‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 147 sur 161 · Lettres de Marie -Thérèse, p · texte numérisé non relu

Lettres de Marie -Thérèse, p

3. Correspondance avec Joseph II, p. 1, 2, 3, 5, 9, 11, 12, 13, 15, 17.

iMARIE-ANTOINETTE. 471

De tous lès conseils de Timpératrice, le plus sage était celui-ci : « en politique, abstenez-vous ; restez neutre au milieu des partis; laissez agir le roi. » Quand Turgot et Malesherbes furent disgraciés, Marie-Antoinette avait dit à sa mère : «J'avoue que je ne suis pas fichée de ces départs, mais je ne m'en suis pas mêlée. » De Vienne lui arrivèrent deux réponses sévères, Tune de Marie-Thérèse, l'autre de Joseph II : « Je suis contente que vous n'ayez point de part au changement de ces deux ministres, disait l'impératrice; ils ont bien de la réputation dans le public, et à mon sens ils n'ont manqué que d'avoir trop entrepris à la fois. Vous dites que vous n'en êtes pas fâchée; vous devez avoir vos bonnes raisons; mais le public, depuis quelque temps, ne parle plus avec tant d'éloges de vous, et vous attribue tout plein de petites menées qui ne sont pas convenables à votre place*.» Joseph II est plus rude, c'est un bourru bienfaisant, et son amitié fraternelle, en faisant entendre les vérités utiles, se croit en droit d'écarter les ménagements et les périphrases : a De quoi vous mêlezvous, ma chère sœur, de déplacer des ministres, de faire gagner un procès à l'un, de créer une nouvelle charge dispendieuse à votre cour? Vous êtes-vous demandé une fois par quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement et de la monarchie française? i Quelles études avez-vous faites? Quelles connaissances j avez-vous acquises? Peut-on écrire quelque chose de plus imprudent, de plus inconvenable, de plus irraisonnable que ce que vous marquez au comte de Rosemberg touchant la manière avec laquelle vous arrangeâtes une

conversation à Reims avec le duc de Choiseul?... Quittez donc toutes ces tracasseries; ne vous mêlez absolument en rien d'affaires; éloignez et rebutez même tous ceux qui voudraient vous y attirer pour quelque chose*.» On ne pouvait parler plus solidement et d'une façon moins aimable le langage de la raison.

Par une inconséquence trop fréquente en politique,, tout ce bon sens ne tarda pas à se démentir dès que rintérét personnel fut en jeu. Fidèle à ses traditions^ TAutriche entendait tirer un solide avantage de Tnnion des deux familles souveraines; dans sa pensée, ce nœud devait resserrer rallrance des deux États. Jamais la cour de Vienne ne perdit de vue ce principal objet. Marie-Antoinette avait à peine seize ans que sa mère lui recommandait «de rester bonne Allemande,» rassurant, — et c'était là une erreur grave, — « que les Français l'en estimeraient davantage. » Quand la dauphine fut devenue reine de France, Marie-Thérèse lui exposa ses desseins et travailla à Yj convertir ; il s'agissait de liguer les deux États catholiques contre la Prusse hétérodoxe, c'est-à-dire de conclure un pacte de famille franco-autrichien. L'influence et les séductions de la jeune reine formaient le pivot de la combinaison. Survinrent en 1778 des circonstances difficiles qui mirent à l'épreuve la solidité de ces espérances. Joseph II," assez imprudent pour tirer l'épée contre Frédéric, avait reçu du grand capitaine une dure leçon, et le jeune César, désabusé, s'effrayait du pas gKssant oîi il s'était engagé si légèrement. Il faut voir avec quelle vivacité Marie-Thérèse invoque le secours de sa fille et fait appel

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