‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 108 sur 161 · Manuscrits, fonds français, n · texte numérisé non relu

Manuscrits, fonds français, n

3. « Un écrivain connu entreprend de donner deux fois chaque semaine une feuille de Douvelles manuscrites. Ce ne sera point un recueil de petits faits secs et peu intéressants, comme les feuilles qui se débitent depuis quel-

de circuler sous la forme que nous avons dite jusqu'à la dispersion des « paroissiens ; » mais ce ne fut pas sans attirer à la dame quelques ennuis. Un espion, le chevalier de Mouhy, qui faisait figure dans la basse littérature du temps, s'était glissé parmi les habitués du « salon ; » il révélait les secrets de la paroisse à la police *• On a des lettres du comte d'Argenson et du duc de Choiseul oîi des menaces très-significatives sont exprimées, et madame Doublet a dû recevoir du ministère plus d'un avertissement. Tout porte à croire que sa prudence en conjura l'effet^.

Telle est l'origine des mémoires de Bachaumont. On aperçoit aisément le rapport qui existe entre ce journal et celui qui sortait du salon de madame Doublet. Les mémoires sont l'œuvre personnelle de Bachaumont; il y a mis son esprit, son goût, son style ; mais, sans contredit, il en a pris les éléments principaux dans le meilleur des deux registres ^. La forme était à lui, le fond appar-

ques années. Avec les événements publics que fournit ce qu'on appelle le cours des affaires on se propose de rapporter toutes les aventures journalières de Paris et des capitales de l'Europe, et d'y joindre quelques réflexions sans malignité^ néanmoins sans partialité... Un recueil suivi de ces feuilles formera proprement l'histoire de notre temps. » (De Goncourt.)

1. Extrait du rapport de l'espion au lieutenant de police : « 11 est trèsvrai que la maison de madame Doublet est depuis longtemps un bureau de nouvelles^ et ce n'est pas la seule : ses gens en écrivent, et en tirent bon parti. Je n'ai pu savoir le nom d'un grand et gros domestique, visage plein, perruque ronde, habit brun, qui, tous les matins, va recueillir dans les maisons, de la part de sa maîtresse, ce qu'il y a de neuf. Il serait difficile de savoir les noms de ceux qui vont dans cette maison; ce sont tous des frondeurs... Ces bulletins sont bons, parce que c'est le résultat de tout ce qui s'est dit dans les meilleures maisons de Paris, ils s'envoient en province pour 12, 9 et 6 francs par mois. » (Hatin, Histoire de la presse, t. IV, 465-468.)

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