‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 12 sur 161 · LES AMIS DB MARAIS · texte numérisé non relu

LES AMIS DB MARAIS

Gutés. li â même un mot flatteur pour mademoiselle de r Enclos*,

Il ne faut pas s'étonner si ce disciple de Bayle et de Despréaux, cet adversaire des précieux et des jésuites, applaudit aux débuts de Voltaire. Voici en quels termes il note dans son journal le succès d'Œdipe : « M. Arouët est un jeune homme qui fait bien les vers et avec beaucoup de génie. » A propos d'une seconde ou d'une troisième tragédie : « Il ne peut que mieux faire, et toujours de mieux en mieux : Facit omnia belle. » Quand la Henriade paraît, c'est chez lui une explosion de joie et d'enthousiasme. Le goût de Marais est ici en défaut, et le président Bouhier, qui trouvait le poëme un peu sec, en jugeait mieux, a Chef-d'œuvre merveilleux, s'écrie notre chroniqueur, vrai chef-d'œuvre d'esprit, beau comme Virgile, et voilà notre langue en possession du poëme épique, comme des autres poésies I On ne sait où Arouët, si jeune, en a pu tant apprendre. Quel abîme que l'esprit humain 1 Fuyez, Fontenelle, La Motte, et vous tous poètes et gens du nouveau style, Senèques et Lucains du temps, apprenez à écrire et à penser dans ce poëme qui fait la gloire de notre nation et votre honte ^. » Il y a un point où l'auteur de ce dithyrambe ne se trompe pas ; c'est en affirmant qu'un génie est né, qui va effacer les beaux esprits.

De bonne heure. Marais est frappé de cette mobilité

1. « J'attends ce que M. Tévèque de Cambrai me promet. Il faut connaître tous les grands hommes, et celui-ci a le cœur si étendu et l'àme si tendre que, par les sentiments, il est au-dessus des lumières de TespriU 11 fait toujours bon connaître ceux qui nous apprennent à aimer. » (1"Î71, t. I, 140.) — Sur Saint-Éyremond, « le plus grand homme du monde, » t. I, 123. — Sur RoUin, t. I, 147; t. IV, 172.

Page 1