‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 132 sur 161 · Mémoires, t. Il, 158, 205, 231, 340; t. I · texte numérisé non relu

Mémoires, t. Il, 158, 205, 231, 340; t. I

MÉMOIRES DE BEZENVÀL. 435

duit pour nous étonner encore : tandis que la révolution se propage parmi les classes inférieures, y semant la haine et des désirs de vengeance, la fermentation gagne les rangs les plus élevés ; une révolte générale de vanités exaspérées, de sottes rancunes et d'égoïsmes coupables conspire, en haut, avec les passions, les ressentiments et les desseins qui s'agitent en bas. C'est la destinée des révolutions en France, de séduire par leurs perspectives confuses ceux-là mêmes qu'elles menacent directement.

Comment la royauté, qu'on ne respectait plus à Versailles, aurait-elle conservé du prestige à Paris * ? Comment le peuple aurait-il maintenu l'ordre établi, dont il souffrait, lorsque les privilégiés en désiraient la ruine? « Choquée de ne plus dominer à la cour, où sous l'air de l'égalité, le désordre avait remplacé l'étiquette, la noblesse portait dans le cœur un levain qui fermentait en toute occasion ; )) peu redoutable pour le mal et sans force pour le bien, a avilie » devant l'opinion, effacée dans l'État, l'ancienne aristocratie qui avait si longtemps tenu la royauté en échec en était réduite à n'être plus ni un appui ni un danger pour personne. « Elle ne méritait plus d'entrer en considération dans aucune spéculation politique^. » Le clergé, espérant se relever et se raffermir par le contre-coup des violences révolutionnaires, (( fomentait les germes de la rébellion : » livré aux intrigues de quelques évêques, ce remuants, indociles et vains, » il comptait ressaisir, à l'aide des troubles et grâce à l'affaiblissement du pouvoir sécu-

1. « Les propos tenus tout haut à la cour étaient bien éloignée du respect et de la soumission que j'avais tus dans ma jeunesse pour le roi. » (T. II, 212, H6; 1. 1, 319, 323, 325, 369, 378, 384.)

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