après un siège de plus d'un an, la ville fut emportée, et ses fortification» démolies, sauf celles qui regardaient la mer. La grande masse des réformés n'était point intervenue dans cette guerre. On sentait bien que le temps était passé de ces interminables guerres civiles; Fesprit d'aventure avait pris fin ; Tautorité du roi apparaissait à tous les bons esprits comme une chose incontestée désormais et nécessaire, et beaucoup de réformés avaient renoncé à leur organisation politique sous la condition qu'on continuât à leur garantir leurs libertés religieuses. Aussi Tappel des Rochellois ne fut-il pas entendu en France ; il ne devait pas l'être, et il importe de ne pas mettre à la charge des réformés en général cette dernière guerre qui fut localisée à La Rochelle, et dans les Gévennes, où le duc de Rohan fut bientôt obligé de mettre bas les armes. — La paixd'Alai^ ou Édit de grâce clôturait définitivement les guerres civiles. 11 laissait aux protestants les garanties civiles et la liberté religieuse que leur avait données redit de Nantes, mais ne leur octroyait plus cette faveur exorbitante : la concession de places de sûreté.

La modération de ce traité accordé à des vain-

eus fait le plus grand honneur à Richelieu qui a eu le grand mérite de ne vouloir en France qu'une seule catégorie de Français, sans distinction de religion. La liberté de conscience est respectée par lui — c'est tout ce qu'il pouvait et devait accorder aux réformés (1). Mais ce qu'il avait le devoir de combattre sans pitié, c'étaient tous les partis politiques en France qui avaient sans cesse les armes à la main — et cela de quelque prétexte qu'ils couvrissent leurs agissements. Richelieu, dans sa lutte contre les réformés, n'était pas le champion de l'Église romaine; il était uniquement le ministre de France ; ce qui est même assez remarquable, étant donné qu'il était un haut dignitaire de l'Église romaine, évêque de Luçon lui-même, et cardinal. Il voulait seulement fonder la monarchie incontestée dans tout le royaume, et la preuve, c'est que tandis qu'il abattait le protestantisme au dedans, il le secourait en Allemagne, et préparait le triomphe du protestantisme allemand consacré par le traité de WestphaUe.

Avant de clôturer ce chapitre, disons un mot des deux assemblées synodales, tenues à cette époque Tune à Charenton (vingt-quatrième synode) les l®"" septembre-1" octobre 1623. Ici pour la pre-

(0 M. Weis3, dans son Histoire des réfugiés protestants, tome I, p. 30. « Personne ni parmi les catholiques, ni parmi les réformés eux-mêmes n'avait encore réclamé au nom du grand principe de la liberté religieuse; personne n'avait encore élevé la voix pour soustraire la conscience à la domination du souverain. Richelieu fut donc vraiment supérieur à ses contemporains ». Ceci est vrai, en principe ; remarquons toutefois que Coligny a déjà compris le principe de la liberté religieuse, et que les réformés vaincus ont demandé cette liberté à leurs vainqueurs, non pas au nom d'un principe supérieur, mais à titre de concession, et parce qu'ils ne pouvaient espérer davantage.

mière fois se présenté un commissaire royal avec mission d'ouvrir le synode et d'assister aux séances, afin, disait-il, qu'on n'y traitât d'aucune matière qui fût contraire au service du Roi et préjudiciable à la paix publique. Le synode protesta moins contre la présence elle-même du commissaire que contre les motifs donnés pour cette présence. « Nos colloques et synodes sont injustement accusés d'avoir passé les bornes de leur devoir, qu'ils ont néanmoins rendu à Sa Majesté dans toutes leurs consultations et toutes les matières qu'ils ont traitées», et la déclaration suivante fut insérée sur le procès-verbal de la séance : « Le synode, souhaitant de donner des marques claires et dont on ne pût pas douter de son obéissance et fidélité envers le Roif admit ledit seigneur Galland parmi les députés, s'assurant que Sa Majesté nous rétablirait par sa bonté royale dans nos anciennes libertés et privilèges. »

Le commissaire royal informa le synode de la volonté du roi, qui ne voulait pas qu'on employât enFraLtice des pasteurs étrangers. Mesure excellente en elle-même ; il vaut mieux que chaque nation fasse appel à ses nationaux. Mais il faut se rappeler qu'à cette époque le recrutement des pasteurs français n'était pas très facile ; et que les catholiques ne se faisaient aucun scrupule d'appeler en France des prêtres ou moines espagnols et italiens. C'est ce que répondit un jour le pasteur Mestrezat, au cardinal de Richelieu qui lui demandait pourquoi les réformés avaient des ministres non français. « 11 serait à souhaiter, dit Mestrezat, que tant de moines italiens qui sont en France eussent autant de zèle pour sa Majesté que ces pasteurs étrangers qui ne reconnaissent comme autre souverain que

le Roi. » A quoi le cardinal répliqua en lui frappant sur Tépaule. « Voilà bien le plus hardi ministre de France » (i).

M. de Galland demanda encore Yexclusion de Pierre Dumoulin coupable d'avoir écrit une lettre à Jacques T', dans laquelle il l'appelait le « protecteur des Églises protestantes de l'Europe ». C*était une punition exagérée pour un acte repréhensible à coup sûr, qui ne saurait être toléré par un gouvernement digne de ce nom (2), mais qui, en l'espèce, n'emportait pas de la part de ce ministre l'oubli de ses devoirs de Français.

Le synode est enfin invité à enjoindre aux pasteurs de ne plus assister aux assemblées politiques autorisées par le Roi, et cela « parce que ces députations les éloignaient des devoirs de leurs fonctions spirituelles » ; c'était une excellente raison. Mais les synodes précédents avaient déjà prescrit la môme règle.

Vint ensuite le vingt-cinquième synode à Castres (16 septembre-5 novembre 1626). Retenons-en cette déclaration préliminaire du modérateur, le pasteur Jean Chauve. Il déclara que les réformés étaient prêts à sacrifier leurs biens et leurs personnes pour le service de Su Majesté; qu'ils ne voulaient avoir ni correspondance, ni alliance avec les nations étrangères, sauf en ce qui serait selon Dieu, et sous le bon plaisir de Sa Majesté, souhaitant toujours de viyre sous sa protection, il affirma qu'aucun ministre n'avait pris part à une conspiration, ajoutant que si Ton pouvait prouver

(1) Bayle, Dictionnaire historique^ art. Mestrezat, note E.

(2) L'article 3 de la loi organique du 18 germinal an X interdit les relations des Églises protestantes et de leurs ministres avec toute puissance ou autorité étrangère.

pareille accusation, le synode serait le premier à condamner les perturbateurs du repos public^ ayant toujours abhorré la doctrine de ceux qui avaient tenté de tremper leurs mains dans le sang des rois et qui entretenaient encore des intelligences avec rétranger contre Tau to rite royale (i). Ceci visait les jésuites et la Cour de Madrid qui avait essayé de pousser le duc de Rohan à un nouveau soulèvement, qu'on avait accusé certains pasteurs de favoriser. Accusation bien invraisemblable; les protestants français et surtout les pasteurs n'auraient jamais songé à contracter une alliance quelconque avec leurs pires ennemis, les Espagnols. Quant à ceux-ci, tous les moyens leur auraient paru bons pour porter atteinte à la puissance grandissante de la France.

Le synode recommande ensuite aux fidèles Toubli du passé ; il les supplie de s'efforcer à l'envi de rendre les meilleurs services à Sa Majesté, ayant toujours en vue la gloire de Dieu et le bien de rÉtat ; tout ce qu'il demandait, c'était pour les réformés le libre exercice de leur religion.

Ainsi donc toutes les assemblées religieuses des réformés aussi bien que leurs assemblées politiques, même celle de La Rochelle, qui parait la plus révolutionnaire, ont protesté par leurs paroles et par leurs actes de leur attachement et de leur fidélité au Roi de France.

Si nous résumons ce chapitre en quelques lignes, nous dirons que les réformés de France ont cessé pendant cette période d'être de simples persécutés ; qu'ils ont pris les armes pour se défendre et constitué un parti politique. Situation anormale, déplo-

(l> De Félice^ Histoire des Synodes^ p. 187 et suiv.

rable, mais nécessaire à cette époque, où le pouvoir royal n'était pas encore assez fort pour imposer à tous sa volonté. Pendant soixante-six ans, l'intervalle de deux générations, des guerres civiles entre réformés et catholiques ont ensanglanté la France. Pour soutenir ces guerres, où Ton se disputait la personne du roi, les réformés n'ont fait appel à l'étranger que lorsque leurs adversaires leur en ont donné eux-mêmes l'exemple, et cette intervention déplorable de l'étranger, ils l'ont regrettée.

S'ils ont créé un État dans l'État, leurs adversaires en ont fait autant. Ils sont moins intéressants dans cette seconde période que dans la première — surtout après la mort de Henri IV, alors qu'ils auraient dû comprendre que l'autorité incontestée du pouvoir royal ne devait plus tolérer en France l'existence de factions politiques. Leur destruction, à ce point de vue, fut donc un devoir pour la royauté.

Les réformés ont si bien compris cette attitude nécessaire de la royauté, qu'ils n'ont jamais songé à attaquer la personne du Roi, ni le principe même de son autorité. Ici comme précédemment, ils sont toujours restés fervents royalistes. Nous avons entendu leurs déclarations si catégoriques à ce sujet, tandis que la Ligue a combattu ouvertement le Roi de France.

Ils ont maintenu intacte leur confession de foi originaire et prononcé l'excommunication contre tous les dissidents.

Sous l'empire de la nécessité, et non pas au nom de leurs principes religieux, ils ont demandé à leurs vainqueurs la liberté religieuse, à titre de concession. Ainsi ce que n'aurait peut-être pas produit la doctrine de la réforme par elle-même.

et par elle seule va être réalisé par les persécutions et les guerres civiles, qui avaient déjà fait entrevoir à cette époque le principe delà liberté de conscience, principe que de nouvelles persécutions dans la troisième période vont dégager plus corn* plètement.

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