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Mémoires, t. Xl

MÉMOIRES DE BACHAUMOiNT. 385

blir les suppressions que la crainte de la censure avait imposées à ses deux prédécesseurs sous les ministères de Choiseul et de Maupeou. Cette dernière partie, diffuse et surchargée, est la moins bonne. Le succès de la collection fut néanmoins très-grand; les éditeurs, avec une industrie qu'on croirait plus récente, ont soin de le faire sonner très-haut par de fréquentes a réclames » insérées dans le texte, et qu'ils ont Tair d'emprunter à de prétendues Nouvelles à la main du même temps * .

Examinons séparément, pour aujourd'hui , l'œuvre personnelle de Bachaumont : elle s'applique à la période qui nous occupe ; elle est de beaucoup la plus sérieuse et la mieux écrite, la plus digne, en un mot, de notre attention.

Les Mémoires secrets ont la forme d'une chronique ; ils se composent de faits divers choisis avec goût, écrits d'un style simple et concis que relèvent de temps en temps un mot piquant , une pensée fine. Tout y porte la marque d'un observateur instruit et d'un homme de bonne compagnie. La solidité du sens, la justesse de l'expression donnent du prix aux moindres fragments.

L'esprit qui anime l'ensemble et qui en fait l'unité est l'esprit même du xvni* siècle, avec sa foi dans le progrès et sans l'aigreur de ses préjugés ou de ses ressentiments. Simple spectateur de la grande lutte engagée, Bachaumont, quoique sa raison incline d'un côté, garde entre les combattants une impartialité qui lui est facile, car elle ne lui coûte aucun -sacrifice d'a-

i. Mémoires, 4 juillet 1777; 28 juUlet 1777; 13 novembre 1778. — /d., LXVauXXVI.

mour-propre; outre que répicurisme, principe de se& opinions, unique mobile de sa conduite, le mène à l'équité par TindifFérence. On est parfois surpris de la sévérité de ses jugements sur Voltaire. Il le critique souvent, il ne le flatte jamais, il est sans complaisances et sans faiblesse pour le plus ardent défenseur d'une cause qui est la sienne. C'est que Bachaumont, amateur de philosophie plutôt que philosophe, libre de tout engagement avec le bataillon des encyclopédistes, était de Topinion de Voltaire sans être de son parti ; il admirait son génie, son dévouement aux intérêts de l'humanité,, mais il n'entendait en aucune façon excuser ses vivacités ni épouser ses querelles. 11 ne prenait pas le mot d'ordre à Ferney. Trop vieux lui-même pour vénérer le patriarche dont il a vu grandir au milieu des aventures et des orages la gloire tant combattue, il est de ceux qui depuis longtemps connaissent les côtés faibles de l'idole et les petitesses du grand homme. Jusqu'à la fin il conserve les impressions défavorables qui pendant la première moitié du siècle ont troublé la renommée de Voltaire et qui ont disparu dans l'enthousiasme des générations nouvelles.

Les Mémoires s'ouvrent par l'annonce d'une satire en vers que l'infatigable moqueur a lancée de Ferney *. C'était l'actualité littéraire du 1" janvier 1762. On peut voir de quel ton dégagé Bachaumont l'apprécie en l'annonçant : a Cette satire dure et pesante n'a point assez de sel pour faire plaisir au commun des lecteurs qui ne se soucient que médiocrement des passions et des rancunes de M. de Voltaire, » Il ne traite

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