‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 145 sur 161 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La reine Marie- Antoinette et s^s correspondants. — Marie-Thérèse et Joseph II : leur opinion sur Marie-Âatoinelte. — Lettres authentiques publiées par M. d'Arneth. — Comparaison de ces témoignages ayec les informations fournies par les Mémoires contemporains. — La reine jugée par £68 amiSj par ses parents et par elle-même K

Commençous par la correspondance de Marie-Antoinette avec sa mère Timpératrice Marie-Thérèse. Cet échange de lettres familières, qui a duré dix ans, de 1770 à 1780, fait le plus grand honneur à Marie-Thérèse. Le contraste est frappant entre l'humeur étourdie de la fille et la sagesse de la mère, — sagesse virile, bien qu'un peu triviale et se sentant parfois des pesanteurs de. Y Age, Marie-Thérèse ne passe aucun défaut à la jeune reine. Très-attentive aux mouvements de l'opinion française, elle lisait les chroniques et les nouvelles à la main, qui, dès ce temps-là, faisaient fureur à Tétran-

1. Lettres de Marie-Antoinette et de Marie-Thérèse^ d'après les originaux conservés aux archives de Vienne, par M. le chevalier d'Arneth. Leipzig, 1866, i vol. -^ Correspondance de Marie- Antoinette avec Joseph H et Léopold, par le même, 1868, 1 vol. — Il existe, comme on sait, d'autres recueils de lettres attribués à Marie-Antoinette, par exemple, celui qui a été publié en 1864 par M. le comte d'Hunolstein, et celui de M. Feuillet de Conches (1865). Sans entrer dansles controverses soulevées par hi publication de ces recueils, nous dirons que leur autorité nous semble trop ébranlée pour qu'il y ait lieu de s'appuyer sur les textes qu'ilsrenferment. Les pièces originales et authentiques nous sufliseat.

MABIEI-ANTOINEITE. (C3

ger. De SchœnbniDii, elle voyait mieux Paris qu'on ne le voyait de l'Œii-de-Bœuf.

Deux traits s'accuseot dems le caractère de la reine, tel que nous le révèle la sincérité involontaire de cette ■GOrrespoodaQce : l'ignorance et la légèreté, c'est-^dire les deux défauts qui ont tout d'abord attiré l'attention des observateurs contemporains dont nous avoDs invoqué le témoigDage. Qa'oR nous passe le mot ; Marie- Antoinette, daupbine et reine de France, n'avait pas même l'instnwtjon d'une pensionnaire. « Elle avait été très-mal élevée, dit l'abbé de Vermond, son lecteurelle était incapable d'approfondir, m — « Et ledit abbé, ajoute madame Campan, n'a pas lu un seul livre d'histoire, peoâant toute sa vie, à son auguste élève '. » — « Tâchez donc, écrivait Marie-Thérèse à la reine, de tapisser votre tête de bonnes lectures ; elles vous sont plus nécessaires qu'à toute autre. Vous n'avez point d'acquis, jamais vous n'avez aimé rapptication *. » La Réwlution, un beau jour, surprendra Marie- Antoinette aussi peu foj'tifiée et préparée; et certes, il fallait autre chose que des coups de tête soutenus de ressources aussi minces pour conjurer, ou conduire, ou vaincre un tel événement. .

Mais il s'agissait bien de s'instruire et de prévoir «1 (7741 Le grand art, à la cour, n'était-il pas l'art de

1. Mémoires, l, 1, 73. — Lettres de l'abbé de Vermond au comte de Meiv.y, p. 35i, 369 (à la fia de la correspondance de Marie- Au loi nelle aïeo Marie-Thérèse). — Sur l'abbé de Vermond, Toir madame Campan, t. I, 42. — Correspondance secrète inédite, l. I, 236; t. 1(, 313. — On a publié en 1SG2 un calalo^e des livres du boudoir de Ma rie- Antoinette, bibliolbèque Je chois composée par l'abbé de Vermond : on y voit figurer Louvet, Mercier, Rétif, etc., mais l'iutbenticilé du catalogue est con-

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