‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 149 sur 161 · MARIE- ANTOINETTE. A · texte numérisé non relu

MARIE- ANTOINETTE. A

quinze jours qu'elle a été arrêtée en conseil. J'ai suspendu le départ du courrier pendant sept jours ; c'est tout ce que j'ai pu obtenir... Ces longueurs et ces difficultés de M. de Vergennes vous impatienteront, mon cher frère. Elles seraient encore plus considérables, si je ne lui eusse parlé de manière à lui en imposer. Je n'ai voulu le voir qu'en présence du roi, afin qu'il ne pût ni défigurer ni exagérer ce que je lui avais dit. Je rougis de vous l'avouer, après que le roi a vu son ministre, son ton n'est plus le même... Vous avez toute raison '^

d'exiger une prompte décision. J'y insiste et ne cesse- '■

rai pas mes instances. J'espère que vous voudrez bien brûler tout de suite cette lettre qui est une véritable confession*.»

Marie-Thérèse mourut en 1780, M. de Maurepas en 1781. L'impératrice, malgré ce dernier tort et ce conseil imprudent, avait été pour la reine, pendant six ans, ce que fut pour le roi M. de Maurepas : un guide nécessaire, dont l'absence révéla tout le prix. Ces deux vieillards avaient soutenu de leur expérience le règne naissant ; ils emportèrent avec eux la seule chance de salut qui restât encore à. la royauté. Eux disparus, les deux jeunes souverains, cédant à l'écrasante fatalité dont les accablaient tant de fautes accumulées depuis un demi-siècle, et trahis par leur propre faiblesse, roulèrent 1

sur la pente oîi une sage direction, à défaut d'un bras '

ferme et d'un génie supérieur, les avait pendant quel-

1. p. 51, 64, 73, 74. — « 11 y eut entre M. de Vergennes et la reine une discussion dans laquelle le ministre lui dit : « Je supplie Votre Ma- « jesté de ne point oublier que le roi, le dauphin et la France doivent « lui être aujourd'hui plus chers que l'agrandissemeut de la maison d'Âu> « triche. »*— Je tiens ce fait de M. de Vergennes lui-même. » {Mémoires de Georgef, t. I, 523, 527.)

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que temps arrêtés. Dix ans après, mourait aussi Jo* seph II, pleiu de pressentiments funestes sur l'avenir réservé à cette royale sœur, qu'il avait pour sa part contribuée compromettre et dont il ne vit pas s'accomplir la tragique destinée *.

Mous avons mis en lumière les passages principaux de ces deux correspondances, et il s'en dégage, ce nous semble, une idée précise du caractère et du rôle de Marie-Antoinette. On a remarqué Taccord établi entre le témoignage de ces lettres et les informations fourmes par les Mémoires contemporains que lious avons analy» ses. Les Mémoires contenaient déjà la vérité ; mais cette vérité^ incomplète et confuse, manquait de certitude. Elle est acquise maintenant, elle a pris rang dans ITiistoire; elle repousse également les exagérations contraires, les calomnies de la satire comme les hyperbdes du panégyrique. Elle donne tort tout ensemble à ceux qui ont défiguré, par leurs noirceurs, la mémoire de cette reine, et à ceux qui, pour la venger, Tont transfigurée en l'idéalisant. L'épreuve, bientôt, va raffennir et relever son âme; Marie-Antoinette, mûrie par Tâge et par le malheur, dépouillée de tous les prestiges vains, ne sera plus cette souveraine brillante et frivole que Versailles avait admirée, et dont l'Europe entière avait médit : son front désormais porte l'empreinte sévère du malheur qui s'appesantit sur elle; pendant une longue torture de quatre années, la fille des Césars, fidèle au sang qui coule dans ses veines, retrouve pour

4, On IroaTera dans la Correspondance de Marie-Antomette avec Mit' rie^Thèrèse (^. 206, 216) et dans ses Lettres^ à Joseph II (p. 94), des détails întéressaDts sur le cardinal de Rohan et sur Paffiûre du collier. Voir aussiy sur cette affaire, madame Gampan (t. H, p. i)ei le» àfétnmnr de Tabbé GeorgeL

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