‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 128 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La reine Marie-Antomette. Son influence politique. Témoignages des contemporains les plus autorisés but son caractère et sur le rôle qu'elle a joué. — Mémoires de Bezenval, d'Augeard et de madame Campan. — Examen de ces Mémoires ; quelle confiance ils méritent. — Tableau de la société aristocratique et de la coor d'après ces Mémoires.

Au temps de Louis XVI, le personnage important et vraiment politique, à la cour de France, ce n'est pas le roi, c'est la reine. Louis XVI règne et Marie-Antoinette gouverne. Vers 1775, la Gazette de Hollande écrivait : « Voici donc un gouvernement français que les maîtresses royales ne dirigeront plus; cela ne s'était pas vu depuis cent quarante ans. » A défaut des maîtresses, ce fut la femme légitime, ce fut la reine qui prit Tascendant, exerça l'influence, et le royaume, comme on disait alors, continua de tomber en quenouille. On sait ce qu'elle-même et l'État ont gagné à cette intervention *•

1. Il nous a paru inutile d'insister sur les premières années du règ^ie de Louis XVI, sur le rajeuaissement inespéré et si peu durable de l'antique royauté. Cette histoire de l'enthousiasme public, trop tôt refroidi,

n y a deux questions dans le problème soillevé par la vie privée et par la conduite politique de la reine Marie- Antoinette : que penser de son caractère et des bruits injurieux qui ont compromis sa mémoire? Quel jugement porter sur son humeur ambitieuse, sur les effets de sa toute-puissance secrète ou déclarée ? De ces deux questions, la première est aujourd'hui éclaircie, et Ton peut dire résolue pour tout esprit de bonne foi, grâce à des historiens pénétrants et délicats, dont on nous dispensera de refaire le travail et de reproduire les conclusions * ; mais si la cause de la femme est gagnée, si son nom est dégagé de Todieuse légende, la cause de la reine, la réputation du personnage politique, beaucoup plus difficile à défendre, laisse subsister bien des controverses, et le débat n'est pas clos ^. Marie-Antoinette a-t-elle été le bon ou le mauvais génie du roi? Que dire de la haute intelligence et de l'énergie virile que certains de ses défenseurs lui prêtent? D y a, selon nous, un moyen satisfaisant de répondre à ces doutes et d'éclaircir la question politique : c'est d'appeler en témoignage les contemporains les mieux informés et de confronter leur déposition avec les lettres de

est partout. Ceux qui voudront la puiser aux sources mêmes, consulteront avec agrément un récit de 130 pages, écrit par l'abbé Beaudeau et publié par la Revue rétrospective (l'» série, t. III), sous le nom de Chronique secrète; le journal de l'abbé commence le 10 mai 1774 et finit le 22 septembre de la même année. — Sur Tabbé Beaudeau, voir Bachaumont, t. m, 158, 319, 333, 364 j t. VII, 287 ; t. XIX, 27.

1. Voir la Notice du comte de La Marck (introduction à la Correspondance de Mirabeau, 1851); — l'Histoire de Marie-Antoinette, par MM. Edmond et Jules de Concourt (1858); — Marie-Antoinette et la Révolution, par le comte Horace de Viel-Castel (1859) ; — la Vraie Marie- Antoinette, par de Lescure (1866).

2. La publication des Mémoires d'Augeard et de la Correspondance authentique de la reine l'ont ranimé dans ces derniers temps (1866, 1868:.

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