‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 140 sur 161 · T. I, p. XLiv · texte numérisé non relu

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MEMOIRES DE MADAME CâMPAN. 457

pouvait être assez dominant sur son esprit pour y prévaloir contre la vérité.

D'accord avec Bezenval, madame Campan se plaint de la mauvaise éducation de la reine, de sa paresse et de sa frivolité. C'est donc un point acquis *. Comme Bezenval encore, elle signale dans Marie-Antoinette une vivacité d'humeur irréfléchie, une jeunesse d'esprit, une ardeur pour le plaisir, très-naturelles sans doute et très-excusables à vingt ans, mais qui nuisent à la dignité d'une reine de France en l'exposant à des rivalités compromettantes et à d'indignes comparaisons. De là ces toilettes fastueuses, ces modes extravagantes, toutes ces folies d'une beauté enivrée d'elle-même, plus occupée d'enlever l'admiration que d'inspirer le respect*.

En lisant dans madame Campan le détail des libertés innocentes et imprudentes de Marie-Antoinette, on est surpris des facilités incroyables que son étourderie ménageait aux entreprises de la critique calomnieuse, aux morsures de cet esprit du Méchant, iiftmortel à la cour comme à la ville, et déjà gonflé du venin de la haine révolutionnaire. La vie royale, autrefois défendue par la solennité d'un cérémonial sévère, enfermée pour ainsi dire dans une forteresse ou dans un sanctuaire impénétrable, se livrait désormais à l'irrévérence du premier venu ; ouverte de toutes parts, elle devenait le point de mire des curiosités médisantes et des regards perfides. L'histoire de Marie-Antoinette, dans les mémoires de madame Campan, se présente à nous sous un double aspect. D'un côté sont les plaisirs hardis, em-

2. T. J, 180. -- Mémoires de Lauzun, p. 167. — Bachaumont, t. VII, 88; t. XIII, 299. — Correspondance secrète inédite, t. II, 22.

portés, avec un air d'aventure et de fantaisie provocante, excursions nocturnes au bal de l'Opéra, sérénades en pleine foule sur la terrasse du palais de Versailles, parties de traîneau en compagnie de madame de Lamballe *■ : par là se glisseront les anecdotes galantes, les conjectures cyniques, les noms suspects desLauzmi, des Coigny, des Dillon et des autres héros de la chronique scandaleuse ^. Plus loin, c'est le riant tableao d'une simplicité patriarcale, le sceptre édiangé contre la houlette enguirlandée. Ce a beau roman » de la royauté adoucie, égayée, rajeunie, cette gracieuse applicatâon d'une philosophie de l'Âge d'or a flattait singulièrement le cœur tendre et l'imagination de Marie-Antoinette, n Vêtue ce d'une robe de percale blanche et d'un fichu de gaze, eoifTée d'un chapeau de paille, le plaisir de voir traire les vaches, de pêcher dans le lac et de parcourir les fabriques du hameau l'enchantait. » EUq avait aboli l'usage de dîner en public, les promenades cérémonieuses en grand cortège et en grand habit ; elle tournait en plaisanterie les observations de sa dame d'honneur et l'appelait a Madame l'Étiquette ^. » Toiïtes

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