‹ L'esprit public au XVIIIe siècleChapitre 153 sur 161 · Métra, t. Ul, 200; t. IV, 131. — Bachaumont, t. XIV · texte numérisé non relu

Métra, t. Ul, 200; t. IV, 131. — Bachaumont, t. XIV

3. Bachaumont, t. XII, 17; t. XVI, ii. -^ Correspondance inédUe, t. I, 76, 84,90, ^19.-- Mémoires de MalletDupan, t. I, 136, 154. — Métra, t. XIII, 64.

Avec son zèle accoutumé, Tadmimstration de province obéit au signal parti de Paris. Un mot d'ordre de sentimentalité philanthropique fait le tour du royaume. La routine séculaire s'est métamorphosée en louable émulation pour le progrès. Pas un intendant qui ne se pique d'être « un homme sensible » et de prouver son dévouement à la cause du peuple. L'un construit un hôpital, un autre fonde des prix pour les laboureurs et donne des fêtes aux vignerons. Celui-ci admet les artisans à sa table, celui-là couronne des rosières ou des nourrices ; il en est qui imaginent de distinguer le sexe des veijtus et qui instituent des récompenses pour « les vertus mâles, » en excluant toutes les autres du concours*. Tel gouverneur, pour plaire à la mode et au ministre, fait un cours de boulangerie économique. Et ce qui est tout aussi moderne que cet amour exalté du bien, c'est l'amour du bruit, c'est la recherche de l'effet qui résulte du bien accompli en public ; aucun de ces philanthropes n'oublie d'envoyer son nom et sa bonnes action à la Gazette ^. On vit dans une sorte d'exaltation continuelle et d'enflure de cœur, avec cette fière pensée qu'on appartient à une époque de prodiges qui verra disparaître toutes les bornes imposées à l'essor de l'esprit humain ^. Ces belles apparences, oîi la vie et l'espoir éclataient de toutes parts, n'étaient pas aussi démenties qu'on pourrait le croire par un état de souf-

1. Bachaumont, t. XXII, 232; t. XXIII, 42, 123, 131, 191, 212; t. XIV, 29; t. XXVIIl, 73; t. XXXI, 66.

2. lbid.y t. XXII, 249, 278; t. XXIII, 171, 202, 287; t. XXV, 219; t, XXVI, 181; t. XXX, 39.

3. « Nous Tivons dans un siècle de merveilles, » Bachaumont, t. XXIII, 19. — « L'impossible ne pai'aissait plus un mot français. » Mémoires du comte de Ségur, t. Il, 40.

franco intérieure et de misère cachée. Jamais Paris n'avait été plus vivant et plus riche; « l'Europe y affluait*. » Une longue paix avait accumulé en province un fonds de ressources privées et publiques qui a permis à la nation de soutenir une calamité de dix ans que notre société moderne, plus brillante et plus délicate, supporterait malaisément. La population, décimée sous Louis XIV, s'était accrue sous les règnes suivants de plusieurs millions ^. Un jeune officier, revenant de la guerre d'Amérique, le comte de Ségur, fut vivement frappé du spectacle d'activité prospère que lui présentait la France, et longtemps après il exprimait avec enthousiasme ces impressions de sa jeunesse : « A mon retour d'Amérique, je retrouvai la cour et la société de Paris plus animées que jamais, la France relevée par ses victoires et satisfaite de la paix. L'étonnante activité de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, de la navigation, les progrès rapides des lettres et des sciences, tout ce qui peut perfectionner la civilisation d'un peuple en multipliant ses jouissances, concourait à nous rendre heureux. Nous étions fiers d'être français^.... » Malouet, le comte Beugnot et nombre d'autres au début de leurs mémoires sur la Révolution confirment la vérité de ce tableau ; ils s'accordent à nous

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