P. 247. — Voir madame Campan^ Mémoires, t. III
Voyons ce que nous donnera par surcroît un troisième témoin, très-pénétrant aussi, également bien placé, et qui portait dans ses observations cette sagacité particulière et cette compétence délicate d'une femme jugeant une autre femme.
Mémoires de madame Campan. (1770-1822).
Madame Campan, née en 1752, avait trois ans de plus que la reine. C'était une très-belle personne, très-brillante, sachant les langues étrangères, la musi'que, le chant, la littérature, lisant et déclamant à ravir ; comme madame de Genlis, mais avec moins de prétentions pédantesques, elle avait triomphalement parcouru le cercle de ces études rapides et sans aspérités qui ont été de tout temps l'encyclopédie d'apparat et l'aimable université des femmes. Fille d'un premier commis aux affaires étrangères, qui était l'un des protégés de Choiseul, le bruit de ses perfections lui ouvrit de trèsrbonne heure l'entrée de la cour. Elle fut nommée à quinze ans, en i767, lectrice.de Mesdames, filles de Louis XV ; on l'accueillit comme une personne rare et d'un mérite extraordinaire. « Mademoiselle Genest, lui dit le roi Louis XV la première fois qu'il l'aperçut, on m'assure que vous êtes fort instruite, que vous savez quatre ou cinq langues étrangères. — Je n'en sais que deux. Sire, répondis-je en tremblant. — Lesquelles? -^ L'anglais et l'italien. — En voilà bien assez pour
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faire enrager un mari*. » Ce mari de la brillante « Made- Daoiselle Genest )> fut, quelque temps après,M. Campan, •dont le père était secrétaire du cabinet de la reine *; le roi dota madame Campan de cinq mille livres de rente, et la dauphine, Marie- Antoinette, la nomma sa première femme de chambre.
Madame Campan avait gardé une impression trèsvive des premiers temps de son séjour à Versailles ; elle se souvenait notamment d'avoir entendu souvent prédire, dans le palais même du roi, la révolution : l'audace de ces pressentiments exprimés en un tel lieu étonnait sa jeunesse. « Vingt ans avant 1789 on disait que les institutions de l'ancienne monarchie tombaient d'un mouvement rapide, que le peuple écrasé d'impôts était silencieusement misérable, mais qu'il commençait à prêter l'oreille aux discours audacieux des philosophes qui proclamaient hautement ses souffrances et ses droits, et qu'enfin le siècle ne s'achèverait pas sans qu'une grande secousse ne vînt ébranler la France et changer le cours de ses destinées ^» » Elle passa auprès de la reine ces vingt années d'intervalle et ne se sépara de Marie-Antoinette que sur le seuil même de la prison du Temple, d'où les geôliers la repoussèrent. Ses membres rapportent tout ce qu'elle a vu, entendu, et tout ce qu'elle a souffert à la fin dans cette situation honorable qui devint un poste périlleux.
Échappée aux soupçons meurtriers de la Terreur, ^lle établit à Saint-Germain, vers l'époque du Directoire, un pensionnat célèbre, où revivaient les traditions