ESSAI DE POLITIQUE LIBÉRALE
mêlée. Nous avons vu ce qu'elle retient encore du xvu* siècle et de l'ancien régime; considérons-la sous un jour plus nouveau ; voyons son esprit libéral et ses essais révolutionnaires.
On y reconnaît d'abord les allures de toute révolution vraiment française : en quelques heures, le changement de scène est complet ; les hommes de l'ancien gouvernement tombent dans l'opposition, et les opposants montent au pouvoir. Le régent fait appel, comme nous disons, à toutes les nuances de l'opinion libérale ; parlementaires, jansénistes, esprits forts et féodaux, tous ceux que le feu roi a persécutés ou dédaignés mettent au service du successeur leur dévouement, leurs idées, leurs chimères, leurs rancunes et leur ambition. La joie des premiers jours efface entre eux les dissidences. Saint-Simon est d'accord avec le parlement, les épicuriens du Temple donnent la main aux amis de Fénelon ; antipathies, rivalités et préjugés disparaissent dans les communes espérances de l'avènement. Voici encore un trait bien moderne et bien français : l'opinion libérale, en arrivant aux affaires, ne représente qu'une faible minorité dans la nation. Ce n'est point, sans doute, un coup de force qui l'y a portée ; un accident heureux a fait naître sur les degrés du trône un philosophe. Le libéralisme de la nation se concentre au sommet, dans quelques têtes, on pourrait presque dire dans un homme. Le régent est essentiellement un homme moderne, un promoteur du progrès, un homme de 89 au pouvoir, avant r Esprit des lois, le Contrat social eX V Encyclopédie. De sa générosité partent les mesures excellentes qui signalent les débuts de son gouvernement et qui, même aujourd'hui, peuvent servit de modèle : il ouvre
les prisons politiques, il rappelle les exilés, il adoucit la condition des protestants, il songe à donner la liberté de conscience, même aux juifs ; il favorise renseignement national et frappe de disgrâce les ultramontains ; il réforme les finances et fait rendre gorge aux \oleurs publics. Dans sa retraite de Saint-Cyr, madame de Maintenon a la douleur de voir s'établir un gouvernement anticlérical *.
La faveur populaire, gagnée par ces nouveautés, le soutient de ses applaudissements; on se répète les maximes de tolérance et d'équité qui échappent au régent, SQUs une forme vive et familière, comme les saillies naturelles d'un génie bien inspiré, créant, pour ainsi dire, une langue inconnue jusque-là dans notre pays *. Un air de liberté, de confiance et d'allégresse, avec je ne sais quoi de piquant et d'imprévu, relève et rafraîchit les esprits. Débarrassée du pouvoir caduc qui l'enveloppait dans sa décrépitude, la nation goûte avec délices ces impressions d'une renaissance politique ; elle est sous le charme d'un Tajeunissement. « Mon fils est aimé, » écrit en 1716 la princesse Palatine, sa mère, et elle dit vrai : c'est l'heure toujours trop courte oîi gouvernants et gouvernés ont comme à l'envi toutes les vertus nécessaires '.
Ces brillants début^non-seulement ne se soutiennent pas, mais ils se démentent; la seconde moitié de la régence se passe à contredire la première, et cela est en-
1. Le chevalier de Piossens,'t. I, 22, 23, 44, 55, 77, 79, 128; Buvat» t. I, 99, 183, 240; Marais, t. I, 204, 218^ 483, t. lU, 522; la Palatine^ t. 1, 335.