Mémoires de Bezenyal, t. I
helvétique, qui regrette sa charrue et ses montagnes. Profitant du privilège de franc-parler que sa qualité d'étranger lui accorde, il s'est mis sur le pied d'oser tout dire; il joue ce personnage avec une rondeur vive et enjouée qui cache une habileté profonde. Élevé à Versailles, naturalisé Français autant qu'on peut l'être, il a gardé de ses origines un certain air du pays de Guillaume Tell, qui ajoute une grâce piquante et exotique à sa parfaite élégance ; cette lointaine impression de la nature agreste, visible encore sur ce courtisan consommé, fait du baron de Bezenval un type particulier de l'homme en faveur ou de l'homme à la mode, au temps de J.-J. Rousseau, de Florian, de Bernardin de Saint-Pierre, sous le règne de l'Allemande Marie-Antoinette, parmi les jardins et les idylles de Marly et de Trianon *.
Ses Mémoires ne ressemblent ni aux chroniques composées de faits divers, ni aux souvenirs personnels formés de récits continus. Ce sont des chapitres détachés et comme de longues tirades humoristiques sur les événements principaux de l'histoire du siècle ou de la vie de l'auteur ; morceaux écrits à des moments trèsdiËFérents, d'un style abondant, mais allourdi de germanismes ; on y trouve force anecdotes de guerre et de garnison ^, quelques souvenirs du temps de Louis XIV et de la régence, des récits développés de la guerre de sept ans, de curieux détails sur la fin du règne de Louis XV. Le second volume, consacré à Louis XVI, s'arrête aux premiers orages de la Révolution. L'en-
1. Sur ce caractère de courtisan, V. Mém., t. I, p. 11, 21, 23. 342; t. II, 17, 47, 6i, 82, 379.