Marais, I, 492; Dangeau, XVI, 70; Buvat, I
se déclare, les «débordements de Te Deum^ » les aCQuences « épouvantables » du peuple aux églises, sous les fenêtres des Tuileries, et jusque sur les toits du Louvre, ces fêtes prolongées pendant des mois entiers par un enthousiasme non commandé, ces inventions bizarres, ces pittoresques symboles de Tallégresse des multitudes, toutes choses naïves dont nous sourions aujourd'hui, nous qui avons si habilement raffiné Tégoïsme et propagé dans nos sociétés modernes, sous des formes polies, tant d'énergiques dissolvants. C'est là que se découvre Tâme de Tancienne France, âme simple et sincère que nul sophisme n'avait encore gâtée ; là se voit le fond de lancien Paris, qui ne recelait pas encore tous ces abîmes que notre œil a pu sonder depuis *. Loin d'avoir été aussi ébranlé qu'on le prétend par le règne de Louis XIV, le principe monarchique, en 17i5, était donc en pleine vigueur : son affaiblissement fut l'œuvre de Louis XV lui-même et du xviif siècle.
Un trait de l'histoire politique du temps confirme notre observation, c'est le peu de gravité des émeutes qui ont troublé la régence. Rien ne manquait cependant de ce qui allume ordinairement l'incendie : un parti hostile et puissant, l'or de l'étranger, des scandales privés et publics, la misère et la banqueroute, tout se réunissait pour irriter le peuple. On peut voir, dans
1. Buvat, t. II, 280-283; Marais, t. 1, 195, 484, t. 11, 184, 186, t. III, 109, 272; Barbier, l. I, 155, 97, 99; Dangeau, t. XVÏ, 287, 329, 335, 355, 461, 507; la Palatine, t. I, 284; Duclos, 579. — On peut aussi consulter sur la jeunesse de Louis XV le Journal de Rosalba Carriera, artiste vénitienne qui, en 1720, fit le portrait du roi au pastel. On n'y trouve, du reste, que des remarques insignifiantes. Le Journql du marquis de Cahnère (février-juin 1722) n'est pas beaucoup plus intéressant que celui de Rosalba; c'est un tissu de très-petits faits.
les Mémoires, la violence des pamphlets, le cynisme des chansons satiriques, la cruelle guerre d'épigrammes et de bons mots qui, des points les plus opposés, harcelaient le régent : toutes ces philippiques en vers et en prose ne remuent aucun pavé; ces flèches de feu ont beau sillonner une atmosphère inflammatoire, aucune chaîne ne se tend dans les rues, il ne surgit point de barricades. Il y a des rassemblements, il n'y a pas de sédition. Le seul complot formé est une intrigue aristocratique et étrangère. Aux plus mauvais jours de 1720, Torage menace sans éclater ; le peuple, alors si misérable, garde jusque dans ses colères une douceur et une facilité d'apaisement qui étonnent. Marais raconte qu'un cocher ayant été blessé et cru mort, au moment oîi quatre mille personnes le portaient au Palais-Royal en criant vengeance, le cadavre donna signe de vie et demanda un confesseur : « Aussitôt on le mit contre une borne et on alla chercher un prêtre ; le peuple, à qui il ne faut pas plus pour s'apaiser que pour s'émouvoir, l'a laissé là et s'est dissipé de lui-même *. » On dira ce qu'on voudra des fureurs de la Ligue, mais les émeutiers qui se confessent n'ont jamais sérieusement troublé le sommeil des gouvernements. Dans un^utre tumulte accourt le gouverneur de Paris, le duc de Tresmes : « Hél Messieurs, Messieurs, qu'est-ce cela? Messieurs I Messieurs ! voilà toute sa harangue *. » On calmait, à peu de frais d'éloquence, les insurrections parisiennes en ce temps-là.
D'autres aspects nous frappent dans une époque si
4. T. I, 318; Dangeau, t. XVUI, 322; Barbier, t. I, 37. 2. Marais, t. I, 227. « Rien n'égale la soumission des peuples^ » dit encore Marais^ t. I^ 581.