‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 127 sur 161 · LA BOURGEOISIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA BOURGEOISIE FRANÇAISE

plète des libraires de Paris, que nous avons consultée. Peu importe d'ailleurs la date précise de sa mort, bien difficile à retrouver dans la récente dispersion des actes authentiques ; à dire le vrai, il est mort pour nous du jour où ses Mémoires ont pris fin.

De toutes les ruines consommées par la fatalité révolutionnaire, nulle assurément n'est plus regrettable que la perte de ces fortes mœurs qui caractérisaient autrefois la bourgeoisie française, la bourgeoisie de Paris notamment, et dont nous avons voulu donner ici un aperçu. Submergées dans Forage, quand la tourmente s'apaisa, elles n'étaient plus. Cet esprit autrefois si ferme et si sage manque désormais de règle et d'équilibre ; il s'abat ou s'emporte, il vit dans l'excès et la convulsion. Plus d'une fois depuis quatre-vingts ans, à travers les fortunes diverses de nos institutions semi-libérales, on a senti combien cette base indispensable manquait à l'établissement d'un régime définitif. On jetait alors un regard d'envie sur l'étranger; on admirait, et à juste titre, le bon sens florissant de la bourgeoisie anglaise, qui porte avec aisance le poids d'une liberté illimitée, la sécurité d'un trône, la puissance et l'honneur d'un vaste empire. Si l'on veut bien y prendre garde, cette virile sagesse n'a pas toujours été refusée au génie de la France; le tiers état, trop méconnu, la puisait comme à sa source dans l'inviolable fidélité d'attachements héréditaires et de convictions énergiques, dans ce fonds vertueux et probe qui soutenait les grandeurs périlleuses et les brillantes audaces de la patrie. Un destin jaloux, en lui'mesurant d'une main avare une liberté précaire, n'a pas permis à ce fier esprit de se déployer et de s'affermir : l'espace et le soleil lui ont manqué, il n'a

pas rempli sa légitime carrière ; mais ceux qui, écartant les surfaces de rhistoire, aiment à pénétrer dans les profondeurs de l'existence civile et politique de notre pays, y découvrent à chaque pas les signes certains de cette richesse morale, ce trésor de mérites silencieusement accumulés par des générations patientes, stérUisés par un despotisme frivole, puis tout a coup dissipés en quelques années d'égarement,

La fin des Mémoires de Hardy et du Journal de Reg^iaud nous a entraînés au delà des limites de Tépoque particulière que nous avions entrepris d'examiner. Revenons maintenant sur nos pas, et jetons un regard sur les Mémoires qui caractérisent le règne de Louis XVI et les dernières années de l'ancien régime.

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