‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 125 sur 161 · HARDY ET LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

HARDY ET LA RÉVOLUTION

cause. Le drame est superbe, mais trop long, il le voudrait plus simple et plus clair ; dès le mois d'octobre 1789 son élan se fatigue, il aspire au dénoûment. Ainsi Ton se figure bon nombre de bourgeois de Paris ses contemporains, éblouis d'abord et entraînés avec lui, pris ensuite de lassitude, comme des hommes soumis à un régime excessif qui, en les surexcitant, les accable. Us n'étaient pas au bout ; ils leur restait à savoir ce qu'il en coûte pour sortir de ces situations extraordinaires, et ce qu*elles contiennent de péripéties et d'émotions forcées. Il ne faut pas demander aux Mémoires de Hardy des vues bien profondes sur les commencements de la Révolution, cette philosophie politique passe son intelligence ; mais il nous donnera le détail vivant de l'agitation révolutionnaire, l'aspect des rues populeuses mises en rumeur par le tocsin, en un mot la série accidentée des innombrables petits faits qui, observés à distance et groupés dans un seul coup d'œil, forment la masse imposante des grandes époques historiques : là est l'intérêt de son témoignage. Il a fraternisé avec les combattants du 14 juillet; un flot de peuple insurgé a passé sous ses fenêtres ; il a vu Paris « ivre de joie » à la nouvelle de ce fait d'armes « surnaturel, » et la garde nationale, a par une autre espèce de miracle, » s'organiser « en moins de vingt-quatre heures. » Dans son district, il a voté aux élections des premiers officiers ; s'il n'a pas pris lui-même la Bastille, il a « illuminé » le soir de la conquête, et assisté le surlendemain au service funèbre célébré dans sa paroisse en l'honneur des victimes. Pendant le tumulte de ces chaudes journées, tandis que les institutions nouvelles naissent bruyamment de l'inspiration populaire et de la nécessité, quelques

débris du moyen âge essayent de se ranimer à cette ardeur, de se rajeunir sous les couleurs nationales. Croirait-on par exemple que la basoche de Philippe le Bel s*est levée, elle aussi, contre la Bastille, et a soutenu le mouvement les armes à la main ? Elle avait équipé deux bataillons fort alertes qu'un vieil ami du parlement, tel que Hardy, n'a garde d'oublier : « Aujourd'hui, 14 juillet, entre quatre et cinq heures de l'après-midi, j'ai vu de mes fenêtres briller au soleil une prodigieuse quantité d'armes sur le pont Notre-Dame ; c'était la compagnie des clercs de la basoche du Palais, composée de 1,S00 jeunes gens qui formaient une superbe troupe, et s'en allaient par la rue de la Vieille-Draperie au Palais pour le préserver de toute attaque venant des troupes royales; à ceux-ci s'étaient réunis 1,500 autres jeunes gens de la basoche du Châtelet. »

Classé par son âge dans les sédentaires (il avait plus de soixante ans), Hardy n'a joué aucun rôle actif et marquant dans ces démonstrations, il suivait du regard les événements avec cette curiosité émue et cette sympathie décroissante dont nous avons parlé; mnis il n'était pas homme, en de pareilles alertes, à fuir le jour et à craindre le bruit. Il allait aux « klubes, » îl était assidu aux séances orageuses de son district des Mathurins, où l'on rejeta plus tard le veto du roi ; le 16 juin, quatre jours avant le serment du Jeu de Paume, il se trouvait à Versailles, dans une tribune du tiers état. Là îl entendit Mirabeau et Sieyès proposant de remplacer le nom d'États généraux par celui d'Assemblée nationale; le président Bailly « le charma par la noble gravité de son attitude, » mais le sans-façon des députés lui déplut. Il s'étonnait de les voir siéger sans costume ; ce mépris de

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