MARIE-ANTOINETTE
à sa tendresse. Prières, larmes, cris de détresse, rien ne lui coûte ; elle se jette en quelque sorte aux genoux de la reine, la suppliant de déployer en faveur de son pays k toute-puissance de ses charmes : « J'ai besoin de tous vos sentiments pour moi, pour votre maison et patrie. ». je cora^pte sur Tamour du roi pour sa chère fietîte femme. » — La « chère petite femme » agissait avec le zèle d^une « bonne Allemande », avec la magie d'une beauté qui se sent irrésistible; le pauvre roi cédait. «Je suis contente de lui,» disait la reine; mais les fortes têtes du cabinet opposaient une résistance habile et énergiqtte. Pressée par sa mère, conseillée par Tambassadeur Mercy, Marie-Antoinelte soutenait contre la diplomatie française un combat de patience et d'artifice, alliant la fermeté à la douceur insinuante, sachant prendre au besoin le ton d'une souveraine qui veut être obéie*.
Le doute n'est plus permis ; Marie-Antoinette était bien cette « Autrichienne » que l'instinctive sagacité du public avait pénétrée et qu'elle accusait si passionnément. M"" Campan a raison : esprit médiocre et caractère faible, la reine fut le jouet d'une double intrigue j elle servait à Versailles une coterie égoïste, à Vienne
fr. P. 203, 237, 240, 244, 250, 255, 265, 268. — « L'abbé Gwrgel, dans
ses Mémoires, raconte qu'à l'époque où il faisait à Vienne l'intérim de Tambassade française (l'774), parmi les papiers secrets que lui remettait un homme masqué dont il fait connaître l'histoire en détail, il y avait un jour « deux instructions secrètes envoyées au comte de Mercy pour être <c remises à la reine : la première ostensible au roi, la seconde- pour la K reioe seule. Cette dernière contenait des conseils sur le mode à prendre « pottr suppléer à l'inexpérience du roi et profiter de la facilité de son « caractère, pour influer daas le gouvernement sans avoir l'air de s'en « mêler. » (T. I, 3€4.) Les Mémoires de Tabbé Georgel sont intéressantsà consulter sur cette partie de notre histoire et sur cette époque du siècle ; mais se& relations avec le cardinal de Rohan le rendent suspect.
un intérêt étranger. Pour plaire aux uns, elle faisait des ministres ; pour obéir aux autres, elle concertait des alliances*. Mise en goût d'intervention par ses premiers succès, elle s'habitua insensiblement à triompher de la raison d'État qui la condamnait et de la sagesse du ministère qui lui faisait opposition ; il lui sembla beau d'emporter de haute lutte tout ce qu'elle voulait. Ce qui d'abord n'avait été chez elle qu'une regrettable condescendance aux suggestions d'autruî, devint une satisfaction d'orgueil, un mouvement d'impérieuse humeur. En 1784, elle s'interpose, avec menaces, entre le cabinet français et Joseph II; elle exerce la plus forte pression sur le roi en faveur de son frère, pour obtenir un secours contre les Pays-Bas révoltés. Son dévouement aux intérêts de l'empereur est absolu : « Cène sera jamais, lui écrit-elle, dans les affaires qui intéresseront personnellement mon cher frère, que je manquerai de suite et d'attention. Mon âme est trop occupée de celleci pour ne pas fixer toute ma tête ^. » Elle ne se contente pas cette fois, comme en 1778, de prier et de pleurer; elle ordonne, elle domine au conseil, elle combat dans le tête-à-tète avec le roi, elle suspend, de son autorité, le départ des courriers de cabinet; invisible ou pirésente, elle tranche de l'Agrippine : «Vous aurez dû être étonné (elle écrit à son frère) et étrangement surpris de ï odieuse dépêche de M. de Vergennes... Il y a
1. Outre l'ambassadeur Mercy, Tabbé de Vermond servait d'intermédiaire entre la reine et la cour de Vienne. « H était l'instrument dont se servait une cabale cacbée pour remettre, à la mort de M. de Maurepas, et sans que le roi s'en doutât, l'action du gouvernement entre les mains de la reine. Cet abbé portait son caractère sur sa figure, avec des yeux perçants, sombre et sauvage. » {Mémoires de Georgel, t. I, 505.)