MÉMOIRES DE MADAME CAMPÀN
ses fautes « sont du genre de celle-là, » simples imprudences, folles humeurs d'une jeune femme qui sourit aux plaisirs d'une vie privilégiée et qui en rejette les servitudes, excès de confiance en soi-même et dans autrui, démarches indiscrètes nées de la sécurité d'une bonne conscience ; a elles lui furent plus nuisibles qu'elle n'aurait pu l'imaginer *. » Trois partis conspiraient à incriminer ces nouveautés : le parti anti-autrichien, ennemi de Choiseul, c'est-à-dire les débris de la cour de Louis XV et de la Dubarry ; puis les flatteurs du comte de Provence et du comte d'Artois, ceux qui, espérant que Louis XVI n'ajurait pas d'héritier direct, caressaient l'idée d'un divorce et en semaient le bruit ; la masse, enfin, des frondeurs de Paris, l'opposition moqueuse ou hostile, ravie d'attaquer la royauté dans la personne de la reine. Dès 1776 et 1777 les mémoires et les correspondances du temps signalent une abondance de pamphlets et de chansons contre Marie-Antoinetle à désespérer le lieutenant de police ; une fureur épidémique de satires envenimées succède à l'enthousiasme des premiers jours du règne ^.
Sans avoir le sentiment vrai des périls que courait sa réputation, la reine ne les ignorait pas absolument; quelques éclats de l'outrage public rejaillissaient parfois jusqu'à elle et l'avertissaient en la désolant. Madame Campan fut témoin d'une scène de désespoir provoquée par la révélation subite de ces infamies : « J'entsai un matin à Trianon dans la chambre de la reine ; elle était couchée, avait des lettres sur son lit, pleurait abondam-