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CHAPITRE V

L'assemblée religieuse de 1848. — Le décret de 1852. — Le synode de 1872. — La séparation officielle des orthodoxes et des libéraux. — Le synode général officieux de 1879. (1848-1897).

La Révolution de 1848 ne devait apporter aucun changement dans la situation des réformés de France, pris dans leur ensemble. Nous avons exposé les sentiments de reconnaissance qui rattachaient les protestants au gouvernement de Louis-Philippe ; ils n'avaient à demander que le maintien de leur situation actuelle. Aussi ne contribuèrent-ils pas à la chute d'un régime, qui avait étendu sur eux sa protection, et auquel ils donnèrent tous leurs regrets. Quand on est heureux du présent, on n'appelle pas de ses vœux un avenir qui peut tout modifier. C*est le il septembre 1848, que se réunit à Paris l'Assemblée générale des protestants, réunion purement officieuse, dans laquelle toutes les Éghses de France ne furent pas représentées, et que le gouvernement ne reconnut pas. C'est dire que cette réunion devait être tout à fait inutile ; car elle ne pouvait prendre aucune décision, n'ayant aucune autorité légale. On eut dès la première séance la preuve de ce manque d'autorité : un pasteur de son propre chef, sans avoir même l'appui d'un consistoire, protesta d'avance contre toutes les résolutions de l'assemblée, en disant qu'il regarderait tous ses actes comme non avenus. C'était là une manifestation nouvelle de l'esprit nouveau.

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Aussi la proposition émise pour qu'un symbole de foi fût adopté n'avait-elle pas grandes chances d*ôtre votée. Des divisions capitales s'affirmèrent encore h cette réunion: entre les orthodoxes et les libéraux, les uns voulant pour la société religieuse des articles de dogme nettement formulés et acceptés, les autres invoquant le libre examen, sous l'autorité des écritures, pour rejeter toute confession de foi détaillée — et Ton sait ce que signifie pour les libéraux le libre examen. Les orthodoxes, en cette circonstance comme en beaucoup d'autres que nous retrouverons, n'eurent pas le courage de leur opinion: gêaés qu'ils étaient d'ailleurs, nous l'avons dit, par le défaut de représentation à cette assemblée de toutes les Églises de France. Aussi réservera-t-on la question essentielle, à savoir la proclamation de la confession de foi. Une fraction de cette assemblée, la seule qui fût logique avec elle-même, se sépara, pour former l'union des Églises évangéliques de France (Église libre), dont le synode particulier s'est ouvert le 20 août 1849, dans lequel fut rédigée une confession de foi.

Cependant la constitution nouvelle avait été promulguée (4 novembre 18 i8). « Chacun, disait l'article 7, professe librement sa religion et reçoit de l'État pour l'exercice de son culte une égale protection. Les ministres soit des cultes actuellement reconnus par la loi, soit de ceux qui seraient reconnus à l'avenir, ont le droit de recevoir un traitement de l'État. »

La seule différence avec le passé — et à proprement parler ce n'est pas une différence — c'est que la religion catholique n'est même plus désignée comme la religion delà majorité des Français.

Le second Empire ne devait pas tarder à rétablir

Tordre troublé dans la rue pendant les derniers jours de la deuxième République. Ce nouveau changement laissa les protestants assez indifférents. Plus tard, dans cette période de magnifique prospé* rite qui marqua les quinze dernières années du nouveau régime, ils se rapprochèrent du gouvernement ; nous en voyons beaucoup accepter les fonctions ofûcielles, et tous bénéficièrent de la protection de TEmpereur, dont le pouvoir était assez fort pour imposer à tous les partis la tranquillité et la tolérance.

La Constitution du 14 janvier 1852 s'exprimait ainsi dans son article 1" : « La Constitution reconnaît, confirme et garantit les grands principes proclamés en 1789, et qui sont la base du droit public des Français. Il n'y a donc rien de nouveau au point de vue des droits reconnus aux protestants. » Le décret du 26 mars-5 mai 1852 devait apporter quelques changements dans l'organisation ecclésiastique. L'article l**" constitue la paroisse, qui en 1802 était absorbée dans la création arbitraire de l'Église consistoriale. IL y a une paroisse partout où l'Élat rétribue un ou plusieurs pasteurs. Chacune a un conseil presbytéral, et la réunion d'un certain nombre de conseils presbytéraux constitue le consistoire (I). Les protestants des localités où le gouvernement n'a pas encore institué de pasteur seront rattachés administrativement au consistoire

(I) Ce décret de 1852 a été abrogé par la loi du !«' août 1879, spécial à la Ck>Dfes8ioii d*Aagsbourg,dont nous n'avons pas à nous occuper; il est encore en vigueur pour l'Église réformée de France. Divers arrêtés ministériels ou décrets ont modiQé successivement la capacité électorale et les conditions de l'élection. Voir notamment : arrêté ministériel du 30 mai 18ô3; décret du 12 avril 1880, circulaires ministérîelieft des 30 août 1880 et 28 février 1881*

le plus voisin (art. 4\ Une innovation importante fut la création d'un conseil central des Églises réformées de France étabU à Paris. L'exposé de motifs de ce décret rappelle qu'en 1819 et en 1839 une commission de ce genre fut instituée et rendit de véritables services. « On trouverait, disait-il, dans cette institution un intermédiaire influent entre Tadministration et les consistoires généraux, un organe sincère et efficace des intérêts respectifs. » La fonction de ce conseil central est donc de représenter les Églises auprès du gouvernement et du chef de l'État, de s'occuper des questions d'intérêt général dont il est chargé par l'administration ou par les Églises, et notamment de concourir à l'exécution des mesures prescrites parle présent décret (art. 6). Son rôle est à peu près le même, que celui qui était attribué jadis auprès du Roi aux députés généraux des Églises réformées.

Des synodes provinciaux, il n'est pas parlé ; du synode général pas davantage. Le conseil central était-il destiné à le remplacer? non certes. « C'est, dit M. Levavasseur de Précourt, commissaire du gouvernement, dans ses conclusions devant le conseil d'État, c'est un corps plus aàministratif que religieux, et dont l'existence peut parfaitement se concilier avec celle du synode. (Dalloz, 1881, 3, 65). » Nous retrouverons bientôt cette importante question. Notons en passant que les articles organiques du 18 germinal an X sont confirmés en tout ce qu'ils n'ont pas de contraire aux articles cidessus (art. 15).

. Cependant les doctrines libérales s'accentuaient davantage, et l'abîme se creusait plus profond entre les dissidents et ceux qui entendaient rester fidèles aux dogmes constitutifs de la Réforme

iS6 L'ESPRIT PROTESTANT.

française ; « si bien qu'un jour vint, dit M. Bonifas, p. 703, où Topposition entre les deux fractions fut si radicale et si complète que tout accord fut reconnu impossible. » Entre les traditions françaises d'une part, et les théories rationalistes importées d'Allemagne, et propagées par la Revue de Strasbourg notamment, la lutte devait être ardente; elle le fut, et ne se borna pas à des polémiques de presse. Un des faits les plus retentissants fut la destitution du pasteur Adolphe Monod par le consistoire de Lyon. Adolphe Monod nous dit un auteur (1), prêchait avec toute Tardeur d'un néophyte, la repentance, la conversion, le salut par la seule croix de Christ, En même temps il protestait contre la manière dont la sainte Gène était distribuée à tous sans examens et sans restriction d'aucun genre. Invité à donner sa démission, il refuse, et sa défense est à signaler, parce qu'elle précise bien le débat entre libéraux et orthodoxes : « Sa prédication, disait-il, était de tous points conforme à renseignement constant des Églises réformées^ et en particulier aux doctrines de la confession de foi de La Rochelle. Sa conduite pastorale était d'accord avec les règles de V ancienne discipline qu'aucune décision ecclésiastique n'avait abrogées. Je crois, ajoutait-il, qu'il est impossible que les deux doctrines opposées restent en possession de la même Église; et qu'une séparation doit se faire. J'estime que la doctrine de la grâce est celle à laquelle appartient l'Église réformée de France avec toutes les institutions comme aussi tous les secours qu'elle reçoit de l'État ; qu'elle est chez elle, qu'elle doit y rester ^ et que c'est à la doctrine

(1) M. Bonifas, Histoire des Protestants, p. 704.

des œuvres à sortir ( 1 ). » Pour la question de la sainte Cène, il invoquait à la fois le texte de Tancienne discipline et celui de la loi de Germinal, qui visait cette discipline et chargeait les consistoires de veiller à son maintien (art. 5 et 30). « Là où les règles que je propose, disait-il, ne seraient pas observées, on violerait à la fois la Bible, la discipline ecclésiastique et la loi de TÉtat. »

Le consistoire lui répondit que le concordat avait été fait avec les protestants du xix* siècle et non avec ceux du xvi* siècle, que le culte pratiqué à Lyon et reconnu par l'État était le culte tel que l'entendaient et le suivaient les protestants de France, et non les pratiques du xvi* siècle, incompatibles avec les mœurs et les idées actuelles, et tombées on désuétude en France depuis dix générations (2). Mauvais arguments, inexacts en fait — le consistoire ne pouvait pas l'ignorer — la destitution n'en fut pas moins prononcée.

Puis, comme un torrent entraîné par sa pente, le libéralisme se précipita dans la voie des négations audacieuses, se dépouillant peu à peu de toutes les doctrines essentielles du nouveau Testa- ' ment. En 1850, MM. Schérer et Colani avaient déjà fondé une revue de théologie, qui répudiait toute autre autorité que celle de la conscience et la raison individuelles, et attaquait le caractère divin de

(1) Destitution d*Adolphe Moood, récit par lui-même 1864, p. 117-129. Cette thèse est incontestable au point de vue historique ; nous l'avons déjà démontré ; il en résulte que la doctrine libérale étant une religion nouvelle, et non reconnue par l'État, les pasteurs libéraux ne devraient pas recevoir un traitement, à moins que les libéraux ne fissent au préalable reconnaître leur culte par le gouvernement; demande qu'ils ont à coup sûr le droit de formuler.

(2) Revue chrétienne, 1861, p. 236.

la Bible, en même temps que Tauthenticité des livres qui la composent. Ce n'était plus pour eux qu'un recueil littéraire, et Jésus-Christ qu'un sage, par qui aucun miracle n'avait été accompli (1). En J859, parut le livre de M. Pécaut, Le Christ et la Conscience, où Jésus-Christ n'est plus un Dieu, mais un homme ordinaire, sujet comme les autres à l'erreur et au péché. Ce livre était un véritable blasphème ; il fut applaudi par les chefs du libéralisme, MM. Athanase Coquerel fils, Albert Réville, Ernest Fontanès, Théophile Bort, etc.

Et l'on dira après cela que le libéralisme c'est le protestantisme; autant dire alors que ce dernier n'est pas un culte chrétien; car il n'y a plus de culte chrétien, là où il manque le Christ. Peu de temps après, M. Renan faisait paraître la Vie de Jésus ;i^o\}v lui, le Christ était un rêveur séduisant et habile qui n'a pas été impeccable (2), et dont l'imagination d'une hallucinée a fait un Dieu! — A ce livre aussi les mômes libéraux prodiguèrent leurs hommages, tandis que les orthodoxes mani* festaient leur réprobation. Il y avait là une situation vraiment intolérable; et s'il faut s'étonner d'une chose, c'est que de part et d'autre on n'ait pas eu le courage de rompre sans plus tarder, car on ne nous fera jamais comprendre quelle utilité U peut y avoir à grouper sous un même nom deux religions aussi opposées. Mieux vaut, à tous points de vue, les situations nettes que cette équivoque qui s'est prolongée trop longtemps. M. Pécaut avait

(1) C'est encore la théorie jacobine. Des hommes, qui avaient créé le culte de la déesse Raison, ne pouvaient pas se soumettre à Tautorité d*un livre dont ils n^étaieut pas les auteurs Le jacobin est un être supérieur à toute autorité; il le croit du moins.

(2) Vie de Jésus, par Renan, p. 434-4&8.

plus de franchise, quaad il disait en 1864 : « Par* Ions vrai (i), nous sommes d'une autre Église que les plus modérés des orthodoxes chrétiens ; entre ces deux tendances, dignes de respect Vune et Vautre, il n'y a nul moyen de s'entendre dans Venceinte d'une même Église. » Aussi logique avec luimême, il engageait ceux qui avaient cessé de croire au christianisme traditionnel à fonder une Église nouvelle, à qui appartiendrait Favenir, disait-il.

Pourquoi cet appel ne fut-U pas entendu? C'était la seule chose raisonnable. Mais les libéraux voulurent rester dans F Église protestante, les uns espérant la transformer, disons mieux la ruiner, les autres, plus perspicaces, sentant bien qu'ils n'étaient qu'une minorité sans cohésion, qui avait besoin d'un abri et d'un appui moral ; et les orthodoxes les tolérèrent, sans se rendre compte du mal qu'ils se faisaient; peut-être aussi ne voulurent-Us pas accuser de façon catégorique les divisions intestines, qui étaient cependant bien connues dans le public; ou bien furent-Us hypnotisés parle désir de paraître plus nombreux, comme si l'importance et la vie d'une religion se mesurent au chiffre de ses membres; bref, Us manquèrent d'énergie en n'osant pas coupei* les amarres, et Us continuèrent, comme font encore leurs descendants en 1900, à traîner après eux ce poids mort, qui peut les faire culbuter sur le chemin.

Au lieu d'une séparation définitive, la lutte continua — excellent exemple à donner — au sein des Églises eUes-mêmes. En décembre 1864, par douze voix contre trois, le coriseU presbytéral de

(I) De V Avenir du théisme chrétien, p. 200-2^1. Et c'est cependant M. Pécaut qu'on nous jette à tous moments dans les jambes, comme slt était protestant;

Paris refusa de nommer, à la place de M. Martin- Paschoud, M. Athanase Coquerel fils, à qui on reprochait avec raison ses éloges à Renan, et le fait qu'il prêtait volontiers sa chaire à des hommes qui faisaient profession de ne pas croire au sur^ naturel. L'affaire fit grand bruit; elle fut portée devant le consistoire de Paris, qui eut cependant la courage de maintenir la décision du conseil presbytéral, « attendu que ce dernier s'était judicieusement et fermement acquitté de son devoir envers l'Église protestante, en veillant au maintien de la foi sur laquelle cette Église était fondée; car^ professer des croyances personnelles au sein d'une société religieuse qui ne les partage points et en lui contestant sa propre foi, ce n'est point l'usage normal, mais l'abus anarchique de la liberté ». Enfin, voilà une affirmation catégorique et en même temps un aveu des dangers de la liberté et du libre examen, tel que l'entendaient les libéraux.

Alors ce fut une lutte sans merci, d'une violence inouïe; des pétitions contre pétitions furent organisées; des journaux publièrent de part et d'autre des articles incendiaires, et le consistoire de Nîmes infligea un blâme à l'Église de Paris. Admirons un instant ces luttes furieuses de deux partis qui n'ont aucun point de vue commun, qui pouvaient très facilement habiter deux maisons différentes et rester chacun chez soi sans disputes, et qui ont préféré tous deux loger sous le même toit, afin d'avoir plus de facilités pour s'entre-dévorer, tandis que leurs adversaires marquaient les coups et se moquaient d'eux. Regrettons surtout l'absence des synodes généraux d'autrefois et de leur fermeté. L'exécution n'aurait pas tardé.

Toute la discussion pouvait se résumer en cette phrase : « L'Église réformée est-elle une association d'hommes professant en commua des croyances précises, ou bien n'est-elle qu'une école ouverte à tous les enseignements, et dans laquelle peuvent être présentées toutes les opinions, même les plus contradictoires? »

Poser la question, c'est la résoudre.

Les libéraux disaient : « Les corps ecclésiastiques constitués par la loi sont incompétents en matière de dogme; ils ne sont chargés de veUler qu'au maintien de la discipline. D'ailleurs où est la doctrine de l'Église réformée? Dans la confession de foi de La Rochelle ? Mais personne aujourd'hui n'en accepte tous les articles ; dans les liturgies ? il y en a plusieurs éditions ; dans le symbole des apôtres.? ce n'est pas un document protestant, et on n'est pas d'accord sur le sens de ses termes et il n'y a pas d'autorité qui puisse formuler une confession de foi. Donc chacun est libre. Ces arguments ainsi présentés constituaienf'par eux-mêmes un scandale; autant valait dire qu'U n'y avait jamais eu, et qu'il ne devait pas y avoir de religion protestante.

Il était trop facile de leur répondre, nous l'avons déjà fait chemin faisant : la lettre, comme l'esprit de la loi, donnent aux consistoires le droit de veiller à l' enseignement de la doctrine. Eh chargeant les conseils presbytéraux de maintenir l'orc?r(? et la discipline (1), la loi interdisait nécessairement aux pasteurs d'attaquer du haut de la chaire les opinions de la majorité de leurs auditeurs ; en les

(1) Arrêté miDistèriel du 20 mai 1853, art. 1, qui n*est que le commentaire du décret de 1852.

invitant à veiller au maintien de la liturgie (1), elle leur donnait mandat d'interdire toutes attaques contre cette liturgie. Or, tout sermon d'un pasteur libéral était le renversement. absolu de la litiirgie elle-même ; enfin, ils étaient chargés d'empêcher tout scandale ; et comment qualifier l'attitude de pasteurs lisant la liturgie à laquelle ils refusaient de croire ! Sur l'argument que l'ÉgUse réformée n'a pas de confession de foi, il a été dit et répété que la confession de foi de La Rochelle a été acceptée par tous les protestants des xvi®, xvii' et xviii« siècles, qu'elle a été implicitement maintenue par le Concordat, qu'elle a continué, dans ses parties fondamentales (2), tout au moins, — et c'est là l'essentiel, — à être la règle de la majorité des protestants au xix°, et qu'elle doit rester la règle, tant que la seule autorité compétente, un synode général, n'y a pas porté atteinte (3). Sous prétexte de liberté de conscience, il ne faut pas porter atteinte à la conscience des fidèles en essayant de détruire une religion qu'ils entendent conserver et qui a pour elle les termes de la Bible, la tradition protestante et le texte même de la loi civile ; que ceux qui ne peuvent admettre une règle s'en aillent plus loin; ils sont libres ; qu'ils fondent une religion nouvelle, rien de mieux, bien que le besoin ne s'en fasse pas sentir, mais que de grâce ils nous laissent tranquilles chez nous ! Aucune entente n'est plus possible ; dans ces quarante dernières années, le droit de libre examen a accompli son évolution complète ;

(1) Arrêté ministériel du 20 mai 1853, art. 6.

(2) La divinité et l'autorité souveraine de» saintes Éciitures, et le salut par la foi en Jésus-Christ crucifié et ressuscité.

(3) Le synode général de 1872 a renvoyé à. celte confession de 15T2.

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il est devenu le droit de croire à tout et même à rien ; c'est le comble de Torgueil et de la vanité humaines ; c'est la négation audacieuse des volontés et des directions de Dieu. Dans cette voie les libéraux devaient aller loin, en religion comme en politique.

La volonté catégorique des vrais protestants s'affirmait néanmoins dans les conférences pastorales de Paris en 1864, où se trouvèrent réunis les représentants des Églises unies à l'État et ceux des Églises indépendantes ; à une très grosse majorité, la déclaration suivante fut votée :

« L'autorité que donne aux pasteurs leur ministère sacré réside tout entière dans la conformité de leurs enseignements aux déclarations des saintes Écritures et en particulier aux dogmes fondamentaux de la divinité de Jésus-Christ et de la Rédemption que l'Église chrétienne universelle a toujours cen* sidérés comme notoirement contenus dans la Bible, et qui sont exprimés dans toutes les liturgies protestantes; c'est donc un abus de pouvoir et une tyrannie spirituelle que de profiter de la qualité de ministre de Jésus-Christ et d'une Église chrétienne, pour propager directement ou indirectement des doctrines contraires (1) ».

Peu de temps après dans des conférences où n'assistaient que les représentants des Églises officielles, la proposition de M. le pasteur Pédézert fut adoptée par 141 voix contre 23 : « L'Église réformée de France a des doctrines positives et des corps officiels chargés de la faire respecter. Nous ne saurions comprendre ce que serait une Église qui n'aurait pas de foi commune, et dans laquelle les croyances

(1) Bonifas, p. 730-731.

les plus diverses et môme les plus contraires pourraient être indifféremment professées. »

Une proposition de M. Jalabert fut repoussée comme insuffisamment affirmative. Nous voilà donc fixés sur l'état d'esprit de la majorité. Les libéraux désappointés essayèrent de prendre leur revanche aux conférences de Nîmes (1864), où la majorité se trouve être libérale, par suite de l'interprétation arbitraire du règlement (l) ; les orthodoxes d'ailleurs se retirèrent, et par une sorte de bravade, la motion suivante fut adoptée : « Le symbole des apôtres ne saurait exprimer la foi protestante, parce qu'on est obligé de l'interpréter, de la traduire. Mieux vaut s'en tenir à l'Évangile interprété par la conscience. » C'est toujours le déploiement de ces formules vagues, qxii ne signifient rien, qui conviennent également à toutes les affirmations et négations, que peuvent concevoir les cerveaux de la brumeuse Allemagne, mais que n'acceptera jamais notre esprit ensoleillé.

D'esprit de suite chez les libéraux, aucun. En 1848, en 1855, Us avaient considéré le symbole des apôtres comme la seule confession de foi possible; en 1864, ils la désavouaient formellement. Aussi la conférence évangélique réunie à Alais les 1 9 et 20 octobre 1864 vola-t-eUe par acclamation la déclaration de la conférence de Paris. Un des membres dit à haute voix, ce que chacun pensait tout bas : « Nous écrivons une page glorieuse de notre histoire » et c'était vrai, dit M. Bonifas (^); l'Église protestante reprenait conscience d'elle-

(1) On n'admit que les pasteurs ayant souscrit à l'avance à celte conférence et les laïques faisant partie du consistoire de NSmes.

(2) Op. citât., p. 74 et suiv.

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même; elle affirmait solennellement que là foi des pères était la foi des enfants ; elle répétait quHl n'y a point d'Église sans croyances communes et déterminées.

En 1865, les élections triennales des conseillers presbytéraux à Paris se firent sur une question nettement posée : « Il s*agit pour notre Église de toute autre chose que d'une question de personnes : il s'agit de rester toujours ou de n'être plus chrétienne ». Et les électeurs répondirent : « La religion protestante veut rester ce qu'elle a été. » Toute la liste évangélique fut élue. Dans les conférences pastorales de Paris, en avril 1865, la majorité condamna encore les doctrines libérales par 106 voix sur 170 volants; sur la proposition de M. le pasteur de Pressensé (i), elle vota la résolution suivante : « Il n'y a pas d'Église possible sans la foi explicite en la résurrection de Jésus-Christ. » Comme conséquence de ces diverses affirmations, le consistoire de Paris destitua le pasteur xMartin Pàschoud. En \ 866, nouvelles déclarations aussi catégoriques dans les conférences pastorales de Paris, d'où les libéraux désormais battus se retirèrent.

L'œuvre était accomplie ; il s'agissait de la maintenir; et le principal facteur de ce maintien était une bonne loi électorale, déterminant d'une façon satisfaisante les conditions de l'électorat religieux. Sans doute, dans ces élections, l'État a le droit d'intervenir, en ce sens que c'est à lui qu'appartient le soin de déterminer les conditions civiles (conditions d'âge, d'honorabilité, de domicile, durée du mandat paroissial, portée de ce mandat, etc.); mais

(1) Nous parlons du père, avec lequel il ne faut pas confondre le fils Francis de Pressensé qui n'est pas pasteur, et qui a de tout autres théories.

à côté et aussi nécessaires doivent entrer en ligné des conditions religieuses, que l'Église elle-même et elle seule peut fixer. Le législateur de 1852 avait maintenu cette distinction. Tout le monde ne peut pas être électeur de droit; on ne devient électeur que si l'on remplit certaines conditions à déterminer. C'est pourquoi la circulaire ministérielle du 14 septembre 1852 prescrivait à ceux qui voudraient jouir du droit électoral « de justifier qu'ils ont été admis dans l'Église conformément aux règles établies, qu'ils participent aux exercices et aux obligations du culte, et, en cas de mariage, qu'Us ont reçu le bénédiction nuptiale protestante ». Étaitce suffisant, et ne fallait-O pas exiger du postulant une déclaration d'adhésion aux principes constitutifs de V Église réformée ? La conférence évangélique de Valence, tenue en octobre 1866, le pensa, et proposa d'ajouter une déclaration d'adhésion « à la Bible comme la parole de Dieu et la règle unique de la foi et au symbole des apôtres comme l'abrégé de ses divines révélations ». Ce n'était pas assez explicite; et nous ferons encore à ces termes le même reproche d'être trop imprécis, comme si leurs auteurs avaient craint d'aller trop loin et de se compromettre. Espérait-on ramener quelques libéraux; il fallait, pour conserver cet espoir, avoir oublié leur complète évolution. On en eut une nouvelle preuve, quand on vit les libéraux attaquer devant le ministre des cultes la décision du consistoire de Caen qui avait adopté la proposition de la conférence de Valence. Le recours au ministre fut admis, et la décision du consistoire de Caen annulée par arrêté ministériel du 26 décembre 1867 ; mais cet arrêté, déféré au Conseil d'État, fut cassé pour excès de pouvoir;

et le Conseil d'État proclama « le principe de l'autonomie de TÉgUse en tout ce qui touche aux questions de foi et de discipliue intérieure, et reconnut que VEglise réformée de France avait une foi et une discipline déterminées, antérieures à la loi de germinal et au décret de 1852, lesquels les avaient visées et sanctionnées Vune et Vautre ». La question paraissait tranchée en droit; U restait à faire accepter cette décision par toutes les Églises réformées de France; seul un synode général était investi d'une autorité morale suffisante pour mener à bien cette tâche. La convocation d'un synode général, désirée depuis longtemps, était réclamée même par les libéraux qui avaient Tarrière-pensée d'y être les maîtres. Leur attitude se modifiera, quand ils pourront craindre que les décisions du synode ne leur soient pas favorables; d'ailleurs ils sont décidés par avance à ne pas s'y soumettre. C'est aussi la tactique actuelle d'un certain parti politique qui compte dans ses rangs beaucoup de libéraux, de n'accepter le suffrage universel que s'il leur reste toujours fidèle. Ils s'efforceront d'abord d'empêcher la réunion de ce synode; sentant leurs efforts inutiles, ils demanderont alors que les délégués soient nommés au sufl'rage universel direct ; ce qui était contraire à toutes les traditions, dont ils n'ont cure d'ailleurs. Ils déclareront enfin que le synode général n'a aucune autorité dogmatique. Le comte de Belbœuf se vit obligé de leur rappeler leur histoire, quand il donna ses conclusions comme commissaire du gouvernement dans le pourvoi contre la décision du consistoire de Caen (22 décembre 1869 ; Sirey 1870, 2, 27; Dalloz 1870,6, 17). « La constitution de l'Église réformée de France ne date pas d'hier; ce

n^est ni du décret législatif du 26 mars 1852, ni môme de la loi du 18 germinal an X que procède son organisation. D'ailleurs, le magistrat politique qui a le droit de reconnaître un culte, ne saurait lui imposer sa doctrine, sa discipline, sa hiérarchie. La loi de Tan X, traité d'alliance entre la France et le protestantisme, n'a donc pu ni voulu innover. Elle a reconnu l'Église réformée comme communauté chrétienne avec ses conditions d'étahlissement préexistantes^ avec les principes et les règles de son ancien gouvernement, La constitution de rÉglise réformée, tracée de la main même de Calvin, a été déterminée par le premier synode national tenu à Paris en 1559; son organisation définitive date du synode national de La Rochelle en 1571; cette organisation est presbytérienne synodale. Le jour où le gouvernement reconnaîtrait l'opportunité d'un synode national, VÉglise réformée se retrouverait en possession de son ancienne et complète organisation. »

Le ministère Ollivier se rendit compte de la nécessité d'un synode général ; il avait même signé le décret de convocation, quand vint la guerre de 1870. M. Thiers reprit ce projet, et, le 29 novembre 1871, il convoquait les synodes d'arrondissement à l'effet d'élire les délégués. Ceux-ci se réunirent à Paris le 6 juin 1872 (1).

Comme il fallait s'y attendre, la lutte s'engagea sur la nomination du modérateur. M. Bastie, pasteur à Bergerac et candidat des orthodoxes, fut élu par cinquante-six voix contre quarante-cinq à M. Viguier, de Nîmes, candidat libéral. Cet échec alarma les libéraux qui, après avoir pris part à ce

(1) Sur le synode de 1872, consulter l'ouvrage en deux volumes de M. le pasteur Bersier.

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premier vote, osèrent soutenir (pie le synode était illégal, les délégués ayant été irrégulièrement nommés, et incompétent pour édicter une confession obligatoire. On se demande alorô quelle aurait pu être son utilité; s'il ne s'était agi que d'un simple avis à donner, il ne valait pas la peine de déranger un si grand nombre de personnes, d'autant plus que les conférences pastorales s'étaient déjà prononcées sur cette question à plusieurs reprises.

On passa au vote; sur la question de légalité, le synode, par 61 voix contre 46, reconnut qu'il avait été régulièrement constitué.

Sur la deuxième question : « L'Église réformée a-t-elleune foi positive, celle de ses pères; et doitelle la proclamer et la faire respecter? Par 61 voix contre 45 sur 106 votants, la déclaration suivante fut ainsi votée :

« L'Église réformée de France déclare qu'elle reste fidèle aux principes de foi et de liberté sur lesquels eUe a été fondée. Avec ses pères et ses martyrs dans la confession de foi de La Rochelle, avec toutes les ÉgUses de la réformation dans leurs symboles, elle proclame Tautorité souveraine des saintes Écritures en matière de foi, et le salut par la foi en Jésus-Christ, fils unique de Dieu, mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification.

« Elle conserve donc et elle maintient à la base de son enseignement, de son culte et de sa discipline, les grands faits chrétiens représentés dans ses solennités religieuses, et exprimés dans ses liturgies, notamment dans la confession des péchés, dans le symbole des apôtres et dans la liturgie de le sainte Cène. »

C'était dans un style un peu laconique toute la doctrine de nos pères. Les libéraux avaient déposé un contre-projet, dans lequel ils présentaient simplement la liberté d'examen et la responsabilité individuelle comme V unique caractère distinctif de r église protestante. Au nom de ce principe, ils réclamaient l'admission de toutes les fractions du protestantisme français dans la même Ëglise, quelles que fussent leurs divergences de vues.

C'était illogique et impossible d'ailleurs ; car à bien prendre la formule telle qu'elle avait été posée, on aurait dû dénommer protestants les fidèles de toutes les religions et même de toutes les irréligions; les fidèles, en effet, et les athées se réclamant tous d'un certain droit d'examen, et ne pouvant se soustraire à leur responsabilité individuelle. Ou la formule ne signifie rien, ou bien elle est destructive de toute religion déterminée. C'est de cette formule négative qu'on s'est emparé contre les protestants, en leur disant : « Vous n'êtes pas une religion » ignorant on feignant d'ignorer que les protestants eux-mêmes Vont repoussée. C'est ce que nous ne saurions répéter trop haut et trop souvent pour répondre à d'injustes attaques, et détourner des coups qui ne doivent pas s'adresser à nous, les protestants de France.

M. le pasteur Bois le disait avant nous, pendant les séances du synode : « A notre sens, il n'y a pas d'Église sans une foi commune. Qui dit Église, dit société de croyants. 11 nous est impossible d'admettre que l'Église se recrute par les accidents de la naissance. On se trouve aujourd'hui en présence, au sein de notre Église, de deux conceptions opposées de la religion; ou plutôt de deux religions différentes, il s'agit de savoir laquelle de

ces deux religions est celle de l'Église réformée de France; si elle veut conserver la religion de ses pères, la foi en Jésus-Christ venu du ciel sur la terre pour sauver les hommes pêcheurs, ou si elle veut accepter la religion nouvelle qu'on lui propose, religion sans dogmes, sans surnaturel et sans prière, qui n'a plus de christianisme que le nom. »

Le synode eut à s'occuper de deux grosses questions. Pour être électeur paroissial, quelles conditions religieuses devait-on remplir? Il fut décidé par 77 voix que « seront électeurs ceux qui décla^ reront rester attachés de cœur à TÉglise réformée et à la vérité révélée, telle qu'elle est contenue dans les livres sacrés de l'ancien et du nouveau testament ». Formule élastique, volontairement imprécise, destinée sans doute à satisfaire tout le monde, et dont le résultat, comme il arrive souvent en pareil cas, fut de ne contenter personne ; c'était une transaction (1).

11 s'agissait ensuite de savoir si la déclaration de foi devait être obligatoire pour les membres laïques des conseils presbytéraux et des consistoires, et pour les pasteurs! Question résolue négativement pour les premiers, affirmativement pour les seconds. Par 62 voix contre 39, il fut décidé que « tout candidat au saint ministère devrait, avant de recevoir la consécration, déclarer qu'il adhère à la foi de l'Église, telle qu'elle est constatée par le synode général. »

Après le vote d'une résolution demandant la séparation de l'Église et de TÉtat, et la nomination d'une commission permanente chargée de soutenir

(1) Voir le dernier décret relatif à l'éleclorat dans la confession réformée, 12 ayril 1880.

auprès du gouvernement les projets adoptés par le synode général, le synode clôtura ses séances, et le modérateur put en terminer, résumer ces longs débats par ces mots : « V Église réformée de France vient d'affirmer les bases sur lesquelles repose la foi de ses membres, »

C*était fini, semblait-il. L'Église réformée de France avait manifesté ses croyances, et chacun de ceux à qui elles ne plaisaient pas restait libre de se retirer. Mais ce n'était certes pas ce que voulaient les libéraux. Imbus en religion des théories que beaucoup d'entre eux professaient en poUtique, ils revendiquaient la liberté pour eux, et ne l'admettaient pas pour les autres. Singuliers nbéraux, que ceux qui voulaient refuser à l'Église le droit de faire elle-même ses propres affaires, comme elle l'entendait, et qui, se voyant impuissants à s'emparer de cette Église, vont solliciter l'appui du gouvernement pour parvenir à leurs fins I Devant le Conseil d'État, ils vont essayer de contester l'autorité du synode, oubliant sans doute qu'ils y avaient siégé; ils protesteront contre le caractère obligatoire de la confession de foi, ils continueront l'agitation, obtiendront de certains consistoires, notamment ceux de Tonneins, Saint- Maixent, Vézenobres, le Havre, des votes de blâme Contre le synode. Certains d'entre eux, le centre gauche, qui avait à sa tète M. le professeur Jalabert, useront de formules ironiques, et reconnaissant que désormais il est impossible à ces deux Églises de vivre ensemble, laisseront l'Église orthodoxe se retirer et se constituer en église nouvelle, étrange plaisanterie, qu'on ne s'attendait guère à trouver sous la plume d'un homme aussi grave que M. Jalabert! De leur côté, les orthodoxes ne

s'endormaient pas. Les réunions pastorales tenues à Cette en octobre 1872 confirmèrent Tœuvre du synode; à Bordeaux, dans les conférences d'octobre 1873, on émit le vœu « que les Églises qui croiraient devoir protester contre les décrets du synode ne seraient nullement inquiétées dans leur situation vis-à-vis de PÉtat, dans la gestion de leurs affaires intérieures et dans le choix de leurs pasteurs, mais seraient considérées comme s'étant volontairement retirées de TÉglise réformée synodale, et que leurs représentants ne pourraient être admis au synode qui devra se réunir en 1874. » On donnait donc aux libéraux une leçon de véritable tolérance : « Restez chez vous, leur disait-on; nous ne songeons pas à vous inquiéter en aucune façon ; vous êtes parfaitement libres ; mais vous ne pourrez pas faire partie de notre prochain synode. De quoi pouvaient-ils se plaindre? Toute insistance de leur part devenait importune. A ce moment, le Conseil d'État rendit sa décision sur le pourvoi qui lui était soumis. Le 15 novembre 1873, il reconnut la parfaite légalité du synode de 1872, avec cette précision que la loi de germinal n'avait nullement entendu abolir le synode général^ et que, par suite, il suffirait d'un simple décret pour en rétablir le fonctionnement régulier.

C'est qu'en effet le synode général, bien qu'il n'ait pas été réuni depuis le mois de juin 1763, n'en était pas moins resté légalement l'autorité suprême des Églises protestantes. Aucun texte de loi ne l'avait expressément ou même implicitement abrogé. Sans doute la loi du 18 germinal an X n'en parlait pas; mais il était difficile d'admettre que cette loi ait eu pour effet de supprimer, par voie de prétérition, cet organe essentiel des Églises

i74 L'ESPRIT PROTESTANT.

xéformées. Aussi en 1840, la section de législatioii du Conseil d*£tat, saisie d*un projet relatif aux cultes protestants, émit-elle un avis où elle faisait observer que les changements proposés ne pouvaient être accomplis sans entente avec un synode général. (Conclusions de M. le commissaire du gouvernement, sous-Cons. d'État, 22 octobre 1869, S. 70, 2, 27. D. 70, 3, 17). Porlalis, dans Texposë des motifs de la loi de Tan X avait déjà formulé une opinion très affirmative : « Quand une religion est admise, disait-il, on admet par voie de conséquence les principes et les règles par lesquelles elle se gouveîme. »

D*autre part, la loi de germinal a maintenu l'ancienne discipline, et le synode est formellement prévu par la discipline ; de plus, la loi de Tan X a institué des synodes provinciaux qui paraissaient contenir en germe le synode national, et si le législateur ne s'était pas expliqué formellement sur le synode national, c'est que le Premier Consul, en présence d'une institution de cette importance, avait voulu sans doute se réserver le droit d'en fixer, s'il y avait lieu, et le mode de convocation, et l'époque de la réunion, et la composition, et avait d'abord porté son attention sur les points les plus urgents de là grande œuvre de réorganisation religieuse. Quant à l'objection tirée du décret du 26 mars 1852, on l'écarle par ce motif que le conseil central des Églises réformées institué par ce décret est un corps plus administratif que religieux, qui ne saurait remplacer le synode général, et dont l'existence peut parfaitement se concilier avec celle du synode. De tous ces motifs, dit le Conseil d'État, il résulte que la légalité du synode de 1872 est certaine.

Ainsi donc, la sanction du pouvoir temporel, en admettant qu'elle puisse augmenter en quelque mesure son autorité religieuse, ne fait pas défaut au synode général.

Restait la question de savoir s'il convenait de promulguer par décret la déclaration de foi. Le synode ne l'avait pas demandé. Le Conseil d'État s'emparant de cette abstention jugea : « Le synode n'a pas demandé l'autorisation de publier isolément cette déclaration de foi. Le gouvernement a sans aucun doute le droit de soumettre d'office à l'examen du Conseil d'État dans le but d'autoriser leur publication, les actes énumérés dans l'article 4 de la loi du ^8 germinal an X. Mais le synode devant se réunir très prochainement, il n'y a pas motif suffisant de procéder d'office. »

En effet, le synode ouvrit à Paris sa deuxième session le 20 novembre 1873.

Les libéraux ne paraissent pas ; ils se contentent d'envoyer une protestation contre le caractère obligatoire de la confession de foi. C'était bien inutile ; ils n'avaient plus rien à faire avec le synode.

Le synode maintint ses votes précédents sur la déclaration de foi, et passa à l'ordre du jour.

Il vota la demande d'autorisation au gouvernement de publier la déclaration de foi et l'article disciplinaire qui exigeait de tous les nouveaux pasteurs au moment de leur consécration l'acceptation de cette déclaration. C'est qu'en effet, disait M. le pasteur Bois, le synode est la représentation légale de l'Église réformée, dont il continue les traditions et maintient les principes et la foi. « Cest à tort qu'on l'accuse d'avoir innové et d'avoir fondé une église nouvelle. Il n'a fait que maintenir et affirmer l'ancienne, celle de nos pères du xvi* siècle,

celle du décret, celle du Concordat, celle de 1852. 11 a formulé les principes ecclésiastiques qui ont été de tous temps les siens ; il a proclamé la foi qu'elle n'a jamais cessé de confesser, et qu'elle confesse encore aujourd'hui dans ses liturgies. Au point de vue légale comme au point de vue de la foi^ nous sommes V Église réformée de France, et il n'y en a point d*autre. » Et maintenant s'il y en a qui ne veulent pas de cette Église, ils sont libres de ne pas en faire partie. S'ils ne veulent pas de son organisation et de sa foi, personne ne songe à les leur imposer; mais il est évident que ceux qui n'acceptent ni cette organisation, ni cette foi cessent de faire partie de cette Église. »

Tel fut le trentième synode général de l'Église réformée de France. On ne peut qu'applaudir à l'énergie de ses décisions. Le 12 décembre 1873, le consistoire de Nîmes s'insurgea, en prétendant que le joug d'une confession de foi change absolument le caractère de l'Église protestante, telle qu'elle existe depuis le commencemeid de ce siècle ; il n'avait pas osé dire telle qu'elle existe depuis la Réforme, Nous avons répondu à cet argument inexact en fait, que l'Église réformée ne datait pas de 1802. D'autres consistoires, peu nombreux d'ailleurs, suivirent l'exemple de celui de Nîmes. Ce fut peine perdue : car une circulaire de M. de Fourtou du 22 décembre 1873, visa en les approuvant les conditions électorales édictées par le synode; et un décret du 2 8 février 1874(i) autorisa la promulgation de la confession de foi adoptée.

Le conflit dure encore : il ne peut se résoudre

(1) Voir ce décret du 28 février 1874, et les conclusions Le Vavasseur de Précourt, dans l'aÉfaire rapportée au Dalloz, 1881, p. 3, 65.

que par une demande de reconnaissance comme religion noMt?e//e adressée à l'Étal par les libéraux, demande qu'ils ne veulent pas formuler, préférant s'attacher à notre Église comme le lierre au chêne, au risque de gêner son développement normal; et si nous n'avons plus depuis 1872 de synode général officiel, c'est aux libéraux qu'il faut s'en prendre ; car ils ont fait consciencieusement tout ce qu'ils ont pu pour empêcher d'aboutir auprès des pouvoirs publics les demandes de l'Église réformée. Comme les orthodoxes sont convaincus qu'il n'y a pas plus d'Église réformée en France sans synode qu'il n'y a d'église romaine sans pape (1), ils n'ont pas cessé leurs réclamations. En attendant la réussite de leurs efforts, ils ont organisé provisoirement le synode général officieux^ dont le premier s'est ouvert à Paris le 25 novembre 1879 ; dans le deuxième, tenu à Marseille en 1881, la constitution synodale a été votée ; puis sont venus celui de Nantes en 1884, celui de Saint-Quentin en 1887, celui du Yigan en 1890 (où fut adoptée la liturgie pour le service du dimanche matin et la célébration des sacrements), celui de La Rochelle en 1893, de Sedan en 1896, enfin celui de Bordeaux, le dernier, les 6-14 juin 1899. Ils portent le nom de syjiodes des Églises évangéliques de France, parce qu'ils sont exclusivement les synodes des Églises qui ont voulu leur rétablissement, acceptent leur autorité, et se réclament de la confession de foi proclamée au synode officiel de 1872. Mais ils ne demandent pas à l'État la sanction de leurs décisions ; voilà pourquoi ils sont officieux, et ne s'ocupent pas des

(1) Westphal-Casteloau. Douze ans de .vie synodale, p. 6. — De Védrines, Les Synodes des Églises réformées de France,

i^S L'ESPRIT PROTESTANT.

Églises libérales, vers qui devaient se tourner celles des Églises qui n'acceptaient pas le système synodal. Quelques chiffres ne seront pas inutiles pour définir l'état des esprits. D'après l'agenda protestant de 1892 (agenda Puaux), sur les 570 églises officielles tant en France qu'en Algérie, 370 se rattachent au système synodal, auquel se joignent aussi 50 églises non ofûcielles; sur 819 pasteurs en activité de service, 600 sont synodaux : enfin sur 570000 réformés français, AOOOOO environ, c'est-à-dire plus des deux tiers sont orthodoxes. Dans l'intervalle des sessions,le synode est représenté par une commission permanente, véritable pouvoir exécutif de l'Église, dont le synode lui-même est le pouvoir législatif.

Les libéraux n'ont pas pu se consoler d'être ainsi exclus de cette organisation ecclésiastique, dont ils peuvent mesurer chaque jour l'importance et les progrès. Aussi depuis la création du synode général officieux, tous leurs efforts vont tendre à s'infiltrer de nouveau dans nos rangs. Beaucoup d'orthodoxes ne voient pas le danger de cette invasion lente, et semblent lui prêter la main. C'est ainsi qu'a pu se réunir à Lyon en 1896 la conférence dite fraternelle^ dont le parti libéral avait pris l'initiative, et qui aboutit à la création d'une commission mixte, composée de la délégation libérale d'une part, et de la commission permanente du synode d'autre part. Le but poursuivi, nous dit-on, était de créer un corps représentant tous les protestants français, indépendamment de toutes ques* tions religieuses, et seulement dans l'intérêt commun de ces Église et de leurs rapports avec l'État ; une seconde conférence fraternelle a été tenue k Lyon en novembre 1899.

Nous ne saurions trop nous élever contre le prin* cipe même de ces réunions ; franchement nous n'en voyons pas le nécessité. Au point de vue religieux — le seul qui ait son importance — on ne peut pas espérer concilier deux principes absolument inconciliables; chercher un terrain de transaction est une utopie, presque un blasphème ; ce serait avouer que la religion est susceptible de se plier à toutes les combinaisons ou fantaisies humaines. Alors, s'il ne s'agit plus de principes religieux, s'il n'est plus question que de Tintérèt commun des Églises et de leurs rapports avec TÉtat, à quoi bon un nouvel organe ; le conseil central, création du décret de 4852, suflit bien. C'est lui qui représente les Églises auprès du gouvernement et du chef de l'État ; il est appelé à s'occuper des questions d'intérêt général et à concourir à Texécution des mesures prescrites par ce décret. La commission mixte est donc tout à,fait inutile, puisqu'elle ferait double emploi avec le conseil central, et on ne s'explique sa création que par la naïveté des orthodoxes, qui, gens modérés et trop conciliants, se sont laissé entraîner par les libéraux d'une part, et une certaine fraction dénommée le <' centre droit », dont les tendances, avouées ou non, si elles n'étaient vigoureusement combattues, aboutiraient à ce résultat de présenter cette commission mixte comme la seule représentation authentique de l'Église réformée ; ce qui serait inexact en fait et déplorable. L'Église réformée de France, c'est-à-dire orthodoxe, est désormais pourvue de tous les organes nécessaires. Elle a son pouvoir exécutif, la commission permanente ; son pouvoir législatif, le synode général officieux. Elle n'a pas grand avantage actuellement, dira-t-on, à demander à l'État l'autorisation

de convoquer un synode général officiel, pour les délibérations duquel rÉtat ne saurait accorder une sanction; tant que les libéraux ne seront pas rentrés dans le sein de TÉglise protestante, un synode officiel n'aurait pas pour eux plus de valeur et d'autorité que le synode général officieux; ce qui explique le vœu que vient d*émettre le synode particulier de Saint-Jean-du-Gard (1) :

« Considérant : i® que le vote de la deuxième conférence de Lyon sur le synode général officiel a été émis grâce à une équivoque ; 2* que dans ce synode général officiel la bonne entente fraternelle ne saurait exister entre des délégués dont les uns affirment et dont les autres nient la nécessité d'une confession de foi obligatoire, même réduite au strict minimum (Christ mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification),

« Estime que les temps ne sont pas mûrs pour demander au gouvernement la convocation du synode général officiel. » Toutefois, pour les orthodoxes eux-mêmes, le synode officiel aurait par son titre seul une autorité morale plus facilement acceptée.

Le synode de Sedan en 1896 avait autorisé la réunion fraternelle de Lyon,sans grand enthousiasme:

(1) Le Christianisme au xix® siècle : n» du 13 juillet 1900.

(2) Ces réunions de Lyon n'ont jamais été autorisées par le gouvernement. Il est bon de citer les deux circulaires adressées au préfet du Rhône, l'une à la date du 1*' décembre 1896 par M. Darlan, l'autre à la date du 6 novembre 1899 par M. Waldeck-Rousseau.

n est dit dans ces documents officiels :

(c La nécessité d'une représentation centrale des Églises réformées, autre que celle qui existe actuellement^ ne parait au gouvernement, ni démontrée, ni opportune, et il a le devoir de déclarer qu'il ne saurait se prêter à aucune modification de la situation actuelle. » Ces réunions sont donc illégales ; elles sont, de plus, inutiles.

on le comprend; le synode de Bordeaux a renouvelé la même autorisation, mais sous les mêmes réserves ; son intention non déguisée est de ne rien laisser faire qui soit de nature à diminuer Timportance et à compromettre l'autorité morale du synode (i). Car, dirons-nous, avec M. de Védrines, « le fondement sur lequel TÉglise doit être bâtie, c'est Tunité de la foi; par suite toute collaboration est impossible avec ceux qui professent que la foi ne saurait être formulée ni contrôlée, et qu'il suffit pour appartenir à la môme Église, pour y prêcher et pour y enseigner, de se réclamer d'une origine commune, et d'émarger au même budget ». Nous ajouterons que vis-à-vis des catholiques et surtout vis-à-vis des indifférents ces divisions dans ce qui parait la même Eglise sont d'un effet lamentable ; que mal connues et mal interprétées, elles ont été la cause de bien des critiques, fondées en apparence, puisque les réformés, par une véritable aberration d'esprit, semblaient prendre à tâche d'atténuer ces divisions, au lieu de les proclamer hautement, afin qu'il fût rendu à chacun selon ses œuvres. On se plaint que l'église protestante n'ait aucun effet sur les masses populaires qui deviennent de plus en plus irréligieuses : pour nous, il serait bien extraordinaire qu'il en fût autrement, alors que le protestantisme n'ose pas dire clairement ce qu'il est et ce qu'il repousse. Pense-t-on par hasard que le peuple va comprendre un mot à des théories vagues, volontairement imprécises, parfois même contradictoires, qu'il pourra entendre tour à tour dans le même édifice religieux^ Et sans parler de ces adhérents nouveaux, notre ÉgUse conservera-t-elle ses

(t) De Védrines, op. cit., p. 30.

fidèles si la situation véritable n'est pas nettement dégagée. Nous avons à prendre garde que Tadmirable unité de notre église protestante, celle des temps de la réforme, celle de l'époque des martyrs, ne s'émielte en une poussière de sectes ennemies, germe de mort pour toute religion. De ces conférences fraternelles de Lyon, que peut-il sortir? de bonnes paroles, oui, sans doute; mais qui n'auront pas la vertu de faire disparaître un schisme bien établi désormais.

Résumons-nous en quelques mots. Les divers régimes qui se sont succédé en France pendant cette période : révolution de 1848, Empire, République de 1871, ne pouvaient pas toucher à la situation civile et politique des protestants; Us n'ont fait que confirmer à ce point de vue les lois constitutionnelles antérieures.

Mais l'évolution considérable qui s'est produite dans les opinions religieuses des protestants devait avoir une répercussion sensible sur leurs idées politiques. Sous le règne de Louis-Philippe, ils sont en grande majorité monarchistes. Mais à mesure que les idées libérales vont se développer et s'accentuer, un groupe de protestants, en même temps qu'ils se détachent des idées religieuses de l'Église réformée de France, vont rejeter aussi les idées politiques de leurs devanciers. Dociles aux théories qui ont eu pour elles en 1848 et sous la troisième République les faveurs du pouvoir,ils vont évoluer dans le sens du gouvernement. Esprits pratiques, ils voudront profiter de la faveur gouvernementale, et pour cela en adopteront les opinions et les formules. Nous voyons ainsi les libéraux accuser de plus en plus leurs opinions républicaines : modérés d'abord, radicaux ensuite, jacobins aujourd'hui, ils

vont insensiblement descendre la pente, suivant pas à pas le gouverne ment ; et nous en retrouvons beaucoup parmi les sectaires actuels qui font à la religion catholique une guerre sans merci; ils ont encore la pudeur de ne pas attaquer la religion protestante elle-même. Leur évolution trouvera sa formule précise en 1880, au moment de la préparation des lois scolaires et militaires (1). Le libre examen ne sera plus pour eux que le droit de tout nier et de refuser aux autres le droit de penser autrement qu'eux-mêmes ; et ce qui est plaisant, c'est que ce droit de libre examen, si mal compris par eux, Us prétendront en faire honneur à la Réforme ellemême, dénaturant ainsi son véritable caractère. A l'inverse, parmi ceux qui sont restés protestants, c'est-à-dire orthodoxes, certains — ils seront de jour en jour plus nombreux — pai' un mouvement contraire vont résister à cet entraînement, et dans le souvenir sacré du passé de leur Église trouveront le point d'appui de leurs préférences politiques en même temps que de leurs opinions religieuses. Il est, bien entendu, des exceptions; mais il suffit d'ouvrir les yeux pour se rendre compte que ce n'est guère que dans les rangs des orthodoxes que l'on trouve des conservateurs, au sens large de ce mot, gens qui ne sont pas les admirateurs passionnés d'un passé où certes tout n'est pas à glorifier et à retenir^ bien qu'il ait eu cependant son mérite et sa grandeur; mais qui, en tous cas, repoussent avec énergie les théories dangereuses et les utopies décevantes en faveur à cette heure. Ce n'est pas parmi eux qu'on trouvera des sectaires ennemis de la religion catholique, car ils comprennent très

(1) Le cléricalisme, voiià rennemi.

bien qu'à notre époque, toute attaque contre la religion catholique est une atteinte à l'idée religieuse chrétienne elle-même, et qu'en frappant une confession voisine, c'est sur leur propre religion aussi qu'ils porteraient la main (1). Ils sentent à merveille que la lutte est engagée entre la religion et rirréUgion, et ils luttent contre celle-ci pour celle-là.

Voilà donc la question nettement posée, les distinctions nécessaires établies. Nous savons qui est protestant, et qui ne peut l'être. Il sera facile désormais de répondre avec avantage aux attaques dirigées contre les protestante. Ce sera le but du chapitre suivant.

(1) Guizot disait : C'est toute V Église chrétienne^ et non pas telle des Églises chrétiennes, qui est maintenant et radicalement altaquôe. Quand on nie le surnaturel, Tinspiration des saintes Écritures et la divinité de Jésus-Christ, c'est sur tous les chrétiens protestants et catholiques, que portent les coups, c'est à tous les chrétiens, quels que soient leurs sentiments particuliers et les formes de leur gouvernement ecclésiastique, qu'on enlève les bases de la foi.

(Cité par M. Pédézert, dans ses Souvenirs^ p. 210.)

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